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Dans un halo de lumière …

Coup de cœur du Bonimenteur

Barbara Weldens

Le Festival de Travers nous invitait une fois encore, à une soirée en chansons. Celui qui nous attirait était le remarquable Imbert Imbert dont j'ai déjà évoqué le monde particulier et la magie de la contrebasse. Pierre Perrault, notre dénicheur de perles, nous proposait ce soir-là l'un de ses coups de cœur : une artiste dont bien peu de spectateurs sans doute connaissaient le nom : Barbara Weldens.

La première partie d'un spectacle est souvent un exercice périlleux, un numéro d'équilibre entre les attentes d'un public, tournées vers la tête d'affiche, et une curiosité qu'il faut éveiller. Nous sommes dans cet état d'esprit en entrant dans la salle des fêtes de Saint Jean de Braye, où sur la scène, un grand piano à queue noir, entouré d'un rond de lumière, attire notre attention.

Quand silence se fait, entre en scène une grande dame en noir au physique peu ordinaire : bras musclés, mis en valeur par le débardeur, allure sportive et tonique, cheveux en bataille, visage taillé à la serpe. Sans autre forme de présentation, elle se met au piano et commence un premier morceau à la structure assez classique. Immédiatement nous nous remémorons une grande dame de la chanson ; son histoire nous séduit, elle est agréable et bien interprétée. Nous allons être attentifs !

Il ne faudra guère attendre ; le second morceau nous claque à la figure. La dame se fait furieuse, le piano est merveilleusement torturé tandis que sa voix prend soudain de l'ampleur. Ce n'est plus la même, c'est une nouvelle référence qui surgit à l'esprit. Bien vite pourtant, il nous faudra perdre cette étrange manie des comparaisons ; Barbara n'est pas une pâle copie de l'une ou de l'autre ; elle s'invente un univers qui ne cessera de nous surprendre.

Foutraque, folle, langoureuse, furieuse, tendre, drôle, virulente, délirante, déjantée, emportée… elle ne cessera de passer d'un registre à l'autre,de jouer de sa voix et de son corps. Son piano se fera tour à tour tendre puis violent, mélodieux ou discordant, grinçant ou drolatique à la manière d'un Éric Satie. La tessiture incroyable de sa voix permet à Barbara toutes les audaces ; elle passe d'un registre à l'autre avec une incroyable facilité.

Nous sommes ébahis, collectivement envoûtés par ce récital. De morceau en morceau, la scène n'est plus qu'un halo de lumière au milieu duquel gesticule une incandescente étoile noire. Nous avons oublié que nous étions à Saint Jean De Braye, il y a du Bobino dans ces instants rares.

Plus étrange encore, d'applaudissements en applaudissements, les quelques cent trente spectateurs semblent se multiplier, la salle s'agrandir, les claquements des mains se faire plus bruyants. Barbara nous a séduits, nous a transportés dans son univers. Il ne fait aucun doute qu'elle a pris dans ses rets chacun de nous.

Personne ne la connaissait, personne n'était venu pour elle et elle a réussi ce tour de magie d'emporter la décision, d'obtenir tous les suffrages, d'émerveiller des spectateurs venus pour un autre. Il était facile de sentir sa gourmandise de l'instant, de mesurer son envie de nous en donner plus, de déborder un peu du programme initial pour prolonger ce bonheur partagé.

Quand elle eut achevé sa cavalcade musicale, les acclamations furent à la hauteur de l'immense jubilation qui avait été nôtre. Lors de l'entracte, chacun se félicitait de cette magnifique découverte. Certains restaient abasourdis, submergés par l'incroyable énergie que nous avions reçue. D'autres allaient à la rencontre de la dame. Il n'y avait pas matière à déception …

Nous discutâmes , elle et moi, un bon moment. Je dus lui paraître bien confus. J'avais en tête ce billet qui s'imposait à moi, cette incroyable impression d'avoir senti la salle de concert s'agrandir pendant son spectacle, d'avoir vu ce halo de lumière au centre de la scène se faire de plus en plus brillant !

En seconde partie, le rideau se leva sur un autre univers, radicalement différent, bien plus intimiste. Le talent d'Imbert Imbert est d'avoir réussi à nous conduire vers son ailleurs. Il y avait grand risque de sembler terne et incolore derrière cette furie enchanteresse ; il n'en fut rien. Il se fit Pierrot lunaire, délicat jongleur de sons et de sens, parfaitement accompagné par son homologue François Perron. Deux contrebasses en harmonie, deux magiciens de cet instrument.

Nous venions de faire un grand écart, de passer d'un monde à l'autre, d'éprouver des sentiments parfaitement antagonistes sans rien perdre du bonheur de l'un et de l'autre. C'est ça la magie du spectacle vivant et puisse-t-il perdurer encore longtemps ! Merci à tous de nous proposer ces formidables instants de bonheur !

Émerveillement sien


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6 réactions à cet article    


  • Prudence Gayant Prudence Gayant 8 novembre 2013 13:15
    Elle était langoureuse et lui Pierrot, délicat jongleur de sons.
    Deux poids deux mesures. 


    • C'est Nabum C’est Nabum 8 novembre 2013 13:53

      Prudence

      Ne le pensez pas

      Imbert Imbert a déja eu son billet


    • Prudence Gayant Prudence Gayant 8 novembre 2013 13:58

      Réaction typique. Avez-vous détaillé physiquement Imbert ? 

      Qu’ai-je besoin de savoir que Barbara est langoureuse ?
      Parlez que de musique c’est bien pour cela que vous y êtes allés.
      Oubliez la prochaine fois le 8 mars. 

    • C'est Nabum C’est Nabum 8 novembre 2013 19:01

      Prudence


      C’est parce qu’elle en joue ...
      J’ai parlé du côté Pierrot lunaire d’Imbert Imbert

      Mais je sais que j’aurai toujours tort avec les dames.
      Il vaut mieux les hommes qui les méprisent que ceux qui cherchent à en faire des éloges maladroits.

    • Prudence Gayant Prudence Gayant 9 novembre 2013 01:16

      Le tort des hommes, est de ne voir que le physique et d’ évaluer la valeur de la personne d’après ces critères. 

      Vous jaugez un chanteur sur sa prestation, vous jaugez une chanteuse sur la première impression physique qu’elle donne puis ensuite sur sa prestation.
      Si la beauté masculine devait entrer en compte pour évaluer un homme beaucoup serait recalé.
      Vous ne croyez pas ?


    • C'est Nabum C’est Nabum 9 novembre 2013 09:39

      Prudence


      Puissiez-vous dire vrai !

      Pourtant quelle fut longue la progression de Juliette, sublime chanteuse qui n’aura jamais le succès que son talent mérite !

      Est-ce juste ?
      Nullement mais c’est ainsi Regardez donc ces chanteuses insipides qui ont tout leur talent dans un corps factice qu’elle montre au-delà du suffisant ...

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