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Dennis Hopper (1936-2010) : hommage au Crazy Rider

« D’ailleurs, Henri Langlois, le fondateur de la Cinémathèque a dit : " Dennis Hopper est un peu comme Rembrandt : Rembrandt baisait la bonne et Dennis Hopper a baisé Hollywood ! " C’est la meilleure présentation de moi que je connaisse.  » Dennis Hopper, in A nous Paris, 20/10/2008

Ce n’est pas sans émotion qu’on a appris la mort le 29 mai dernier du grand, que dis-je, du Géant Dennis Hopper. Non sans émotion parce que je me souviens encore, il y a environ deux ans (c’était en octobre 2008 à la Cinémathèque française qui présentait une superbe expo pluridisciplinaire lui rendant hommage, Dennis Hopper et le Nouvel hollywood), j’étais venu vers lui pour un sacro-saint autographe, et il s’était alors plié bien volontiers à cet éternel exercice de la dédicace pour admirateur sans aucunement jouer sa star ; et pourtant, par rapport à moult starlettes hexagonales à deux balles qui jouent les divas lorsqu’elles daignent rencontrer leur public, Dennis, L’ami américain, en était sacrément une, bien sûr dans le 7e art mais également dans les arts plastiques.

Alors c’est sûr, à sa mort, j’ai aussitôt pensé à son film libertaire cultissime Easy Rider (1968), j’ai également repensé à ses rôles notoires (le jeune Goon de La Fureur de vivre, le Billy barré d’Easy Rider, le reporter hallucinogène d’Apocalypse Now, le tueur cauchemardesque de Blue Velvet) et, par la même occasion, me sont aussi revenus en mémoire avec tendresse un certain nombre de nanars (Massacre à la tronçonneuse 2, Super Mario Bros et autres Explosion imminente !), mais j’ai surtout pensé à l’artiste multifacette qu’il était. Comme l’a dit le styliste newyorkais Adam Kimmel : « Dennis Hopper est l’artiste ultime du 21e siècle. Son art téméraire embrasse le jeu d’acteur, la photo, l’écriture, la réalisation et la peinture. Tout cela fait de lui un homme emblématique de sa génération, un homme qui a défini la coolitude américaine. Il a aussi prouvé qu’un artiste peut agir dans différents domaines, toujours avec succès. D’une certaine manière, les artistes d’aujourd’hui lui emboîtent le pas.  »

On le sait moins mais, indépendamment d’être un homme de cinéma hors norme, à la Cassavetes (autre enfant terrible d’Hollywood), Dennis Hopper était un peintre touche-à-tout et un photographe de talent, ainsi qu’un grand collectionneur d’art contemporain : Duchamp, Warhol*, Basquiat, Rauschenberg, Ruscha, Schnabel, Leibovitz et j’en passe. C’est ça ce que j’aimais chez cet Américain indépendant, le fait qu’il incarnait l’Amérique qu’on aime, celle qui, aventureuse à souhait, s’ouvre sans baliser au melting-pot, au métissage, et à la contre-culture venue de ses rues et marges. Dans ses photographies vintage, on croise tout autant une imagerie urbaine pop (pompe à essence, Coca Cola, enseignes, néons…) que des figures politiques emblématiques des années 60 (Jane Fonda, Martin Luther King, etc.). Dans ce sens-là (une œuvre témoin de son temps), peut-être que son film le plus manifeste, en tant que plaque sensible du territoire états-unien bigarré, c’est Colors (1988) - film gangsta-rap racontant la guerre des gangs à Los Angeles, à mille lieues d’une vision touristique de la Cité des anges. On y voyait non seulement des tags buissonniers qui reflétaient la vitalité artistique des quartiers déshérités de L.A. mais on y entendait, en parallèle, une bande-son des plus tonitruantes : Herbie Hancock, Ice T, Eric B, Marley Marl, Rakim, Roxanne Shanté et Salt’N’Pepa. Loin de « l’art pour l’art », Hopper mêlait l’art et la vie : il laissait entrer dans son salon hollywoodien la subculture des banlieues de Los Angeles, faisant ainsi de sa vie une œuvre d’art kaléidoscopique reflétant les paradoxes de l’Amérique et les tensions du monde moderne. Laissons-lui le mot de la fin : « J’essaie de montrer aux gens comment regarder. Je veux faire comprendre que la beauté et l’art ne sont pas seulement dans les musées, mais partout. Pour moi, ils sont sur les murs lépreux, abîmés, écorchés, graffités des grandes villes du monde. »

Chapeau l’artiste et bonne route à toi là-haut, du côté du paradis, à savoir parmi les étoiles, mais également vers l’enfer, là où tu prendras certainement un plaisir fou à rejouer à l’infini tes rôles de méchants légendaires ! 

* Photo n°2 : Dennis Hopper, par Andy Warhol, 1971, composition mixte. Sérigraphie faite à partir de polymère synthétique et d’encre sur toile, 101,6 x 101,6 cm. Collection Dennis Hopper, Los Angeles. 

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3 réactions à cet article    



    • Yann Amare 7 juin 2010 14:47

      On a passé « Easy Rider » samedi soir sur Fr-3 dans la lamentable version française (pas foutus de passer la VO sur les sévices publics), je rappelle que ce film est resté au moins 20 ans (sinon +) dans le même cinéma à Paris (je ne sais plus lequel)... 


      • L'enfoiré L’enfoiré 7 juin 2010 18:55

        « indépendamment d’être un homme de cinéma hors norme »
        Il était aussi un homme « spécial » dans la vie privée.
        Cinq femmes.
        La 5ème dont il veut divorcer alors qu’il sait que la maladie l’emportera. smiley
         

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