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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Dernière de la pièce Hotel Europe de BHL : une bien médiocre (...)

Dernière de la pièce Hotel Europe de BHL : une bien médiocre rébellion

Appréciation de la pièce de BHL par un esprit curieux, qui, avec tout le battage médiatique réalisé autour de cette pièce... a voulu juger sur pièce !

16 novembre 2014. Morne plaine. Automne banal. Paris s'ennuie sous la pluie.

Mais pour transfigurer son dimanche, quoi de mieux que d'aller à Montmartre voir la pièce de Bernard-Henri Lévy intitulée Hotel Europe  ? Le succès remporté par la pièce est tel qu'au lieu d'être jouée jusqu'en janvier 2015, celle-ci s'achève aujourd'hui, 16 novembre 2014.

Quelques jours auparavant, sur les réseaux sociaux, les personnes en charge de la promotion et de la communication de la pièce voient arriver la dernière d'un œil inquiet. Et si la salle du théâtre de l'Atelier, comme c'est le cas depuis le début des représentations de la pièce, était délaissée par le public ? Quel échec cuisant pour son auteur... quel désaveu criant explosant à la face de celui qui avait presque pris la place du ministre des Affaires étrangères français pour promouvoir guerres sur guerres, du Kosovo à la Syrie, en passant par la Libye ?

Ces chargés de communication décident donc de distribuer des places gratuites pour la dernière représentation, afin de remplir un peu cette salle qui jusqu'alors n'a reçu la visite que d'amis de BHL ou d'élites déconnectées – Hollande, Valls, Sarkozy en tête de file. De fait, le théâtre n'a jamais été aussi plein, autant d'admirateurs de BHL (car ils existent), que de curieux sceptiques et désabusés, dont certains trouvent bien normal que ces places soient gratuites ; ils ne seraient jamais venus autrement, et hésitent à demander un dédommagement pour le préjudice moral causé par 1h50 de propagande BHLienne...

J'avais évidemment un a priori défavorable sur la pièce du grand propagandiste devant l'Éternel qu'est Bernard-Henri Lévy. J'en suis sortie transformée, et je suis désormais adhérente au Parti fédéraliste européen. Si seulement... [C'est bien évidemment parfaitement faux :) ]

En réalité, le fond révélait une telle torsion de la réalité que dès la troisième minute, j'ai sorti un calepin pour noter tout ce qui me semblait aberrant. Autant dire que je ne l'ai pas lâché de la pièce.

Celle-ci peut se résumer ainsi : un homme, campé par l'imposant Jacques Weber, qui incarne l'égocentrique Bernard-Henri Lévy, enfermé dans une chambre de l'hôtel Europe, à Sarajevo, en Bosnie, a deux heures pour rédiger un discours qu'il devra prononcer devant les grands pontes européens. Pendant ce temps, il vaticine sur l'Europe sans réussir à écrire une ligne, emporté dans ses contradictions et l'insolubilité de la question européenne. Et pour cause...

 

On découvre un homme fat, obsédé par le sexe auquel il fait référence toutes les trois minutes, friand de déclarations à l'emporte-pièce. Comparant les accords de Dayton de 1995 avec ceux de Munich de 1938, il condamne la mollesse et la lâcheté de l'Europe.

Le génocide des juifs est un autre thème récurrent. Lévy ne flatte les musulmans que quand ceux-ci s'inclinent devant la mémoire d'Auschwitz, par exemple lorsqu'il évoque « la grandeur de ce président musulman invoquant le destin juif », ou faisant s'écrier son personnage « à quoi ça sert de se souvenir de la Shoah si c'est pour laisser faire Srebrenica ? ».

 

Les comparaisons sont toutes dans la subtilité et la nuance : Poutine, c'est Milosevic, qui lui-même est Hitler. Hillary Clinton n'aurait pas dit mieux.

Selon Bernard, les manifestants de la place Maïdan sont morts pour l'Europe, ce sont des martyrs de la liberté. Pas un mot sur les morts de l'autre camp, rien sur le rôle des États-Unis et de l'OTAN dans la crise ukrainienne. Le grand méchant, c'est Poutine, point à la ligne, circulez, y a rien à voir !

 

Le personnage joue la révolte, se positionne comme une grande conscience universelle dispensant à l'envi ses leçons de prêt-à-penser sous couvert de rébellion intellectuelle. Pianotant frénétiquement sur son ordinateur, dont l'écran est retransmis sur le fond de scène de façon à ce que le spectateur puisse suivre le fil de la pensée du philosophe-conscience, il projette des images de Beppe Grillo, Kadhafi, Berlusconi et Poutine pour les vouer aux gémonies. Le plus drôle reste tout de même sa critique virulente de Berlusconi, adepte des parties fines, bunga-bunga et autres... alors que le personnage donneur de leçons a des comportements et des expressions qui le rapprochent lui-même d'un pervers libidineux multipliant les allusions lubriques. La caricature est si accentuée qu'elle fait ressortir l'aspect grand-guignolesque d'un scénario qui prête parfois à sourire.

On le voit prendre des cachets pour se donner du tonus et de l'ardeur pour écrire son discours, allusion aux drogues dont use BHL pour trouver l'inspiration, comme l'a révélé sa femme Arielle Dombasle (qui assistait d'ailleurs à la représentation en compagnie de Bernard, dont la chemise blanche en décolleté alors qu'il faisait 10° et qu'il pleuvait a suscité chez moi un certain respect eu égard à sa constance vestimentaire).

Le personnage déplore « l'antisémitisme ambiant » en Europe, « ce parfum d'années trente partout, fond de l'air européen. » Il évoque fréquemment la « peste blonde », surnom très recherché de Marine Le Pen, qu'il vomit, au même titre que les rouges-bruns ou les amateurs de quenelles.

On peut noter quelques trouvailles verbales, Barroso devient « Barroco », Catherine Ashton, « Atchoum » et Van Rompuy, « Van Trompette ». On trouvera aussi quelques questions légitimes, comme le sort réservé aux migrants qui échouent à Lampedusa, ou l'injustice de celui des Grecs que Goldman Sachs a fait frauduleusement entrer dans l'euro et dont le pays paie aujourd'hui le prix. Les remarques soulignant à juste titre l'absence de personnalité des billets en euros, des ponts qui ne mènent nulle part sont immédiatement suivies d'une proposition de les frapper à l'effigie de grands hommes européens pour mieux inscrire en chaque citoyen des nations européennes la conscience d'être citoyen du « peuple européen ». Cependant, entre deux envolées lyriques, l'auteur ne manque jamais de graver dans le marbre le principe selon lequel la construction européenne est un destin inéluctable et de toutes façons souhaitable. Enchaînant les caricatures et les jugements hâtifs, les comparaisons hors de propos et les déclarations enflammées qui retombent aussi vite qu'elles sont lancées, le personnage manifeste un rapport au réel qui s'étiole plus on avance dans la pièce. Mégalomane cynique, ce révolutionnaire de pacotille n'en parvient que mieux à rendre visible l'esbroufe, les grosses ficelles de la pièce dont il est le héros.

 

Ses vaticinations qui, par définition, ne peuvent aboutir, finissent par amener l'auteur, retranché sur le devant de la scène, hagard, échevelé, loque humaine pieds nus suant de partout, au seuil de la folie. Il n'a toujours pas écrit une ligne pour le discours qu'il doit prononcer dans cinq minutes. Cela fait deux heures qu'il s'excite tout seul sur la question européenne, et tout cela pour arriver à une conclusion proche du néant. En effet, et c'est du plus grand comique, il finit par nous proposer sa Commission idéale, un peu comme Gérard Lenorman chantait aux enfants « Je nommerai bien sûr Mickey Premier ministre de mon gouvernement si j'étais président, Simplet à la Culture [...] Tintin à la Police et Picsou aux Finances ».

Illusoire rêve de gamin... Jugez un peu : Robert Schuman à la place de « Barroco » (il est vrai que le charisme d'huître gélatineuse de Schuman remplacerait de façon profitable le luisant et pesant Barroso), les Pussy Riots au droit des Femmes, Houellebecq aux droits des animaux, Salman Rushdie à la Laïcité, Rosa Luxemburg à la Résistance, Mère Teresa aux Finances (Bernard ne manque pas d'humour) et j'en oublie des dizaines (Sagan, Duras, ou Stendhal entre autres). Bref, la Commission idéale de BHL, composée à moitié de morts et de vivants, infiniment plus valables selon lui que les ronds-de-cuir actuels, n'est qu'une chimère de plus dans le théâtre d'ombres de l'illusion européenne.

 

Les mots finaux se veulent une exhortation à la poursuite du combat européiste, destinée à galvaniser les foules, tout comme Bernard espère sans doute qu'il le fit à Kiev dernièrement – alors que personne n'avait rien à faire de sa petite personne. L'acteur hurle en levant le poing « Allez, allez, allez ! » Cette harangue m'a simplement paru à la frontière du pathétique. Le philosophe germanopratin, au paroxysme de la folie obsessionnelle, se prenant tout ensemble pour un révolté, un opprimé, un philhellène du XIXème siècle, voulant concentrer sur lui toutes les luttes de son siècle, ne parvient qu'à toucher du doigt une affligeante médiocrité. Le philosophe engagé, qui estime sans doute s'inscrire dans la lignée des philosophes ayant profitablement marqué leur temps, voulant vivre César – pour paraphraser Clemenceau – ne mourra certainement pas Pompée, ni même ne sera « pompé » par ses successeurs. Cette fadeur, cette vacuité du fond du texte est un peu atténuée par la performance réussie de l'acteur, même si celui-ci inspire, conformément au texte, tour à tour aversion, dégoût et pitié.

Avec le recul, je me dis que cette fable pleine de contrevérités écrite par Bernard-Henri est tout de même révélatrice de l'impossibilité d'un destin européen commun, sous bannière de l'UE. Car, à son corps défendant, Bernard n'est qu'un promoteur de plus d'une énième « autre Europe », comme le font tous les partis politiques français, après l'Europe sociale, l'Europe des travailleurs, l'Europe des valeurs, l'Europe écolo, l'Europe solidaire etc. L'Europe souhaitée par Lévy, cette Europe ouverte, bercée de philosophes préalablement sélectionnés par lui-même, qui aurait bouté tous les réfractaires à la chimère européenne, reflet de son narcissisme démesuré, s'ajoute à l'amoncellement des autres projets, jamais réalisés.

Eléonore de Vulpillières

20 novembre 2014

 

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Bernard-Henri Lévy et l’acteur unique de la pièce, Jacques Weber
Saluts finaux

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18 réactions à cet article    


  • acetrip 22 novembre 2014 08:36

    j’aime votre timbre- avatar :

    Marianne débarrassée de l’europe !

    d’autre part,beau courage d’avoir vu cette pièce d’emblée répulsive

    • Patrick Samba Patrick Samba 23 novembre 2014 13:02

      « Appréciation de la pièce de BHL par un esprit curieux... » :

      comment écrivez-vous ? : « l’égocentrique Bernard-Henri Lévy », « Mégalomane cynique », « son narcissisme démesuré ».... « une affligeante médiocrité » !

      « J’avais évidemment un a priori défavorable sur la pièce » : ah d’accord.....

      Esprit curieux disiez-vous.....
       smiley


    • Le p’tit Charles 22 novembre 2014 09:50

      Tout l’argent récolté servira t il a construire un nouveau mur en terre de Palestine.. ?


      • riff_r@ff.93 riff_r@ff.93 22 novembre 2014 10:10

        La chemise de BHL n’est pas seulement trempée et maculée de tarte à la crème. Elle est surtout tachée de sang !

        A lire ici l’intégral d’un communiqué de l’UPR sur le triste sire BHL : EXTRAIT :

         L’UPR rappelle aussi :

        • que Bernard-Henri Lévy s’était fait l’avocat enflammé de l’intervention illégale de l’OTAN dans l’ex-Yougoslavie ;
        • qu’il a refusé de condamner l’agression américaine contre l’Irak en 2003 ;
        • qu’il a été l’un des principaux collabos, auprès de Nicolas Sarkozy puis de François Hollande, de la déstabilisation de la Libye, puis de celle de la Syrie, puis de celle de l’Ukraine, par Washington et ses vassaux européens ;
        • qu’il est allé haranguer les foules à Kiev en osant se présenter comme le porte-parole du peuple français venu apporter son soutien aux putschistes ukrainiens et à leur coalition néo-nazie ;
        • qu’il est le champion toutes catégories des indignations à géométrie variable, ne trouvant jamais le moindre mot pour condamner la glorification permanente des Waffen-SS par l’Estonie et la Lettonie – nos prétendus « partenaires européens » -, et gardant un silence assourdissant sur les exactions commises par l’Arabie Saoudite, le Qatar, le Bahreïn, le Kosovo, Israël ou les États-Unis.

        • OMAR 22 novembre 2014 17:38

          Omar33

          Pauvre Jacques Weber...


          • colere48 colere48 22 novembre 2014 21:38

            Les fins de mois doivent être difficile pour un vieil acteur ..... 


          • soi même 22 novembre 2014 18:49

            Que reprochez vous en réalité à BHL, qu’il a une mentalité d’esclavagiste, c’est normal, c’est sa raison d’être, son éducation, en cela il ne trompe pas le monde, ce qu’il dit, est vrai de son point de vue !

            Il suffit de lire sa biographie pour ce rentre contre, que l’humain l’intéresse pas, seul compte l’événement qui va le sacralisé. C’est un André Malraux inversé, il le singe et si il n’avait pas été attraper par Buthul, beaucoup aujourd’hui croyaient dur comme fer, que c’est un philosophe exceptionnel , m’enfin que les sourds !


            • legrind legrind 22 novembre 2014 19:01
              Le plus drôle reste tout de même sa critique virulente de Berlusconi, adepte des parties fines, bunga-bunga et autres... alors que le personnage donneur de leçons a des comportements et des expressions qui le rapprochent lui-même d’un pervers libidineux multipliant les allusions lubriques. 

              Pas d’allusion à DSQ par contre ? smiley

            • Aldous Aldous 22 novembre 2014 20:42

              Le BHV de la pensée fait faillite ? Les temps sont durs ! 


              • charlotte 22 novembre 2014 22:30

                bernard henri levy s’appelle bernard levy
                puisqu’on appele dieudo monsieur m’bala m’bala

                appelons bhl bernard levy

                meme si wikipedia a enlevé toute reference a son changement de nom il y a deux mois


                • filo... 23 novembre 2014 04:37

                  Je ne vous comprend pas vous les français d’habitude réactifs, vous restez immobiles et impassibles devant les méfaits de cet être malfaisant et nuisible à l’image de votre pays.
                  Vous vous contentez d’observer d’un air amusé quand les tunisiens épris de justice et de la démocratie lui inflige ce traitement approprié et mérité. A ce philosophe de rien du tout, qui a juste compris qu’il y a en France actuellement un vide intellectuel et qu’il essaie au pire de monopoliser, au mieux juste d’occuper.
                  Comment est possible que des philosophes français (les vrais) ne se révoltent pas contre cet imposteur ?
                  La France est elle en panne ?
                  En panne d’Europe ?


                  • Francisco Francisco 24 novembre 2014 08:45

                    Nos commentaire n’ont aucuns poids. C’est les médias qui devraient charger, mais Bernard Levy et ces derniers travaillent pour les mêmes personnes. Les philosophes Français n’ont pas de tribune dans les médias. De toute façon, il serait antisémite de dire que BL est dangereux ou quoi que ce soit....


                  • Thucydide Thucydide 24 novembre 2014 10:20

                    Oui, hélas, la France est en panne, mais depuyis un bon moment déjà ; la preuve ?

                    Regardez bien nos deux derniers présidents et vous comprenez tout de suite qu’il y a quelque chose de pourri en démocratie française


                  • Gnostic GNOSTIC 23 novembre 2014 11:02

                    BHL aurait du prendre Dieudonné comme acteur.
                    Sa pièce se jouerait à guichets fermés jusqu’en fin 2015
                     smiley

                    • lloreen 23 novembre 2014 14:48

                      Je n’ ai pas réussi à lire votre article jusqu’ à la fin. Pas à cause du manque de qualité rédactionnelle mais parce que j’ ai eu l’ impression rapide qu’ il décrivait un cas psychiatrique.


                      • Thucydide Thucydide 24 novembre 2014 10:16

                        BHL est un non-philosophe exemplaire en ce qu’il fait de la philosophie un masque pour la propagande machinalement rabâchée à partir des éléments de langage édités par la CIA.

                        Où qu’il aille, ce sont guerres civiles et désespérance garanties dans les mois qui suivent.

                        On ne peut que constater que ce type attire inéluctablement le malheur sur les publics à qui il s’adresse, et cela a un nom :
                        imprécateur.

                        Difficile de lui trouver une meilleure définition


                        • rajex rajex 24 novembre 2014 18:46

                          Belle critique,limpide et lucide !


                          • izarn izarn 24 novembre 2014 21:03

                            Mélanger Pussy Riots avec Salman Rushdie et Rosa Luxemburg ; ce type BHL, est vraiment un cerveau malade !

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