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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Dans la baie de Morlaix

Dans la baie de Morlaix

Au XVIème siècle Morlaix est le troisième port breton après Nantes et Saint Malo. A la fin de la guerre de 100 ans (1453) les relations maritimes et commerciales reprennent avec l’Angleterre, la hollande, l’Espagne et le Portugal. Morlaix devient une ville prospère, elle s’enrichit grâce à ses principales exportations, le papier, le cuir, les chevaux, le miel, le blé et surtout la culture et l’exploitation du lin et du chanvre.

 
La construction de manoirs et de châteaux sera le symbole de cette réussite. La région attire de nombreuses convoitises, les villes marchandes sont les cibles privilégiées et doivent se protéger. Lorsque François 1er se rapproche de l’Espagne de Charles Quint, les relations se dégradent avec Henri VIII, roi d’Angleterre.
 
En 1522, l’anglais Howard débarquera et pillera la ville de Morlaix avant d’y mettre le feu. Il faut dire que les relations Franco Anglaises incitent d’un côté comme de l’autre les français à piller les ports anglais et les anglais les ports français ou a s’emparer des bateaux marchands en représailles des alliances qui se font et se défont au rythme des souverains. Il y a comme une propension guerrière soigneusement entretenu entre chaque camp. Celle de sept ans (1756-1763 ou le jeune corsaire CORNIC, originaire de Morlaix se distinguera à plusieurs reprises) pourrait être considéré comme la première guerre mondiale puisqu’elle se déroule en Europe, en Amérique et en Inde, une affaire coloniale qui se joue avec l’Espagne, la Prusse et l’empire français qui disparaitra au profit de l’empire britannique.
 
Après l’attaque dévastatrice de ce maudit Howard ; habitants, commerçants et bourgeois sont d’accord. Ils décident de se défendre contre l’ennemi venu de la mer en complétant les postes de guets installés sur le littoral par la construction d’un fort sur l’îlot rocheux dénommé le taureau dont la construction se terminera en 1544. La tour principal dite « La tour française s’écroulera en 1604 sous les assauts répétés de la mer et sera reconstruite en 1614.
 
En 1660 Louis XIV décide de récupérer l’îlot pour renforcer le système défensif breton car les relations sont de nouveau tendus avec l’Angleterre, en 1688 nous serons en guerre. Le commissaire général des fortifications « Vauban » est envoyé en Bretagne et va s’occuper de la reconstruction du fort ; à l’exception de la tour. Les travaux vont s’échelonner sur 56 ans et se termineront en 1745. (Vauban décède en 1707)
 
Le fort se compose de batteries basses réparties dans onze casemates complétées par des batteries hautes situées sur la terrasse. Les onze casemates de la partie basse n’ont qu’un seul but : Procéder à des tirs rasants sur les coques, l’objectif, couler les navires ennemis.
 
Les batteries hautes servent à endommager les voilures et les mâts. Les onze casemates sont toutes positionnées en éventail dans la même direction, le grand chenal de l’ouest large de 200 mètres, c’est l’unique chenal permettant le passage des bateaux à fort tirant d’eau.
 
Mais l’impitoyable ennemi de ce fort sera la mer. Ce milieu humide et marin met rapidement l’artillerie en piteux état. Les affûts sont vermoulus, les ferrures dégradées, aucuns canons ne semblent pouvoir supporter une charge à boulet. Le gouverneur de Brest précise dans une lettre qu’après un premier coup de canon, les hommes sont dans l’incapacité à pouvoir procéder à un second tir, étouffés par les fumées. Dans sa conception, le fort a dû épouser les dimensions de l’îlot, les casemates sont insuffisamment ventilées et n’arrivent pas à évacuer les fumées assez rapidement. Les conditions sont désastreuses mais heureusement, le fort remplira malgré tout un office, celui de la dissuasion.
 
 Pour accéder à Morlaix on entre dans la baie délimitée par l’ile de Batz et la pointe de Primel. Ensuite vient la rade. Trois ilôts sont situés sur cette limite entre la baie et la rade, l’ile Louet, l’ile du taureau, l’ile noire. La navigation est difficile, la baie est parsemée d’îlots désertiques, la côte est déchiquetée, la lande s’étend à perte de vue, seules les pointes de clochers ou les amers naturels servent de repères aux navigateurs.
 
Trois voies navigables ont été identifiées, le chenal de tréguier, le chenal de Callot et bien sûr le chenal de l’ouest. Ce dernier a environ 40 mètre de fond, les deux autres de 4 à 6 mètres. Les naufrages sont nombreux. Le plus célèbre, la corvette Alcide, corsaire à Saint Malo qui lors d’une tempête en 1747, tentera de se mettre à l’abri dans la baie mais coulera près du château du taureau. Quelques rescapés rejoindront le château à la nage, c’était un 24 décembre. Il faudra attendre 1776 pour que soit mis en place le premier balisage de la baie.
 
En 1721 , le fort bien que conservant sa fonction de défense servira également de prison.
 
Qui s’occupe du fort ?
Louis XIV qui en 1670 avait fondé l’hôtel des invalides pour y loger ses soldats blessés infirmes ou trop âgés considérera qu’une partie (officiers compris) pourrait encore servir. Il constitue une compagnie d’invalides et les envoient au château du taureau.
En 1762 la population du fort se décompose ainsi :
1 commandant
Un lieutenant
Un sergent et 29 fusiliers
Un aumônier
Un chirurgien
Un garde d’artillerie
Un gardien et sa famille
Cinq matelots
Deux prisonniers
 
Les conditions de vie et de cohabitation avec les prisonniers sont difficiles. A part les tempêtes et les querelles, il ne se passe rien et tout se dégrade en permanence.
 
Onze prisonniers peuvent être internés simultanément. Ces prisonniers sont en particulier des nobles, ils arrivent par lettre de cachet du roi et sans aucuns procès. Les demandeurs sont les familles. Ces détenus peuvent y séjourner de quelques mois à de très longues années pour des raisons parfois étrange. Manque de respect à sa mère, folie, libertinage ou mariage déshonorant, la parenté indigne selon la famille est emprisonnée moyennant une pension annuelle verser par cette même famille et destiné à fournir nourritures, linges, souliers … éventuellement de quoi écrire. Si cette pension ne devait plus être versée, le prisonnier serait libéré sur le champ.
 
Les détenus peuvent aller et venir dans l’enceinte du château et prennent leurs repas avec les officiers. Leurs conditions varient selon les sommes versées par les familles. C’est la bastille Bretonne.
Parmi ces pensionnaires, un certain Tapin de Cuillé, incarcéré pour avoir été un écrivain fourbe et menteur y passera 20 ans, sur simple lettre de cachet.
 
Durant la Révolution le fort devient prison d’État, les gardes du génie et de l’artillerie remplacent la compagnie des invalides. Des prêtres insermentés y sont enfermés. On retrouvera aussi au siècle suivant Auguste Blanqui (1805-1881) chef de file des mouvements révolutionnaires, il restera 6 mois et écrira un livre « L’éternité par les astres ».
 
C’est en 1914 que le château sera classé monument historique, le premier des forts en Bretagne à avoir été protégé.
 
De 1930 à 1937, le fort sera loué à Mélanie de Vilmorin surnommée la belle jardinière, issue de la célèbre famille du grainetier. Elle mène une existence assez libre après le décès de son époux, fréquente Guitry, Claudel, Valéry, Saint John Perse, Clémenceau, Poincaré, Briand… Le château est aménagé de façon à pouvoir accueillir ses hôtes pour de somptueuses fêtes. Elle se déplace dans la baie à bord de son Yacht. Mais peut-on s’imaginer un seul instant que Hergé ait pu faire partie des fréquentations de Mélanie de Vilmorin ? Car selon certains, Hergé aurait été inspiré par le château du taureau, la présence de l’ile noir qui servira de titre à sa BD et le décors architectural du taureau qui laisserait transparaître quelques petites similitudes avec les traits du dessin. Cependant il ne faut pas ignorer que la liste des forteresses à l’origine de son inspiration sont nombreuses. Parmi ceux-ci, il y a l’île d’Or dans le Var, le Vieux-château de l’Île d’Yeu et le château écossais de Lochranza.
 
Mélanie de Vilmorin décèdera en 1937, la BD de L’ile noire sera publiée en 1937, le gorille s’appelle Ranko, Roscoff en breton s’écrit Rosko. Et si enfin c’était le vrai château ? C’est si troublant que si ma tante en avait je la mettrais bien dans une bouteille… ! Si si.
 
Durant la guerre 39/45 l’installation d’une DCA allemande sur la terrasse de la tour française ne suffira pas à empêcher l’aviation anglaise de passer et bombarder le viaduc de Morlaix ou périront 39 enfants de l’école maternelle et leur institutrice. Viaduc réalisé de 1861 à 1863.
 
Le fort est abandonné jusqu’en 1960 , il accueillera une école de voile jusqu’en 1982 puis sera de nouveau laissé à l’abandon. En 1989, les collectivités locales se mobilisent pour ce fort en perdition. En 1996, l’Etat alloue 17 millions de francs pour engager sa restauration. Un projet culturel et touristique pour l’ouverture au public est ensuite élaboré par la Chambre de Commerce et d’Industrie de Morlaix avec ses partenaires incontournables qui auront par leur obstination sauvés le fort , les communes de Plouezoch, Plougasnou, Carantec, l’Île de Batz, Roscoff, Saint-Martin-des-Champs, Morlaix, Henvic et Locquénolé. Le chantier de restauration du château démarrera le 26 mai 2000 et s’achèvera en 2006 ; la cale qui avait été prévue par Vauban en 1689 est enfin réalisée.
 
Embarquement pour le château du taureau à le Diben , commune de Plougasnou (Finistère).
 
Bonne vacances en Bretagne.
 

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20 réactions à cet article    


  • Paul Cosquer 16 juin 2009 15:44

    Gasty, les Anglais ! Mords-les !


    • LE CHAT LE CHAT 16 juin 2009 16:03

      pour un matou , c’est mord lait !


      • Gasty Gasty 16 juin 2009 16:47

        Pour le capitaine haddock l’origine du nom viendrait de l’expression « Morbleu !... les anglais »


        • Paul Cosquer 16 juin 2009 16:53

          Et la cravatte rouge, c’est pour les épouvanter ? « My god, des communistes ! »


        • Gasty Gasty 16 juin 2009 18:05

          @ Paul

          C’est pour éviter d’avoir à les rejeter à l’eau à coup de marteaux.


        • Fergus fergus 16 juin 2009 17:15

          Merci Gasty pour cet hommage à cette superbe baie de Morlaix où j’ai habité 10 ans. Ma maison, une fermette en granite de la fin du 18e était située à Ploujean(juste au dessus du petit port du Dourduff) sur un terrain contigu au château de Suscinio (rien à voir avec le Suscinio morbihannais), ancienne propriété de... Charles Cornic. (J’en aurais bien mis des photos, mais je sais pas comment les importer dans les commentaires).

          A noter que ce bon Charles Cornic possédait également une grande maison au lieudit « Le bas de la Rivière » située sur le bord du Dossen (l’estuaire) juste en face de Locquenolé. Or il se trouve qu’un souterrain était censé relier le château de Suscinio à la propriété du Bas de la Rivière. Un souterrain qui passait dans mon terrain et où aurait été planqué le trésor de Cornic ! Bien que j’aie remué des tonnes de terre pour aménager les 3000 m² de terrain, je n’ai évidemment rien trouvé, à l’exception de quelques vieux outils rouillés, et même pas de vieille pipe en écume du 18e comme l’un de mes ex-voisins, plus chanceux. Ces travaux m’ont néamoins permis de dégager une fontaine enterrée et de redonner vie à une source déviée depuis belle lurette, et cela a été une superbe expérience.

          Pour finir, tant pis pour moi si tu m’as grillé : je comptais précisément écrire un article sur le château du Taureau cet été !!!

          Bonne journée !


          • Gasty Gasty 16 juin 2009 17:51

            Salut Fergus

            Ah ! une très belle région n’est-ce pas ? Avec de magnifiques randonnées tout au long du littoral . Trébeurden qui ne t’ai pas inconnu non plus a une ile dont je tairais le nom de peur de raviver des souvenirs encore brulants dans les esprits, d’une terrible méprise par qui tu sais et dont je tairais le nom aussi afin de préserver le modem breton du déshonneur. Une ile accessible à marée basse et qui semble perdre sa couverture sableuse au fil des tempêtes.


          • Fergus fergus 16 juin 2009 18:19

            Sans aller jusqu’à Trebeurden (arrondissement de Lannion), il y a effectivement de superbes balades à faire sur les côtes au abords de la bie de Morlaix. Notamment à Carantec et Plougasnou, cette dernière localité étant certainement l’une de plus belles et des plus spectaculaires communes du littoral breton avec sa presqu’île de Terenez, sa pointe Analousten, sa pointe (aux faux air ouessantins) du Diben jouxtant le petit port de pêche, et surtout la magnifique pointe de Primel. Du grand spectacle !

            PS : je parle en toute indépendance : auvergnat suis, et mon épouse arcachonnaise !


          • Gasty Gasty 16 juin 2009 19:07

            Et oui ! C’est du grand spectacle, cette côte est à la fois déchiqueté par la fureur des éléments et pourtant à chaque détours on y trouve des havres de paix , des étendues de sables fins assez surprenant , des visions magiques de la terre et de la mer ignorées de nos contemporains. Il est bon de le faire savoir.


          • Fergus fergus 16 juin 2009 18:08

            Tu parles de Hergé en faisant allusion au château du Taureau qui aurait pu (pourquoi pas ?) inspirer le dessinateur belge. Ce n’est évidemment pas le cas, mais il est un fait amusant : non loin du château du Taureau, il y a dans la baie un rocher surmonté d’un vieille tour en pierre, juste au bout de la péninsule de Barnenez.

            Cet îlot s’appelle... Enez Du (l’île Noire en breton !) Pas mal comme clin d’oeil, non ?


            • Gasty Gasty 16 juin 2009 19:20

              On fera comme si...



            • chlegoff 16 juin 2009 23:59

              Je témoigne que l’école de voile au château du Taureau avait quelque chose de magique. Mais la magie en Bretagne, quoi de plus normal.


              • Pourquoi ??? 17 juin 2009 06:59

                Salut Gasty,

                Sous Louis XIV, les Sept-Iles, en face de Perros, ont aussi servi d’hôtel des Invalides. On en trouve des traces dans les registres paroissiaux de Perros. Mais je n’ai jamais pu trouver aucun ouvrage sur ce sujet.

                Pourriez-vous me citer vos sources concernant la composition de la garnison ? Peut-être y trouverai-je l’équivalent pour la garnison des Sept-Iles...

                Merci...


                • Gasty Gasty 17 juin 2009 09:36

                  @ pourquoi

                  C’est une recherche de longue haleine qui a été entreprise par les collectivités locales de la région de Morlaix faites par des bénévoles avec l’appui de l’état et la chambre de commerces et d’industrie de Morlaix. Les recherches ont particulièrement été dirigé sur la construction du fort afin de le restaurer à l’identique ainsi que sur son passé historique. La période proposé au public est celle du XVIIIème . Je pense qu’ils seront en mesure de dire ou aller chercher les archives. Ceux de Perros ont probablement des chances de s’y trouver également, ce sera un gain de temps.

                  Le service historique de la marine ( à Versaille ) contient pas mal d’archives.

                  Car tout n’est pas sur internet.

                  Voici un lien à propos de l’hotel des invalides : http://www.hoteldesinvalides.org/


                • Pourquoi ??? 17 juin 2009 11:56

                  Merci Gasty,

                  J’ai jeté un coup d’oeil sur les sites que vous m’indiquez, j’approfondirai dès que j’aurai un moment. Je pense qu’il doit y avoir beaucoup de similitudes entre les deux forts, au moins dans leur fonctionnement.
                  Malheureusement celui des Sept-Iles est en mauvais état. En revanche le séjour devait y être plus agréable à cause de l’espace. Il y avait même un cimetière à l’époque !


                  • Paul Cosquer 17 juin 2009 14:51

                    Je connais pas la baie de Morlaix. Juste la ville avec ses pavés et son viaduc. Mais tu as raison, Gasty, de parler de ton coin. Les articles sur la Bretagne sont prisés sur la toile donc Agoravox les publie parce qu’ils sont bien achalandés. C’est l’esprit vacances...N’oublie pas de parler des arts de la rue qui auront lieu je suppose comme tous les ans.


                    • Gasty Gasty 17 juin 2009 16:53

                      Bonjour Paul

                      Très bonne idée, les fêtes ne manque pas. Mais de ton côté n’oublie pas le festival des vieilles charrue à Carhaix et le festival interceltique de Lorient.


                    • claude claude 17 juin 2009 16:46

                      bonjour,

                      c’est la journée de la bretagne aujourd’hui !!!

                      merci pour cette belle ballade et cet avant-goût des vacances !

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