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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Démocratie et impérialisme : le cas athénien

Démocratie et impérialisme : le cas athénien

Il est somme toute étonnant que pour nos contemporains le nom d'Athènes évoque uniquement la notion de démocratie et de beaux monuments, alors qu'il pourrait tout aussi bien renvoyer à l'idée de rapine et d'impérialisme.

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L’Acropole d’Athènes
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La démocratie athénienne et sa beauté architecturale ne purent en effet s'épanouir que
sur la base de la richesse de la cité, et cette richesse lui fut acquise par bien d'autres
moyens que le strict travail sur son territoire. Sa grande époque fut celle que l'ensemble des historiens de l'Antiquité nomment : l'impérialisme athénien.

Un mot sur Thucydide, l'historien de "La Guerre du Péloponnèse".

Thucydide, fut le premier historien "moderne" reconnu à cause de son souci d'objectivité, ce qui ne fut pas le fort des historiens de l'Empire romain, Tacite d'abord, dont le talent littéraire fit que nombre de lycéens latinistes encore près de deux millénaires plus tard s'arrachèrent les cheveux sur ses textes elliptiques proposés en versions, ou Suétone qui écrivit sur chacun des douze César qu'il débina une série de péplums des plus excitants ; historiens peu objectifs donc, car ils avaient à cœur de noircir la dynastie qui avait précédé celle qu'ils avaient pour tâche de mettre en valeur par comparaison implicite.

Thucydide suivit l'histoire de la guerre d'Athènes contre Sparte, en tant qu'acteur d'abord, il fut général, puis en tant que témoin condamné à l'exil quand son commandement lui fut retiré.

Cette guerre conduisit Athènes au désastre. Il mourut avant la chute d'Athènes à l'issue d'un conflit qui dura de -431 à -404, mais dont l'histoire fut continuée par Xénophon.

Or en -431, Athènes mentionnait 238 cités grecques sur sa liste des tributs, alors que
l'ensemble des cités grecques étaient au nombre d'un millier.

 Athènes à la tête de la Ligue de Délos

Athènes et Sparte assurèrent de façon décisive la victoire des Grecs sur la Perse qui
voulait les soumettre. Sparte se retira des affaires internationales sur ses affaires propres, alors qu'Athènes exploitant le prestige acquis passa du rang de puissance secondaire à celui de libératrice des Grecs.

Elle forma une ligue de cités, la Ligue de Délos, au prétexte qu'il fallait continuer à envisager la menace des Perses.
Les cités associées, les plus riches, fournissaient des navires et celles qui ne le pouvaient pas, de l'or, entreposé à Délos.
Pourtant avec le temps, et alors que les Perses ne faisaient plus mine de menacer les cités grecques, Athènes abusa de sa position.

La ligue se transforme en empire athénien

La flotte devient ainsi quasi-exclusivement athénienne. Les alliés doivent prêter serment de fidélité à Athènes et modeler leurs institutions sur les siennes. Athènes ne met pas en place une administration impériale dans chaque cité comme le feront plus tard les Romains dans leurs provinces. Les habitants des cités de la ligue ne sont ni naturalisés ni véritablement intégrés, il n’y a pas « d’athénisation ». Les cités soumises sont en principe libres de garder le régime politique qu’elles ont choisi.

Athènes impose cependant l’usage de sa monnaie et de celui de son système de poids et mesures. Cette uniformisation a un effet bénéfique sur le commerce puisqu’elle simplifie les échanges mais elle porte gravement atteinte à la souveraineté des cités. En même temps, cela renforce la domination d’Athènes grâce à l’augmentation de la valeur de sa monnaie. La puissance économique et militaire de cette dernière repose donc sur les revenus des cités sujettes. 

Parfois une garnison athénienne s’installe sur place pour appuyer l’autorité de son envoyé spécial chargé de surveiller les alliés. Ceux-ci sont soumis au tribut à Athènes, fixé tous les quatre ans par l'Assemblée athénienne. Ce tribut est considérable : environ 500 talents par an. Les retards de versement donnent lieu à l’envoi de percepteurs, parfois appuyés par la force.

Les alliés doivent participer aux fêtes des divinités athéniennes.

Progressivement, les tribunaux athéniens deviennent seuls compétents pour les affaires intéressant les citoyens des cités alliées. Toute ville qui rompt l’alliance est coupable de trahison.

En 454, Périclès fait transférer le trésor de la ligue de Délos à Athènes et dissout le conseil des cités. Athènes contrôle ainsi complètement les finances de la coalition.

Le gouvernement athénien n’hésitera pas à puiser dans ce trésor pour financer les travaux publics.

Splendeur d'Athènes et conséquences de sa défaite

L’Acropole sera ainsi reconstruite aux frais des alliés sous prétexte que sa destruction due aux Perses en fait une perte de guerre dont les frais de reconstruction incombent à l’ensemble de la ligue.

Voilà comment, selon Plutarque, Périclès justifiait cette utilisation du trésor commun :

« Les alliés, ne fournissent pas un cavalier, pas un navire, pas un hoplite, mais seulement de l’argent. Or l’argent n’appartient plus à ceux qui le donnent, mais à ceux qui le reçoivent, pourvu qu’ils rendent les services en vue desquels ils le reçoivent. »

Le texte suivant, de Xénophon, illustre bien de quelle façon Athènes profitait de ses alliés sur le plan économique :

« On pourrait prétendre que ce serait une force pour Athènes d’avoir des alliés en état de lui fournir des subsides ; mais les démocrates croient qu’il vaut mieux que chaque Athénien en particulier fasse main basse sur les biens des alliés et ne leur laisse que ce qu’il faut pour vivre et travailler la terre, afin qu’ils soient dans l’impuissance de comploter. » 

Enfin, Xénophon résume ainsi la déchéance d'Athènes, quand la guerre fut perdue :

« Les Lacédémoniens [Sparte] déclarèrent qu'ils ne réduiraient pas en servitude [esclavage pur et simple] une ville grecque qui avait rendu un grand service à la Grèce, quand elle était menacée des plus grands dangers, et ils firent la paix à condition que les Athéniens abattraient les Longs Murs et les fortifications du Pirée, qu'ils livreraient leurs vaisseaux, sauf douze, rappelleraient les exilés, reconnaîtraient pour ennemis et pour amis ceux de Lacédémone et suivraient les Lacédémoniens sur terre et sur mer partout où ils les conduiraient. »

Soixant-dix ans plus tard, elle allait tomber sous la coupe du Macédonien Alexandre le Grand.

Sources facilement accessibles sous les rubriques : La Guerre du Péloponnèse & L'impérialisme athénien.
 


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3 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 10 septembre 2013 17:11

    Bonjour, Démosthène.

    Vous avez raison, « le procédé » a existé, et les nomothètes ont rempli la mission pour laquelle ils étaient tirés au sort.

    Vous avez raison également de parler de « simulacres démocratiques » pour les systèmes en vigueur dans nos pays évolués occidentaux.

    Mais établir un lien entre Athènes et nos sociétés modernes comme le font régulièrement certains internautes relève de la plus totale utopie tant le modèle athénien, qui s’appliquait à quelques dizaines de milliers d’habitants, est inapplicable de nos jours, eu égard à la multitude et à la technicité des textes qui régissent nos sociétés.


  • Dwaabala Dwaabala 10 septembre 2013 17:29

    Après les guerres médiques, l’Aréopage et son pouvoir de sanction joue un rôle prépondérant qui est progressivement réduit jusqu’à lui enlever tout pouvoir politique.
    A l’époque de Périclès et après, celle à laquelle s’intéresse l’article, l’Ecclesia a tous les pouvoirs. Jusqu’à son renversement provoqué par l’occupation des troupes spartiates, à la fin de la guerre.
    Au IVe siècle, si la cité peut encore briller intellectuellement, elle est déchue.
    La démocratie connaît cependant un sursaut à l’époque de Démosthène... qui se suicide à la suite de la conquête macédonienne.
    Je ne comprends pas votre objection : c’est bien sous Périclès que la démocratie connut son plus vif éclat.
     D’ailleurs l’article ne traite ni de la démocratie ni de l’art athéniens, mais de l’impérialisme d’Athènes, qui a permis incontestablement leur épanouissement par l’aisance qu’il a procuré à la cité. 


    • Dwaabala Dwaabala 10 septembre 2013 20:37

      J’ajouterai qu’il n’est strictement question que d’Athènes, et qu’aucune tentative de comparaison n’est faite avec les régimes actuels.
      Que d’autre part il n’est nullement question des esclaves... ni des femmes.
      Il n’est donc pas scandaleux de rappeler que ce qui vient spontanément à l’esprit quand on évoque Athènes aujourd’hui c’est : Ah ! oui, la démocratie... Euh ? et le Parthénon et les Propylées ... Et que bien peu savent que ces chefs-d’oeuvre furent financés sur le dos des cités bernées par le coup de la ligue de Délos.
      Enfin, si chaque époque a son caractère propre, et s’il est vain de vouloir la décalquer sur une autre, il n’en reste pas moins qu’il existe des constantes dans l’histoire, la preuve en est qu’il n’y a sans doute eu pas de grand homme qui ne soit allé à son enseignement et à sa méditation.

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