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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Décès de Miriam Makeba : l’Afrique perd une mère

Décès de Miriam Makeba : l’Afrique perd une mère

Nombreux sont ceux qui connaissent ce refrain entêtant «  Pata Pata  » mais qui ne souviennent pas du nom de cette artiste qui chantait autrefois cette chanson. D’autres chanteurs avaient repris à leur compte ce refrain mais avaient complètement occulté toute la part de combat qui entourait l’interprète originelle. 

Née en 1932, Zenzi Makeba subit de plein fouet toutes les humiliations imposées par le régime des Afrikaners. Orpheline de père, dès l’âge de cinq ans, la jeune fille devient successivement bonne d’enfants puis laveuse de taxis, avant de démarrer la chanson pour sortir de la misère dans laquelle vit toute sa famille. À seulement vingt ans, elle devient l’une des principales choristes du groupe Manhattan Brothers, une formation très en vogue qui effectue des tournées dans le monde entier. Dotée d’une voix unique, celle qui se fait désormais appeler Miriam Makeba* combat l’apartheid avec la musique qui la rend célèbre.

Trois ans après son immense succès pour sa chanson «  Pata Pata  », Miriam Makeba répond positivement aux demandes des producteurs occidentaux qui veulent absolument la voir jouer dans l’une des grandes comédies musicales de l’époque. 1959 deviendra l’année de la consécration mondiale pour l’artiste qui se verra récompenser d’un Grammy Award pour son disque avec Harry Belafonte. C’est d’ailleurs en 1959 que la chanteuse est condamnée à l’exil par les autorités africaines qui ne tolèrent pas que l’artiste ait participé au film Come Back Africa qui dénonçait alors l’apartheid. Ce film présenté sous la forme d’un documentaire en noir et blanc avait été tourné en Afrique sans l’accord des autorités. Le réalisateur Lionel Rogosin* avait prétexté réaliser un film sur la musique africaine alors que son intention était de dénoncer au monde toute la violence de la ségrégation en Afrique du Sud.

En 1963, Miriam Makeba prononce un discours retentissant à l’Unesco, dans lequel elle dénonce les injustices subies par le peuple noir. Le gouvernement sud-africain prononce l’exil définitif pour la chanteuse, exil qui durera trente années.

Miriam Makeba s’installe alors aux Etats-Unis où elle poursuit son combat en se mariant à l’un des leaders des Black Panthers, ce qui lui causera de sérieux problèmes avec les autorités américaines. Désormais indésirable sur le sol américain, la chanteuse se voit confrontée au double discours des des occidentaux qui maintiennent eux aussi une forme de ségrégation. Enjointe de quitter la terre de la bannière étoilée, l’artiste choisit de se rendre en Guinée. L’accueil de la chanteuse en terre africaine retentit comme un camouflet pour les occidentaux qui prétendent défendre les droits de l’Homme et refusent de garder au sein de leur frontière l’un de ses plus fervents défenseurs.

Trente années d’exil, loin de sa terre et l’impossibilité de se rendre aux obsèques de sa propre mère, de retrouver les siens, voilà le prix de son combat pour la justice. Jusqu’à sa mort le 9 novembre à Venice lors du concert de soutien à l’écrivain Roberto Saviano, menacé de mort par la Camorra, Miriam Makeba n’aura jamais abandonné la lutte.

Ses chansons, sa voix et le claquement inimitable de sa langue, effet propre au peuple Xhosa*, demeureront comme les témoignages d’une artiste qui aura fait de sa vie un art pour défendre la liberté et la justice.

 

Laurent Monserrat

 

Sur Miriam Makeba  : en l’absence d’un site officiel, nous vous conseillons ces articles accessibles sur le net

Sur Lionel Rogosin  :

Sur la langue Xhosa  :

Repères chronologiques sur l’Apartheid  :

Mai 1948  : Vainqueur des élections, le Parti national de Daniel F. Malan, héritier du «  Parti nationaliste purifié  » entreprend une politique de ségrégation raciale systématique.

1949  : Une loi interdit les mariages entre Blancs et non-Blancs.

1950  : Le Population Registration Act classifie la population sud-africaine en quatre groupes (Européens, Bantous, Métis et Asiatiques). Le Group Areas Act institutionnalise la ségrégation résidentielle.

1953  : Instauration de la ségrégation raciale dans tous les domaines de la société (transports, lieux publics, éducation, etc.).

Mars 1960  : Les émeutes noires de Sharpeville conduisent le pouvoir à interdire l’African National Congress (A.N.C.), qui renonce peu après à l’action non violente et se lance dans la lutte armée.

Juin 1964  : Nelson Mandela, leader de l’A.N.C., est condamné à la prison à vie.

-L’O.N.U. condamne officiellement la politique d’apartheid menée en Afrique du Sud.

16-22 juin 1976  : D’importantes émeutes dans les townships de Soweto sont durement réprimées, faisant plus d’un millier de victimes.

1978  : L’Église catholique et protestante se prononce contre l’apartheid.

Septembre 1984  : Une nouvelle Constitution, promulguée notamment sous l’impulsion de Pieter W. Botha, ébranle le régime d’apartheid en créant des organes de représentation des communautés non blanches.

2 février 1990  : L’A.N.C. est de nouveau autorisée  ; neuf jours plus tard, Mandela est libéré.

Février 1991  : Le président Frederik De Klerk, élu en 1989, annonce que l’Afrique du Sud renonce à l’apartheid  ; l’A.N.C. abandonne quant à elle la lutte armée.

Juin 1991  : Les principales lois qui fondent le régime d’apartheid sont abolies par le Parlement.

15 octobre 1993  : Mandela et De Klerk reçoivent conjointement le prix Nobel de la paix.

9 mai 1994  : Mandela est élu président de la République.


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3 réactions à cet article    


  • Laurent Monserrat 12 novembre 2008 13:09

    Je voudrais juste rajouter cet extrait du film Come back Africa réalisé par Lionel Rogosin, la scène est vraiment magnifique, mais malheureusement on ne peut introduire la vidéo.

    La vidéo apparaît dans l’article publié sur mon site pour ceux que cela intéresse.

    Bien à vous,

    Laurent


    • Laurent Monserrat 12 novembre 2008 19:37

      De rien Philippe, il est normal de rendre hommage à cette très grande chanteuse.

      Bien à vous,

      Laurent


    • Stoïque 12 novembre 2008 21:24

      Jeune, j’avais bien apprécié L’enfant et la gazelle" de Miriam Makeba, mais je ne connaissais pas son histoire. Bravo pour cet article bien informatif, rendant honneur à cette personnalité hors du commun !

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