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Dans la peau d’Annie Leibovitz

Organisée par le Brooklyn Museum de New York, « A photographer’s Life » à la Maison européenne de la photographie salue l’œuvre d’Annie Leibovitz, entre portraits de stars et journal intime.

Il y eut d’abord un livre : en 2006, Annie Leibovitz signait A photographer’s Life, sorte d’autobiographie en images glanée au fil des séances de pose, de week-end en famille et de moments d’intimité.

Une vie de photographe d’autant plus propre à piquer la curiosité que l’œuvre était célèbre : de longues années de collaboration à Rolling Stone et Vanity Fair, la couverture officielle des JO d’Atlanta et ses portraits de l’establishment américain (des Clinton à l’administration Bush) ont valu à Annie Leibovitz une poignée de photos remarquées. John Lennon nu enlacé à Yoko Ono ou Demi Moore posant (nue aussi) en future maman, c’était elle.

Par son titre, A photographer’s Life s’annonce d’emblée comme l’envers de ces images, forgées à grand renfort de spots et de maquillage. Comme Richard Avedon, de qui elle a appris l’art du décalage, la photographe new-yorkaise n’entend pas rester figée dans son rôle de faire-valoir des grands. On retrouve certes dans son livre quelques-uns des clichés qui ont fait sa notoriété : « je n’ai pas deux vies distinctes, rappelle-t-elle. J’ai une vie, et les photos personnelles en font partie au même titre que les œuvres de commande. »

Il n’empêche : les portraits des Clinton, Collin Powell, Mick Jagger ou Brad Pitt y sont des photos parmi d’autres, et c’est finalement à ces autres photos qu’on s’attache. Des photos de famille : la mère de Leibovitz dansant sur une plage, son père à l’agonie, les premiers pas de ses trois filles. Des photos de vacances, à Petra ou à Paris. Surtout, des photos de Susan Sontag, si proche, si familière face à l’objectif qui la traquera jusque sur son lit de mort. Des photos prises au plus près de la vie, presque banales, et qui sont pour beaucoup dans l’intérêt d’un livre où l’artiste se révèle à contre-emploi – carrière comprise : de 1990 à 2005, Annie Leibovitz aura aussi été reporter de guerre (à Sarajevo, au Rwanda) et paysagiste.

Parce que A photographer’s Life inversait le rapport entre vie publique et vie privée, l’exposition qui présente l’ouvrage à la Maison européenne de la photographie ne laisse pas de surprendre. Peopolisation oblige ? La photographe de presse y a repris le dessus : les portraits officiels, en couleur et en grand format, condamnent l’intimité à jouer les seconds rôles. En vertu d’un curieux parti pris (pudeur ? fascination pour les stars, forcément plus « bankables » ?), les photos personnelles, en noir et blanc, sont si petites, si peu mises en valeur, qu’un œil paresseux finit par regarder ailleurs – vers Nicole Kidman, vers la reine d’Angleterre ou William Burroughs (décidément photogénique).

Pour justifier les penchants autobiographiques d’A photographer’s Life, un cartel y explique que Susan Sontag encourageait Annie Leibovitz à prendre sa vie en photo. On aimerait que l’écrivain – reine éclipsée de l’accrochage – soit encore là pour aider la photographe à assumer ses choix.

Annie Leibovitz – A Photographer’s Life, 1990-2005, à la Maison européenne de la photographie. Jusqu’au 14 septembre : 5-7, rue de Fourcy 75004 Paris. Tél. : 01 44 78 75 00 www.mep-fr.org


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