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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > De la vie à la mort. Et vice versa...

De la vie à la mort. Et vice versa...

En cette période dominée par les incertitudes politiques, la crise socioéconomique et les psychodrames de la papauté, voici une petite récréation littéraire sans prétention, histoire de se changer les idées. Ceci n’est donc pas un article, mais une nouvelle...

Déjà quatorze mois que je suis mort !

Une semaine plus tôt, j’avais fêté mes trente et un ans avec les copains de la caserne Chaligny. J’ai cassé ma pipe en me rendant chez mes grands-parents maternels, à Andermatt, en Suisse. Ça s’est passé dans les lacets du col de la Furka. La faute à un grand bouquetin mâle surgi de nulle part devant les roues de ma Golf. Coup de volant machinal pour éviter l’animal, et hop ! un saut de trois cents mètres dans le vide. J’ai rendu mon dernier soupir au milieu des saxifrages et des rhododendrons, sous le regard étonné des marmottes…

Lorsque je vivais, j’étais à mille lieues d’imaginer ce qui m’attendait après la mort. En vérité, je n’en attendais strictement rien, sauf à nourrir la vermine le moment venu. Le temps que ma carcasse soit totalement nettoyée de la barbaque que j’entretenais dans la souffrance au gymnase pour être au top de la forme physique, rapport à mon métier de sapeur-pompier. J’ai pourtant été élevé par mes parents dans la tradition catholique, avec à la clé promesses de paradis ou menaces d’enfer – en guise de carotte et de bâton – pour maintenir le garnement que j’étais dans le droit chemin. Evidemment, ça faisait belle lurette que je ne croyais plus à ces sornettes. Pas plus qu’aux dieux ou aux démons… J’ai abordé la mort en athée convaincu, dénué de toute illusion sur le futur de mon âme au lendemain de mon trépas terrestre…

La surprise n’en a été que plus grande.

En fait, je suis bien incapable de vous dire ce que je suis désormais. Une chose est sûre : je n’ai plus de corps. Je me résume à une sorte de pensée flottante. Au début, ça m’a un peu contrarié, vu que mon corps et moi on s’était plutôt bien habitués l’un à l’autre. Et puis j’ai rapidement compris les avantages de la situation : plus de souci alimentaire, plus de tortures musculaires, plus de problèmes d’habillement, de logement, de transport, de boulot, plus de maladie ni de rage de dents, plus d’impôts, de taxes, de cotisations, de loyers, de procès-verbaux. Plus de sexe également, mais bon, rien n’est jamais parfait. D’ailleurs, en admettant que, dans mon état, je puisse encore disposer d’une enveloppe charnelle équipée de tous ses attributs, je serais bien embarrassé sur le plan bagatelle, vu que je ne croise quasiment pas de nanas depuis que j’ai mis les pieds – façon de parler ! – dans cet univers de limbes. C’est bien simple, en un peu plus d’un an, je n’ai rencontré que six EFI dans mon genre (par EFI, entendez Esprit Flottant Identifié) : Zoé Bouzigues, tailleuse dans une fabrique de pipes de Cogolin, morte en 1964, écrasée par la chute d’une grue ; Diego Moralès de la Peña, un journaliste colombien pro-gouvernemental exécuté en 2002 par les FARC ; Akihiro Fujiwara, un magistrat japonais empoisonné au fugu par des yakusa en 1972 ; Pamela Picklenuts, une étudiante californienne découpée en morceaux, congelée puis dévorée par son boy-friend en 1981 ; Félix Kabongo, un sergent tutsi décapité par une machette hutu en 1994 ; et ce brave Eoghan.

Eoghan Quigley, le petit gars de Killybegs, emporté par une lame sournoise lors d’une tempête durant l’hiver 1976. Il n’était âgé que de dix-neuf ans. C’était seulement sa troisième sortie à bord du chalutier de son oncle Brendan, le Finnabair II. 

L’irlandais a été mon premier EFI. Je l’ai rencontré dans les tous premiers instants de ma transmutation alors que je flottais au dessus des débris de ma Golf, un peu déboussolé par ma mort soudaine. Nous étions sur la même longueur d’ondes, j’ai tout de suite sympathisé avec lui. 

─ Bienvenue au club ! m’a-il dit d’emblée. Je m’appelle Eoghan Quigley.

L’irlandais s’exprimait en langage limbique, une sorte d’espéranto cosmique, commun aux mânes de toutes les nationalités. A mon grand étonnement, je lui ai répondu de la même manière :

─ Euh…enchanté… Moi, c’est Hippolyte Gerboise.

Eoghan m’a tout de suite mis au parfum :

─ Ça doit te paraître bizarre d’être ici, dans cet état. Ça fait ça à tous les nouveaux. Il est vrai que c’est très surprenant dans les premiers instants de la transmutation. Mais tu verras, tu t’y feras très vite. Dorénavant, tu vas pouvoir te balader à ta guise dans l’espace et le temps. Mais attention, uniquement dans les limites de ton capital vie.

─ Tu veux dire… de ma vie terrestre ?

─ Si c’était le cas, tu aurais totalement disparu dans l’accident. Quand je dis capital vie, je parle de l’existence terrestre que tu as réellement vécue, complétée par celle que tu aurais menée à son terme normal sans l’irruption de ce bouquetin. En clair, ça signifie que tes possibilités d’exploration sont, comme les miennes, bornées par des dates infranchissables : d’un côté, notre date de naissance ; de l’autre, la date à laquelle nous aurions normalement dû décéder si nous n’avions pas péri prématurément… En ce qui me concerne, j’ai aujourd’hui 48 ans, dont 19 de vie terrestre. Eh bien, je dispose encore de 34 années de limbes…

─ Ah oui ? Et comment peux-tu savoir qu’il te reste 34 ans ?

─ Elémentaire, mon cher Hippolyte : il m’est rigoureusement impossible d’accéder à quoi que ce soit au delà du 21 juillet 2039. J’en conclus logiquement qu’à cette date, mes limbes s’évanouiront dans le néant comme elles se sont évanouies pour d’autres avant moi, et comme elles s’évanouiront pour toi quand tu auras atteint le terme de ton propre capital vie.

Zut ! moi qui me réjouissais déjà de bénéficier d’une forme de vie éternelle.

─ Si je comprends bien, je ne dispose que d’un nombre limité d’années jusqu’au jour J, celui de ma disparition totale et définitive. D’ici là, je peux me balader à mon gré, mais uniquement entre ma date de péremption et celle de ma naissance… Un peu frustrant, non ?

─ Bof ! pas plus que de vivre sur terre avec, pour seule perspective, d’alimenter les asticots au bout du chemin. Et puis tu verras : malgré les limites temporelles qui nous sont imposées, c’est plutôt funny comme expérience. D’autant plus que tu peux aller partout sur le globe, même au Zimbabwe ou au Sri Lanka si ça te chante.

─ Ravi de l’apprendre… Mais dis-moi, Eoghan, que sommes-nous censés faire ?

─ Heu… rien de particulier : observer le monde, prendre du plaisir à voir s’agiter les vivants, retourner voir la famille ou les amis, assister aux premières loges à des événements historiques, superviser le tournage d’un film X, vérifier la validité des prévisions d’Elisabeth Teissier… Tu peux faire ce que tu veux, dans les limites que je t’ai indiquées. Pour y parvenir, rien de plus facile : il te suffit de te concentrer sur une scène, ou un personnage, ou bien encore un lieu…

Allez savoir pourquoi, le souvenir d’un concert rock donné l’été précédent au Festival des Vieilles Charrues s’est imposé à moi tandis qu’Eoghan me parlait. En un battement de limbes, je me suis retrouvé dans la Bretagne profonde… en plein fest-noz au cœur des Monts d’Arrée.

Eoghan m’a rejoint tandis que j’observais d’un regard perplexe la corolle des danseurs tourner lentement au son de la bombarde et du biniou.

─ Ça ne marche pas ton truc, lui ai-je fait remarquer, je visais un concert rock à Carhaix, je tombe sur une gavotte à Poullaouen.

─ Normal, c’est comme au tir à l’arc : les premières fois, on atteint rarement le cœur de la cible ! Question d’expérience. Cela dit, félicitations ! pour un coup d’essai, tu as presque réussi un coup de maître en débarquant ici : les deux localités sont voisines et, même si ce n’est pas celui que tu visais, tu es parvenu à cibler un événement musical. Crois-moi, pour une première tentative, c’est déjà remarquable ; tu aurais pu tout aussi bien débouler dans une conserverie de sardines à Essaouira. Tiens, moi par exemple : la première fois, je visais le pub de Paddy Mulligan pour voir mes potes se torcher à la Guinness comme tous les samedis soirs, eh bien, j’ai atterri à la cafétéria du Vatican au milieu des groupies du pape !… Tout ça, c’est une affaire de rodage, un simple problème de concentration. Dans quelques jours, tu maîtriseras parfaitement tes objectifs… Bon, c’est pas tout ça, je file au Crazy Horse, je n’ai pas encore assisté à la revue 2015. A plus…

Resté seul, j’ai analysé la situation tandis que les danseurs entamaient un rond de Saint-Vincent dans la salle des fêtes de Poullaouen. Ainsi, je pouvais effectivement me promener dans l’espace et le temps. Mais pour quoi faire ? Pour qui voir ? Pour aller où ? Pas facile de prendre une décision quand l’éventail des possibilités est aussi large. J’ai finalement choisi de me projeter de quelques heures dans l’avenir pour observer la réaction de ma copine Yolande à l’annonce de mon décès ; la pauvre fille étant d’une nature émotive, je craignais qu’elle ne s’effondre en apprenant ma disparition.

Malgré mes efforts de concentration, je ne suis pas tout à fait parvenu à cibler mon objectif. J’ai quand même réussi à zoomer sur Yolande. Je l’ai trouvée trois jours après l’annonce de mon vol plané fatal dans les alpages helvètes. Elle gisait, alanguie et le corps luisant de sueur, sur des draps en bataille, vêtue de sa seule gourmette. A son côté, le dos calé contre la tête du lit, un grand rouquin athlétique la contemplait : le caporal-chef Antonin Balbuzard – mon pote Tony –, nu comme un ver lui aussi. Tous les deux fumaient une clope après avoir fait l’amour comme des enragés, à en juger par l’état de la literie. On a beau être réduit à l’état de limbes, il y a des spectacles qui heurtent. Ecœuré, j’ai tiré un trait définitif sur Yolande et ce blaireau de cabot-chef. Quand même, cette Yolande, quelle salope ! Et ce Tony, quel faux-cul !

J’ai rencontré Zoé Bouzigues deux mois plus tard, après avoir assisté à la montée de l’Alpe d’Huez dans le Tour de France 2021. D’énormes progrès avaient été accomplis en matière de lutte contre le dopage. Désormais, le nombre des coureurs sains s’élevait à 13 % de l’effectif. Sans transition, j’étais revenu à Paris pour filer à l’Elysée durant les grandes grèves de l’automne 95. Un énorme flot de manifestants s’écoulait sur les Grands Boulevards noyés sous les décibels et les fumées rouges des feux de bengale. Tandis que le gouvernement serrait les rangs autour d’un Juppé droit dans ses bottes, le Président, avachi dans un fauteuil une Corona en main, se passionnait pour un tournoi de sumos retransmis en différé du japon sur le câble. C’est alors que Zoé est apparue, curieuse de découvrir les appartements privés du monarque républicain. Tout content de voir enfin débarquer un autre EFI dans ma nouvelle vie, je me suis présenté à elle en frétillant des limbes. Zoé m’a répondu sans aménité. J’avais pourtant très envie de meubler ma solitude en faisant copain-copain avec elle. Malgré son ton peu chaleureux, je le lui ai dit. « Hé ho, on n’a pas taillé les pipes ensemble ! » m’a balancé la fille de Cogolin avec une étonnante agressivité. Bonjour l’ambiance ! Pour une fois que j’avais de la compagnie… Vexé, j’ai préféré m’esquiver. Cap sur Eoghan.

J’ai retrouvé l’irlandais à New York le 8 décembre 1980. Il faisait un froid de canard, à en juger par l’attitude frileuse des piétons. Un homme venait d’en abattre un autre à coups de revolver.

─ Salut ! m’a dit Eoghan. Le type au flingue, c’est Mark Chapman, 25 ans et pas toute sa tête. La victime, c’est l’idole de mon adolescence : John Lennon. Il avait 40 ans. Il est mort en appelant sa femme Yoko, mais personne ne l’a entendu… (soupir limbique) Quel gâchis ! Par saint Patrick, ça fait quelque chose de le voir étendu là… Tu me cherchais ou c’est un hasard ?

─ Je te cherchais. Est-ce que tu connais Zoé Bouzigues ?

─ Celle qui s’est pris une grue sur la tronche ? Laisse tomber, c’est une caractérielle. Si tu veux voir une nana sympa, branche-toi plutôt sur Pamela Picklenuts, elle est sur la même longueur d’ondes que nous, contrairement à John Lennon (nouveau soupir limbique)… Qui as-tu rencontré d’autre en dehors de Zoé ?

─ Ben justement, pas un rat à part toi. Moi qui pensais me faire des tas de relations, j’ai l’impression de flotter en plein désert. Comment est-ce possible, alors qu’il meurt chaque jour des milliers de personnes sur terre ?

─ Ça, mon pote, c’est lié aux ondes cosmiques. Il existe des millions de canaux, et nous ne sommes que quelques centaines tout au plus à naviguer sur chaque longueur d’ondes. N’oublie pas que la majorité des défunts ne sont pas concernés par la prolongation limbique dont nous bénéficions ; il n’y a que les gens comme toi et moi, ceux qui ne sont pas allés au bout de leur parcours terrestre pour cause de meurtre ou de décès accidentel. Si tu le souhaites, je te communiquerai les noms de quelques EFI intéressants. En attendant, fais ce que je t’ai dit : branche-toi sur Pamela ; tu verras, c’est une fille dynamique et rigolarde, tout le contraire de Zoé.

Va pour Pamela. J’ai laissé Eoghan avec la dépouille encore fumante de l’ex-Beatle pour me concentrer sur l’américaine. Bingo. Elle assistait avec une étonnante exubérance à la finale du Superbowl 2024. J’ai regardé à ses côtés les Chicago Bulls mettre la pâtée aux New York Giants, plus intéressé par la prestation des pom-pom girls que par celle des joueurs. Le match terminé, nous avons bavardé à bâtons rompus puis décidé de faire un bout de route ensemble. Pamela a beaucoup insisté pour commencer par son assassinat, elle tenait absolument à me présenter le séduisant Spencer. Etudiant comme elle à UCLA, son meurtrier était à l’évidence un as de l’économie et du… couteau à désosser. La façon dont il l’avait occise puis découpée en morceaux avec la précision d’un boucher émerveillait Pamela au plus haut point. Mais plus encore que son dépeçage, ce qui fascinait le plus la californienne était la manière dont Spencer l’avait accommodée par la suite. En fin gastronome, il ne s’était pas contenté de la boulotter noyée dans le ketchup comme l’aurait fait le premier quidam venu. Spencer – français par sa grand-mère – s’était au contraire attaché à la cuisiner chaque jour différemment : mitonnée en bourguignon, rôtie aux fines herbes, poêlée aux échalotes, grillée en brochettes, mijotée en pot-au-feu, nappée de sauce basquaise, habillée de chapelure… Pamela voyait dans le soin apporté par son boy-friend à la déguster dans ces multiples variations de l’art culinaire une immense preuve d’amour. J’y voyais pour ma part la preuve d’un dérangement gravissime de la calebasse. Mais après tout, si ça faisait plaisir à Pamela… Hélas ! pour ma nouvelle copine, Spencer n’avait pas pu aller au bout de la dégustation par la faute des enquêteurs du FBI. Un bifteck de mollet, une escalope de fesse et deux côtes avaient échappé à l’assiette du boy-friend pour finir sans gloire dans un incinérateur.

Au début de notre relation, je me suis bien amusé avec Pamela. Comme l’avait affirmé Eoghan, cette fille-là avait une pêche d’enfer, et c’était un vrai plaisir de passer un moment en sa compagnie. Malheureusement, j’ai vite découvert qu’elle avait un problème récurrent : elle répugnait à sortir des Etats-Unis. Hors des states, rien ou presque ne trouvait grâce à ses yeux : ni les lieux, ni les gens, ni l’organisation sociale. J’ai bien réussi à la traîner à Venise, à Prague, à Ouarzazate – j’y étais allé au Club Med avec Yolande – et même à Katmandu et Machu Picchu. Sans parvenir à susciter chez elle d’intérêt véritable pour les joyaux de l’architecture ou pour les coutumes locales. Trop ceci… Pas assez cela… En résumé : trop ringard ! Seul comptait pour elle l’american way of life. Au bout de quelques semaines, dominées par la fréquentation assidue des rodéos, des matches de base-ball ou des parades de majorettes, j’ai rendu mon tablier, la californienne était décidément trop éloignée de mes propres pôles d’intérêt. So long, Pamela.

Quelques mois se sont écoulés, au cours desquels je suis parti – le plus souvent seul, parfois en compagnie d’un EFI de rencontre – à la découverte du monde et, dans mes limites temporelles, de son histoire passée et future. De temps à autre, Eoghan m’accompagnait dans mes pérégrinations. A l’inverse, il m’arrivait de le suivre dans ses propres errances.

Précisément, nous étions sur le point de nous transporter en Suisse au matin du 17 juillet 2031 pour assister à l'effondrement du glacier du Rhône, fragilisé par le réchauffement de la planète, lorsque j’ai réalisé que j’allais me trouver à deux pas du lieu de mon accident. Une irrépressible envie de revoir, toutes affaires cessantes, les circonstances de ma mort m’a saisi. J’en ai fait part à Eoghan :

─ Si ça te t’ennuie pas, j’aimerais faire un crochet par le col de la Furka pour m’installer dans la Golf, juste avant l’accident.

─ Comme tu veux, mon pote, on a tout notre temps.

L’instant d’après, nous étions à bord de la Volkswagen dans la descente vers Andermatt. Une radio FM suisse alémanique diffusait sur la mini-chaîne un vieil instrumental folk : Mini Lüt par le Trio Oesch. Hippolyte-le-terrestre – cet autre moi en chair et en os – conduisait avec aisance. Dans deux virages, le bouquetin allait surgir devant les roues de la Golf. J’attendais calmement le moment fatidique lorsque soudain j’ai perçu un frémissement dans mes limbes. Aussitôt, je me suis senti investi d’un étonnant pouvoir, j’avais tout à coup l’impression de pouvoir déplacer les montagnes par la seule force de mes petites ondes, l’impression de pouvoir modifier le cours des choses… Naturellement c’était idiot… Et pourtant… Pourtant je me suis concentré comme jamais. Pour voir. Devant la Golf, la route défilait… Plus qu’un virage… Plus que cent mètres… J’étais au bord de l’explosion. Plus que cinquante mètres… trente… vingt… C’est alors que le lecteur de CD a disjoncté…

…Un sifflement strident a brutalement envahi l’habitacle. Le sapeur Gerboise, surpris par cette violente irruption de décibels, a écrasé la pédale de frein. Au même moment, un bouquetin débouchait sur la chaussée. L’animal, effrayé par le crissement des pneus, a évité de justesse la calandre de la voiture en se jetant sur la voie montante. Une autre Golf, pilotée par un quadragénaire désinvolte, gravissait rapidement le col. Dans un réflexe malheureux, le conducteur a braqué vers le vide. La voiture a plongé dans le ravin. Hippolyte-l’EFI a disparu du monde limbique à l’instant précis où la Volkswagen se disloquait sur les rochers… Eoghan Quigley a aussitôt rejoint le nouvel EFI. Il observait sa dépouille terrestre gisant dans les rhodos devant la carcasse de la Golf. Puis il s’est présenté :

 ─ Je m’appelle Eoghan Quigley. Et toi ?

 ─ Walter Imboden… Euh… Je me sens tout drôle…

 ─ Sûr que ça doit te paraître bizarre d’être ici, dans cet état. Ça fait ça à tous les nouveaux arrivants. Il est vrai que c’est très surprenant dans les premiers instants de la transmutation…


Moyenne des avis sur cet article :  3.86/5   (14 votes)




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50 réactions à cet article    


  • Pelletier Jean Pelletier Jean 27 février 2013 11:01

    Fergus,


    Toujours aussi délicieux à lire... et si c’était vrai....j’adhère tout de suite à cet après....

    Bien à toi.

    http://jmpelletier52.over-blog.com/


    • Fergus Fergus 27 février 2013 11:18

      Salut, Jean.

      Merci à toi. Si c’était vrai, ça aurait quelque chose d’assez plaisant, en effet. Encore qu’il faudrait ne pas aller au terme de son capital-temps. Une chance pour certains, une calamité pour d’autres.

      Bonne journée.


    • ZEN ZEN 27 février 2013 11:08

      Salut, cher EFI
      J’avais lu la triste nouvelle dans Le petit courrier de Andermatt, dans la rubrique nécro
      Je m’disais :finie la lecture de ses articles ! foutu bouquetin !
      Finalement, c’est pas si triste que ça, l’outre-tombe.
      Moi, je n’aurais pas laissé tomber Pamela...


      • Fergus Fergus 27 février 2013 11:23

        Bonjour, Zen.

        Ah ! la nécro du Petit courrier d’Andermatt, avec un bonne croûte valaisanne arrosée d’un verre de fendant ou de dézaley ! Voir les autres partir en profitant soli-même des plaisirs de la vie, que rêver de mieux ?

        Pamela, c’est comme Debussy, soit on en devient accro, soit on s’en détourne assez vite.


      • rocla (haddock) rocla (haddock) 27 février 2013 11:15

        Parfait article de derrière les limbes . 


        Je cours m’ acheter une Golf . 

        Zoé Bouzigues avait pourtant tout l’ air d’ une perle . 

        Bravo Fergus !

        • Fergus Fergus 27 février 2013 11:26

          Salut, Capitaine.

          Merci pour ce petit bout de conduite ensemble du côté de la Furkapass.

          Bonne journée


        • Gabriel Gabriel 27 février 2013 11:44

          Salut à toi Fergus, flotter dans les limbes, dans l’éther, quelle ivresse ! Quitter un instant la folie de ce monde, oublier l’agressivité des tristes et se laisser porter par les vents, le pied ! Comme le capitaine, je fonce acheter une Golf…


          • Fergus Fergus 27 février 2013 13:37

            Salut, Gabriel.

            Pouvoir disposer d’une totale liberté dans l’espace et dans le temps en étant débarrassé des contingences corporelles, ce doit effectivement être le pied. La Golf est-elle pour autant le seul moyen d’accès à cet univers limbique ? L’histoire ne le dit pas...

            Bonne journée.

             


          • Raphael Monard 27 février 2013 12:32

            Même si je ne partage pas cette vision de la mort, et de l’après, j’ai bien aimé l’article !

            Agréable à lire et très amusant : j’ai passé un bon moment. Merci à l’auteur.


            • Fergus Fergus 27 février 2013 13:40

              Bonjour, Raphael.

              Merci pour votre commentaire. Pour être franc, je n’ai de la mort que la vision du mot « fin », tel celui qui s’imprime à l’écran à la fin d’un film.


            • gruni gruni 27 février 2013 13:53

              Bonjour Fergus


              Quelle chance d’avoir autant d’imagination.
              Après réflexion je vais essayer de garder ma peau saine et sauve et lever le pied !

              Bonne journée

              • Fergus Fergus 27 février 2013 13:56

                Salut, Gruni.

                Merci à toi. Confidence pour confidence, je choisis moi aussi lever le pied. Et pour cause : j’ai toujours préféré les certitudes aux spéculations.

                Bonne journée.


              • In Bruges In Bruges 27 février 2013 16:17

                Bof..
                C’est un peu long pour nous faire passer les deux messages subliminaux ( ou obsessions ?)de l’auteur :
                1/ il faut rouler doucement,
                2/ il faut rester droit dans ses bottes d’athée laïcard : pas de ciel ni même le moindre doute, bon sang de bonsoir....

                C’est bien, les mecs qui ne doutent jamais...
                Allez, circulez, y’a rien à voir (ni à lire, d’ailleurs...)


                • Fergus Fergus 27 février 2013 16:41

                  Bonjour, In Bruges.

                  Merci pour ce commentaire. Aucun message subliminal dans ce texte. Quant au fait qu’il n’y ait « rien à lire », vous êtes meilleur juge que moi pour l’affirmer...


                • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 27 février 2013 17:06

                  De mon vivant j’ai décidé d’aller me chauffer l’ombilic aux limbes du Pacifique ..
                  Michel Antonin Péa Péa .


                  • Fergus Fergus 27 février 2013 18:00

                    Bonjour, Aita Pea Pea.

                    Ce qui est formidable dans la vie, c’est la multiplicité des goûts. Personnellement, je préfère, et de loin, les paysages des Alpes ou les côtes d’Irlande et de Scandinavie.


                  • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 27 février 2013 18:22

                    Et j’ai pris ma décision un Vendredi...


                  • Fergus Fergus 27 février 2013 20:02

                    Salut, Sabine !


                  • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 27 février 2013 20:03

                    Ia orana Sabine ,merci d’avoir remarqué mon éffort ...


                  • rocla (haddock) rocla (haddock) 27 février 2013 20:05

                    En fait c’ était un samedi ... smiley


                  • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 27 février 2013 20:53

                    Et « l’ombilic des limbes » d’Artaud ......
                    Fergus ,joli texte ,mais j’aurais aimé y voir apparaitre le motard sans tete ....


                  • Fergus Fergus 27 février 2013 23:01

                    @ Aita Pea Pea.

                    Toutes mes excuses pour n’avoir pas percuté aux "limbes du Pacifique« . Où avais-je la tête ?

                    Je vois, à votre allusion à mon nouvelle intitulée « Le motard  » que vous avez bonne mémoire. Il y a eu également « Sharon la flamboyante  », mais peut-être n’aviez-vous pas lu celle-là ?

                    Bonne nuit.


                  • Loup Rebel Loup Rebel 27 février 2013 18:29

                    Bel exercice de littérature.

                    Des messages subliminaux ? On peut en voir partout. Ou du moins les imaginer.

                    En réalité, le lecteur « réécrit » ce que l’auteur a écrit, toujours.

                    Pour ma part, j’ai pris plaisir à lire cette nouvelle. J’ai noté la présence de beaucoup de « lames » qui donnent la mort : étudiante découpée, tête tranchée, et même un bateau retourné par une lame.

                    Je me suis demandé si l’auteur avait été — dans l’une de ses nombreuses vies — un boucher, ou avait exercé un métier avec des lames... ?


                    • Fergus Fergus 27 février 2013 19:58

                      Bonsoir, Loup Rebel.

                      Des messages subliminaux, on peut d’autant plus en trouver si l’on en cherche. Et comme vous le soulignez, le lecteur « réécrit » toujours l’histoire à sa manière ou selon son humeur.

                      Amusant que vous parliez de « lames ». Non seulement je n’ai jamais exercé une quelconque activité comportant des « lames », hormis les usages indispensables, mais je fais une sorte de phobie de tout ce qui coupe, tranche et pique, au point de ne pouvoir regarder au cinéma les scènes d’agression au couteau ou au rasoir. Même le spectacle d’une simple piqûre m’est insupportable. Dans ce texte, je me suis d’ailleurs bien gardé de la moindre description qui n’aurait pas manqué de me mettre très mal à l’aise.


                    • Loup Rebel Loup Rebel 28 février 2013 08:42

                      Sans vouloir jouer au (gentil) psy, sans doute votre écriture joue-t-elle un rôle d’exutoire des phobies dont vous parlez. C’est une très bonne chose qui peut vous aider à les tenir à bonne distance. Au même titre que les rêves.

                      En plus des lames, vous signalez ici les piques, et votre nouvelle les met également en scène :
                      c’est comme au tir à l’arc : les premières fois, on atteint rarement le cœur de la cible ! Question d’expérience.

                      Et vous évitez le substantif « flèche »... en le remplaçant par « on », puis vous trahissez votre phobie de l’objet qui pourrait pénétrer sous votre peau... on atteint rarement le cœur... (de la cible !)

                      Qui a dit que « notre inconscient est structuré comme notre langage » ? Le plus mal aimé des philosophes du XXe siècle, Jacques Lacan.

                      Pourtant, à y regarder avec toute l’attention requise, écouter la parole du parlant conduit assurément au cœur de son inconscient. Et c’est finalement ça qui produit la « littérature » : celui qui parle à celui qui écoute. Ou le contraire, selon que l’on est tour à tour lecteur ou écrivain.

                      Merci Fergus de nous livrer le contenu des « tiroirs aux images » qui peuplent votre esprit malicieux. (Là, je fais allusion à un de mes prochains billets... en cours de cuisson !)

                      À bientôt


                    • Fergus Fergus 28 février 2013 09:05

                      @ Loup Rebel.

                      Merci pour cet éclairage. Peut-être avez-vous raison. Cela expliquerait la raison pour laquelle, dans une autre nouvelle déjà publiée sur AgoraVox et mentionnée dans un commentaire en réponse à Aita Pea Pea (Le motard), j’ai mis en scène une... décapitation.

                      Je ne manquerai pas de lire avec intérêt votre prochain opus.

                      Bonne journée.


                    • easy easy 28 février 2013 12:14


                      ****** En plus des lames, vous signalez ici les piques, et votre nouvelle les met également en scène :
                      c’est comme au tir à l’arc : les premières fois, on atteint rarement le cœur de la cible ! Question d’expérience.

                      Et vous évitez le substantif « flèche »... en le remplaçant par « on », puis vous trahissez votre phobie de l’objet qui pourrait pénétrer sous votre peau... on atteint rarement le cœur... (de la cible !)

                      Qui a dit que « notre inconscient est structuré comme notre langage » ? Le plus mal aimé des philosophes du XXe siècle, Jacques Lacan.

                      Pourtant, à y regarder avec toute l’attention requise, écouter la parole du parlant conduit assurément au cœur de son inconscient. Et c’est finalement ça qui produit la « littérature » : celui qui parle à celui qui écoute. Ou le contraire, selon que l’on est tour à tour lecteur ou écrivain. *****


                      Votre remarque pertinente m’inspire un commentaire digressif par rapport au papier (qui me laisse indifférent)
                       


                      Il y a, dans le sport, le phénomène de la ligne d’arrivée. Vous le savez tous, si, dans les dernières secondes, on déplaçait la ligne d’arrivée d’un seul mètre, le coureur hurlerait l’injustice.
                      Il a tellement mis d’effort pour produire un fait pertinent qu’il n’a plus la force d’envisager à une autre pertinence.
                      Je tiens ça, je livre vite ça
                      C’est suffisamment pertinent pour établir la pertinence de mon entreprise

                      (Un type serait porté par la retenue plus que par la précipitation, il refuserait de livrer au monde un biplan monomoteur et attendrait d’avoir trouvé l’Airbus)



                      Avec notre Moi devenu plus indépendant (ce qui ne veut pas dire systématiquement autoritaire) nous sommes devenus des résultatistes-vite de moi
                      « Je (tout seul, indépendant) dois produire un résultat démontrant la pertinence de Moi-seul et cela le plus vite possible »
                       
                      Chacun, aussi bien le coureur que le public que le journaliste commentateur, court à produire un résultat soliste (parfois groupe-public de salle), pertinent, rapide.

                      Mais l’utilité profonde du franchissement de la ligne en 10 secondes....où est-elle ?

                      Oui, l’athlète a couru les 100 m en 10 secondes, c’est un fait indéniable (et qui est lui-lui)
                      Oui le public a livré immédiatement ses applaudissements (qui est Lui-Lui)
                      Oui le commentateur a livré une performance journalistique indéniable (qui est lui-lui)

                      Mais ces trois livraisons très pertinentes en termes olympiques ont quoi de méta pertinent ?
                      (Surtout, si l’on repense qu’à la limite Coubertin ne nous aurait relancés dessus rien que pour nous détourner de la guerre)

                      Doit-on, en tant que journaliste détecteur de faits saillants, se précipiter vers le micro pour annoncer « Il a fait 10 secondes’’
                      Ou doit-on dire »Il a fait 10 secondes dans le contexte qui....bla bli bla blo dans le méta contexte qui bla bla bla blo « . Ce qui exigerait bien plus de temps ?

                      Il serait par exemple possible de dire que l’athlète l’a fait devant des concurrents névrosés de la performance physique ; devant des spectateurs qui attendaient une élégance de course, une éthique sportive ; en considérant sa famille fière de lui ; en considérant son peuple fier de lui ; en considérant le Coubertinisme ; en considérant l’écologie ; en considérant le cosmos ; en considérant tout ce qu’il peut faire de positif pour tout ça
                      (au seul détriment de ses concurrents)

                      Il serait également possible de dire, si on en perçoit des arguments, qu’il n’a eu en tête que de planter un certain concurrent qu’il jalousait ; de se prouver que... ; de prouver à son père que ...


                      Au fond, les motivations du performeur sont insondables (Ce n’est pas ce qu’il en dira au micro qui en feront le tour). La seule chose de sûre qu’on puisse dire c’est la performance et son effet sur nous à qui il offre de la constater. 
                      Etant alors entendu que cet effet sur sa mère n’est pas le même effet que sur moi. 



                      A qui écrit Fergus ?
                      A nous, qu’il ne fréquente pas ? 

                      Il n’écrit que pour des personnes qu’il connaît en chair et en os et qui jouent dans sa vie privée
                      Ses élisions de flèche et de peau démontrent surtout qu’il ne veut choquer ni ces personnes ni nous, en ce papier et sur ce sujet du percement.
                      Sur un autre papier, il visera d’autres personnes et aura peut-être envie de les choquer
                      Mais s’il ne bouscule personne sur le percement des chairs (tant chacun conviendra que le sujet lui est sensible) peut-être bouscule-t-il quelqu’un sur un autre thème ?
                      Il y a forcément quelque chose dans ce qu’il a dit qui bouscule quelqu’un quelque part
                       

                      A quoi servons-nous alors, nous les inconnus qui le lisons ?
                      D’interlocuteur prétexte et validateur.
                      Comme la validation est importante face aux fantômes à qui il s’adresse, il se débrouille pour dire ce qu’il a à dire de toujours choquant, de toujours renversant, de toujours bouleversant aux yeux de ces fantômes mais pas trop pour nous, les anonymes, afin que nous validions la communication

                      Ses élisions servent à ne pas nous heurter afin que nous sympathisions, afin que nous validions
                      Mais tout en ne bousculant personne, ni nous ni ses fantômes sur le point hyper commun du percement de la peau, il y a quelque chose dans ce texte qu’il m’est impossible de voir qui sert à bousculer ses fantômes.
                      (Et je pourrais pour ma part être bouleversé pour x raisons par d’autres choses dites ici et complètement hors-objectifs de Fergus, qui en serait alors tout étonné et contrit)

                      Si je ne suis pas son fantôme, je ne peux pas voir l’objet réel de ce papier
                      Comme je ne suis le fantôme d’aucun des auteurs de ce site, je ne vois jamais les objectifs profonds des auteurs et je ne suis que leur faire-valoir. 

                      Ce qui complique l’affaire, c’est que nos fantômes ont peut-être souvent une première consistance physique mais notre imaginaire et notre talent à projeter en produisent des avatars sous des formes plus nuageuses »Tous les fachos, tous les profs, tous les croyants, toutes les grandes gueules« parce que, c’est l’énorme avantage sur les fantômes originels, ils peuvent vraiment entendre et vraiment répliquer
                      Ici, il y a vraiment des profs, vraiment des fachos, vraiment des patrons qui peuvent être bousculés et réagir (mais devant les témoins que sont les autres).
                      Il y a interpellation d’avatars et prise à partie des autres comme témoins
                      Il y a un triangle

                      Cette avatarisation qui fait qu’un auteur finit par interpeller les avatars vraiment dialectiques qu’il produit, fait que je deviens, moi, anonyme de passage, possiblement celui qu’il interpelle.
                      Si un texte ne me bouscule pas, tel celui-ci, c’est que son auteur n’a pas avatarisé ses fantômes en des personnalités dans mon genre
                      Si un texte me bouscule, c’est que son auteur a avatarisé ses fantômes en des personnalités dans mon genre


                      Ainsi les réponses des lecteurs, quand elles dénotent d’un bousculement, et le dialogue qui s’ensuit éventuellement avec l’auteur, sont des dialogues entre avatars de fantômes (car les lecteurs commentateurs procèdent des mêmes biais de communication)

                      Des avatars imaginairement construits causent à des avatars imaginairement construits


                      Il existe une autre manière de jouer à cela
                      Vous la connaissez mais ne l’avez peut-être pas pratiquée
                      Elle tient du cercueil volant katangais

                      On se met à trois ou quatre autour d’un guéridon (le mobilier prouve nos procédés de communication)
                      On écrit des lettres de chiffres de base sur la table 
                      On pose un coeur de bois monté sur trois punaises arrondies afin qu’il glisse bien
                      Chacun pose son index dessus

                      La grande gueule qui a organisé la séance convoque des morts
                        »Bonjour tonton Marcel, tu es là ?« 

                      Le coeur commence à bouger sous l’effet de la fébrilité et du désir de tous, surtout du maître de séance, qu’il s’ébranle 
                      A peine l’un deux force un peu plus dans la direction du Oui que les autres suivent enchantés. Chacun croit poser la force suffisante pour suivre le mouvement sans le déranger mais la somme des mini forces le fait filer vers le Oui
                      C’est bon, le fantôme est là
                      Suivent mille questions

                      Ce principe permet de dire, de réifier une pensée bousculante (bousculant parfois un des témoins) devant des témoins, de la faire valider, sans en porter la moindre responsabilité même in petto. Car on a constaté que notre idée -que nous avons forcée avec nos muscles- a été suivie, acceptée, par d’autres.
                       »J’ai certes eu l’initiative de poser cette idée mais j’ai bien fait puisque les autres n’en pensaient pas moins. Je ne suis pas spécialement responsable de ce qui a été dit devant tous"


                      J’ai participé à ces coeurs volants

                      Je retrouve le même principe sur ce site

                      D’ici, quelqu’un peut lancer l’idée qu’il faut pendre DSK par les couilles
                      Cette idée peut faire florès, peut aboutir si d’autres y ajoutent leur index
                      Son initiateur ne s’en verra aucune responsabilité, plutôt une fierté
                      Comme l’idée ne s’est pas concrétisée, je reste confiant sur la capacité nomique de chacun 

                      Le cercueil volant kantangais atteint toujours une maison parce qu’il n’y en a que quatre qui le portent. Le reste du village acte le fait et le légalise mais n’agit pas
                      Si la cible pouvait participer au portage, le cercueil ne se dirigerait pas vers sa maison
                      Si tout le village le portait, le cercueil n’irait que vers le cimetière

                      Ce forum est un cerceuil volant katangais porté par tout le monde. Il commence chaque matin par filer vers une maison mais finit dans les nuages

                      Il permet le vidage des rancoeurs mais chacun les tamponne en s’en tamponnant et il ne produit aucun effet tangible

                      Ça reste jusqu’au bout une arène où ne se bousculent que des avatars

                      C’est hyper intellectuel, ça nous névrose d’intellectualités, ça nous fait perdre le sens des réalités physiques mais ça ne fait pas couler une goutte de sang

                      Les blogs, sans être interdits aux quatre vents, sont plus nettement fréquentés par des gens ayant le même projet, tous poussant dans le même sens et là, ça peut déboucher sur des actions concrètes (mais menées par ce seul groupe de coagulés)

                      Ici, chaque stand (auteurs qui tiennent leur place tous les matins, comme sur un marché) vire au blog, chacun avec sa clientèle, mais le brassage est large, tous les vents y passent, il n’en sort jamais rien de concret. 
                       


                    • Shawford Shawford42 28 février 2013 13:11

                      C’est magistralement bien vu comme d’hab. 


                      Certain sans être capables de décrire le processus aussi didactiquement usent par contre de cette arme depuis de nombreuses Lunes. Y’en a même un qui appelle cela le jeu de la cible et de la flèche, l’objectif étant comme il se doit et à l’analyse de ta prose easy, de faire le tour de tous les guéridons présent pour pointer directement et en bout de course celui qui s’est cru flèche, la cible étant elle même impropre à désigner l’objectif.

                      Dès lors si tout cela est inoffensif (pas de sang bel et bien versé), si tout cela ne débouche sur rien de concret, ce n’est qu’un constat qui ne peut être porté sur la vie trépidante de l’Agora qu’à cet instant T, pas un attribut définitif de la marche de ce « forum multi blog ».

                      A tout le moins il y a des fantômes bien concrets derrière tout ça qui ne sont pas que le produit des fantasmes de chaque auteur dans son petit coin à lui smiley

                    • Loup Rebel Loup Rebel 28 février 2013 13:14

                      Bonjour Easy,

                      En écrivant ce que je vais dire là, j’ai un peu le sentiment de vous plagier... :

                      Lorsqu’il écrit, l’écrivain sur forum tente de se regarder avec l’œil de l’autre (son lecteur présumé, qu’il ne connait pas).

                      La quête ultime — selon moi — en serait un désir archaïque de consensus, de mimesis dirait Luc Laurent Salvador.

                      Que se passerait-il si on s’en passait une fois l’addiction installée ?

                      De nos jours, pas sitôt nés nos enfants sont sous perfusion 3G... la tyrannie de l’Empire de demain. Le Dieu d’Abraham (et les autres) seront détrônés, remplacés par un plus moderne : le Dieu « Écran ». Beaucoup plus hypnotique que le catéchisme et autre Ancien Testament... Mais il relie les esprits des humains entre eux (les corps ne sont que fantasmés) ; c’est la nouvelle religion, désincarnée, fantomatique, spectrale, ectoplasmique, zombique. C’est ça qu’on appelle le virtuel, non ?

                      À bientôt, Easy, car j’ai toujours grand plaisir à vous lire  smiley


                    • easy easy 28 février 2013 15:28

                      ****La quête ultime — selon moi — en serait un désir archaïque de consensus****

                      Le moindre mot, même Ouille, est fruit de consensus

                      Parler est donc pétrir de la matière consensuelle

                      Mais chaque mot n’exprime que le point pertinent-saillant d’un sentiment ou d’une sensation qui est en réalité bien plus précise

                      Quand je touche mon pied, j’ai une sensation pensée très précise -je le reconnaîtrais entre mille- mais pour le dire, je vais utiliser des mots d’allure précise, d’acception précise, qui ne colleront pas et de loin, avec mes sensations

                      Comme le recours à des mots précis ne permet d’exprimer que des imprécisions, peut-être recherchons nous à dire nos sentiments et sensations précises en combinant les mots (ce que fait un oenologue) 
                      Nous voilà donc à parler pour dire les non-mots avec les mots

                      Or, si les mots sont automatiquement consensuels, s’ils disent les points saillants et que ces pointes ont le droit d’être dites, tout ce que nous voulons dire d’autre, tout ce que nous ressentons vraiment et qui est donc hors-les mots, nous semble être hors-la-loi

                      La recherche du consensus serait la recherche d’un consensus non pas sur les pointes que représentent les mots existants mais uniquement sur les non-mots que nous essayons de cerner en jouant de combinaisons de mots

                      Pour dire le centre de gravité d’un triangle, que je sens ou pressens mais dont aucune convention n’a encore dit le mot, je vais en parler en parlant des côtés, des médianes. Je vais parvenir à dire un tabou en tournant autour




                      Et bien il me semble que s’il y a des raisons de croire que nous cherchons tous le consensus pour dire enfin des jusque là non nommés, je vois aussi de grandes angoisses à oser cette démarche.


                      Là intervient la construction psy de l’individu.
                      Sur le point de son autorité

                      J’ai le courage de dire un non-dit à condition de n’être suivi que par très peu de gens
                      (Sur le plan privé, il n’y a que la vie hors-les-mots qui m’excite)

                      J’aurais paniqué si, en disant ce que Hitler, Copernic, Lincoln, Darwin, ont osé dire, j’avais vu les gens y coaguler

                      Je suis très Viet sur ce plan. 
                       
                      Un Viet tremble à l’idée de nommer lui-même un animal jusque là inconnu.
                      Ici, un savant découvre quelque chose et ne voit aucun problème à lui coller un nom depuis son labo, sans consulter la masse. Ici, chacun se permet d’inventer des mots
                      "Tiens, ce matin je vais nommer universellement La Mer de la Tranquillitéé 

                       
                      Je veux bien que quelqu’un reprenne une minuscule idée de moi mais je panique quand trop de gens la reprennent car je vois le risque qu’elle se réalise et que par effet de dominos, la situation soit chambloulée. 

                      Je veux bien avoir des amis d’accord avec moi mais surtout pas plus de monde
                      Je ne suis donc jamais monté sur une tribune et je ne veux pas parler à la télé
                      Les Viets sont de piètres orateurs, ils n’aiment pas être des locomotives ou des paratonnerres

                      Alors recherche de consensus oui mais de quelle envergure ? 
                      Pour moi c’est petite, très petite


                    • easy easy 28 février 2013 15:47
                      *********
                      Dès lors si tout cela est inoffensif (pas de sang bel et bien versé), si tout cela ne débouche sur rien de concret, ce n’est qu’un constat qui ne peut être porté sur la vie trépidante de l’Agora qu’à cet instant T, pas un attribut définitif de la marche de ce « forum multi blog ».

                      A tout le moins il y a des fantômes bien concrets derrière tout ça qui ne sont pas que le produit des fantasmes de chaque auteur dans son petit coin à lui ********


                      En effet Shawford

                      La tentation est toujours là pour certain marchands de faire de leur stand un blog, de trier plus nettement leur clientèle et de viser alors une coagulation pour la diriger en cerceuil volant kantagais vers une cible

                      L’effet sera alors d’autant plus dévastateur qu’il sera considéré que ce stand-blog n’étant pas privé, il aura été vu et parcouru par tous, donc validé par tous en son activité.
                      Ce qui produirait l’effet total du cerceuil katangais puisqu’il y a tout le village qui, sans intervenir directement dessus, suit l’opération depuis le départ, donc le valide, donc le légalise 

                      J’ai posé le principe de l’avatar, de l’arène où se battent des avatars 
                      Mais ça n’empêche que certains peuvent avoir en tête des cibles très précises et avatarisent alors peu. Ils n’attaquent pas un nuage, mais bien une ou des personnes particulières.

                      Le risque n’est donc pas nul que ça conduise un jour à un véritable drame




                    • Fergus Fergus 28 février 2013 15:59

                      @ Easy, Shawford, Loup Rebel.

                      Vous avez sans doute raison dans vos analyses et les réponses que vous apportez à ces questions : « dans quel but écrit-on ? », « pour qui écrit-on ? », « quel sens conscient ou pas un auteur veut-il donner à son récit ? »

                      Pour ma part, je ne cherche pas à élucider les raisons pour lesquelles j’écris ceci ou cela, si ce n’est que ma priorité est d’écrire :

                      - avant tout pour moi-même lorsque je rédige des nouvelles ou des articles culturels, notamment sur la musique ou la peinture ;

                      - pour faire réagir des lecteurs sur un sujet donné lorsque je rédige des articles sur la société ou la politique.

                      Deux approches différentes qui, je n’en doute pas, sont certainement motivées par des traits de personnalités que je n’ai jamais cherché à analyser.

                      Bonne journée


                    • easy easy 28 février 2013 16:26

                      *******Que se passerait-il si on s’en passait une fois l’addiction installée ?

                      De nos jours, pas sitôt nés nos enfants sont sous perfusion 3G... la tyrannie de l’Empire de demain. Le Dieu d’Abraham (et les autres) seront détrônés, remplacés par un plus moderne : le Dieu « Écran ». Beaucoup plus hypnotique que le catéchisme et autre Ancien Testament... Mais il relie les esprits des humains entre eux (les corps ne sont que fantasmés) ; c’est la nouvelle religion, désincarnée, fantomatique, spectrale, ectoplasmique, zombique. C’est ça qu’on appelle le virtuel, non ?********


                      Au fond, la désincarnation ne me semble pas nouvelle

                      Ça fait 2500 ans que grandit l’idée que la pensée est plus grande que notre corps, que nos jambes, que nos mains
                      Tant qu’il y avait une hiérarchie obligeant des laboratores à nourrir les oratores et bellatores avec leurs mains, ce phénomène est resté limité à l’élite penséiste

                      Mais depuis l’égalitarisme, chacun se voit, comme Voltaire, plus grand que ne l’est son corps
                       
                      Si je vois dans un premier temps une impossibilité que 7 milliards d’individus dotés d’un esprit Dugué mais sans mains ni pieds puissent survivre 24h, j’envisage qu’une évolution vers notre sortie du corps biologique soit possible
                       
                      (Ne perdons pas de vue que notre corps bio oblige à des millions de volailles de vaches et de bananes)

                      La puce n’entrera pas dans nous
                      Notre ipséité entrera dans la puce

                      Une fois dans la puce, nous n’aurons besoin que des très faibles courants électriques naturels (sols arbres) et nous serons aussi bien en terre.
                      Les bestioles enfin débarrassées de nous nous pisseront dessus sans que ça nous en bouge une

                      Chacun de nous sera un On et n’aura aucun besoin de communiquer avec quoi que ce soit d’autre que ses propres productions intellectuelles 


                    • Surya Surya 27 février 2013 19:47

                      Bonsoir Fergus,

                      Un agréable moment passé à lire cette nouvelle, où vous avez développé de très bonnes idées, comme celle des ondes cosmiques sur lesquelles les corps naviguent. J’ai bien aimé.
                      Bonne soirée à vous smiley


                      • Fergus Fergus 27 février 2013 20:00

                        Bonsoir, Surya.

                        Un grand merci à vous d’être venue à la rencontre de mes EFI. Content d’avoir pu vous distraire.


                      • alberto alberto 27 février 2013 20:46

                        Ouf ! Salut Fergus, et heureux de te savoir bien là et que ce n’était qu’un conte !

                        Un conte un peu idyllique à l’usage des gentils dont tu fais partie...

                        Moi, dans mes NDE à moi, c’est infernal, je n’y croise que de la canaille et des crapules, les bonnes âmes y sont rares : un peu comme ici bas ?

                        Bien à toi.


                        • Fergus Fergus 27 février 2013 23:10

                          Salut, Alberto.

                          « je n’y croise que de la canaille et des crapules », écris-tu. Dois-je comprendre que, dans tes NDE, tu côtoies des milieux de pouvoir et de fric ? Car chez les vrais gens, ni la canaille ni la czapule ne sont surreprésentées, non ?

                          Je crains de ne pas toujours être « gentil ».

                          Bonne nuit.


                        • alinea Alinea 27 février 2013 20:57

                          J’ai toujours rêvé pouvoir rester un petit peu plus longtemps que ma vie pour voir comment les choses tournaient ou bien revenir épisodiquement pour savoir où on en est : s’est-on débarrassé du nucléaire ? la folie qui a pris le monde s’est-elle atténuée, a-t-elle disparu ou empiré ? Et puis, finalement, non, je préfère me faire manger par les vautours et basta ! Que peut-on espérer d’autres qui ne serait pas aujourd’hui !

                          Je crois qu’une Golf ne peut pas quitter la route comme ça, pour un rien ! Vous auriez dû choisir une dauphine ou une 404, ça aurait été plus crédible ! smiley En montagne, c’est la meilleure bagnole qui soit !!


                          • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 27 février 2013 21:15

                            Angéla ,sort du corps d’Alinéa, qui nous promeut ici un modèle allemand ,alors que camarguaise elle ne devrait qu’etre amour pour les 2CV !


                          • alinea Alinea 27 février 2013 21:22

                            Sûr, avec la deux pattes, pas moyen de sortir de la route ! c’est vrai, mais enfin, en côte, dans les Alpes ; bon ...
                            Je ne peux pas résister à l’envie de vous raconter une blague qui, plus de vingt ans après l’avoir entendue pour la première fois me fait encore rire ; elle irait bien à la 404 par exemple ;
                            L’un demande : « Elle tient la route ta bagnole ? »
                            L’autre« Ah oui ! Elle tient toute la route ! »
                            Je crois que c’est parce que j’ai eu plusieurs 4L qui n’avaient plus beaucoup d’amortisseurs !
                            Pardon ! smiley

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