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Des effets numériques partout, et « Jusqu’en enfer » ? Non merci

Comme nous le rappelle AllôCiné, Jusqu’en enfer (Etats-Unis, Drag me to Hell, 1h39, Sélection officielle Cannes 2009, hors compétition) est tiré d’une histoire vraie. Sam Raimi et son frère Ivan ont eu l’idée de ce récit de démon jetant un sort à une employée de banque, qui lui avait refusé un prêt, après être tombés sur l’histoire d’un incident identique survenu en Oregon en 1996.

Voici le pitch du film : Christine Brown (la jeune et jolie Alison Lohman), vivant à Los Angeles avec son petit ami Clay (Justin Long), professeur, et employée dans une banque spécialisée dans les crédits immobiliers, refuse un prêt à une vieille dame, Mme Ganush, afin d’obtenir une promotion, tant attendue, de la part de son boss, Mr. Hicks. Mais celle-ci, aux allures de sorcière hystérique, s’avère bientôt dotée de pouvoirs démoniaques. Face à l’humiliation qu’elle a subie, Mme Ganush décide, pour se venger, de les utiliser : comment Christine Brown va-t-elle bien pouvoir échapper à l’enfer ?

Bien sûr, Jusqu’en enfer, en tant que pop corn movie, se laisse suivre avec plaisir – charme de la série B et du divertissement populaire ludique - mais ce que je lui reproche surtout c’est sa surenchère numérique : au début (la séquence d’introduction exotico-ésotérique) et son finale ; dans les deux cas, les deux châtiés (l’enfant voleur et la banquière sexy) disparaissent dans les flammes de l’enfer. On est dans une image numérique qui lisse tout, qui aplanit tout. Ce sont des flammes high-tech qui ne donnent même pas chaud. On n’y croit pas, même pas peur ! On pense alors à ce qu’il y a de moins bon dans L’Associé du Diable (1997), à savoir les flammes infernales rougeoyantes, absolument kitchissimes et hideuses. C’est tout de même terrible qu’un cinéaste aussi expérimenté que Sam Raimi (Evil dead, Spider-Man) n’ait pas suffisamment dosé son film en limitant a maxima les effets spéciaux numériques fadasses. Ce qu’il y a de mieux dans son film, c’est justement l’esthétique train fantôme (les ombres maléfiques façon Méliès, le décorum farcesque genre table tournante, les ruines de studio, le cimetière à la Thriller) et tous les gags cartoonesques (vomissements en série, mouche dalinienne, yeux exorbités), s’ils n’étaient pas aussitôt parasités par du numérique à gogo qui, certes, facilite tout (extension du champ des possibles), mais uniformise tout également. Bref on est vraiment loin de l’horreur « fait maison » de la trilogie Evil dead.

Bon sang, je ne cherche pas ici à faire old school - les progrès numériques au cinéma ont apporté de bonnes choses, et du jamais-vu (Jurassic Park, Titanic) sur l’écran de nos rêves, mais ils ont une fâcheuse tendance à formater l’image de film, à lui ôter toute texture et corporéité. Il est hélas bien loin le temps de l’ « animatronique » poétique : lorsque l’effet spécial (le monstre, la bestiole) est conçu à même le plan, via une créature animée ou robotisée réalisée en général avec une peau de latex et des mécanismes internes, câbles itou itou, permettant de lui donner une apparence de vie. Ainsi, la monstruosité est palpable, de manière sculpturale, dans l’image, quasi en 3D. On croit aux monstres qui nous sont montrés, ils sont comme en chair et en os, présentés avec le charme du bric-à-brac et du marabout-de-ficelle. Pensons au « cinéma en trois dimensions » de Cronenberg (Vidéodrome, La Mouche, Le Festin nu), à Alien, à The Thing ou encore aux Gremlins de Dante. On y croit parce que le mensonge de l’artifice est assumé, via la poésie de pacotille et les objets de bric et de broc, et alors là, la vérité nue passe, jusqu’à l’os, parce que du mensonge affiché jaillit la vérité. Mais Jusqu’en enfer, 13ème film de Raimi, manque de corps, de matière et de poésie faite avec « trois francs six sous ». Tout compte fait, je l’aurais aimé plus imparfait, plus bricolé, plus artisanal, afin qu’on sente davantage la patte, et l’authenticité, du cinéaste culte d’Evil dead qui, selon moi, revient à ses premières amours (l’horreur cartoonesque) sans casser trois pattes à un canard – du 2 sur 5 pour moi.

J’espère vraiment que son remake tant attendu d’Evil dead, annoncé pour 2010, saura davantage se souvenir de la poésie de l’animatronique sans trop se la jouer numérique à tous crins. Bref, pourvu que Sam Raimi et sa boîte de production Ghost House regardent du côté des films actuels de Cronenberg et Fincher (eXistenZ, A History of violence, Zodiac, Benjamin Button) afin qu’ils trouvent, comme eux, la juste mesure entre l’horreur vintage bricolée et l’apport du numérique. Faisons un rêve… 

 

 

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2 réactions à cet article    


  • stephanemot stephanemot 2 juin 2009 12:00

    je reste scotche par les visages baconiens de Jacob’s Ladder.

    effets non numeriques, mais effet durable.

    les codes hollywoodiens (sur l’enfer comme pour le reste) constituent des figures imposees incompatibles avec un programme libre creatif. se les cogner releve du purgatoire. 


    • unandeja 2 juin 2009 17:25

      Reste un film très sympathique qui fait sursauter...on est loin de l’horreur oppressante des film asiatiques mais la place de cinéma vaut le coup d’être dépensée...enfin si on n’est pas hermétique à ce genre de films^^

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