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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Des trois raisons de la disparition du livre et de la presse...

Des trois raisons de la disparition du livre et de la presse...

On aura beaucoup lu sur la crise de la presse et sur celle du livre. On les aura attribuées à toutes sortes de facteurs : désaffection, désamour, recul de la lecture, partialité des contenus ou des choix éditoriaux. Cette crise double touche toutes les composantes de l’information sur papier. Mais curieusement, il n’aura jamais été question des trois raisons majeures qui viendront à bout de l’industrie du livre et des papiers de presse. Car le problème est moins l’information que le support.

J’entend déjà les uns dire c’est la faute de l’Internet, ce média diabolique et incontrôlable qui dévore l’ancien monde pour lui substituer une bouillie informe et dépourvue de valeurs et de sens... D’autres, peut-être plus subtils, diront c’est le lobby corporatiste des imprimeurs et des fabricants de papier. Puissance majeure depuis que l’information est véhiculée par écrit, la corporation composite des imprimeurs et papetiers (et de tous les corps de métier qui leur sont associés) n’a cessé d’augmenter son influence et d’être le levier politique et économique sur la scène publique. D’autres encore, plus sensibles aux problématiques économiques, diront que ce sont les monopoles de fait des chaînes de distribution et de diffusion qui font et défont les titres, enterrent ou portent aux nues les ouvrages...
Aucun de ces trois fléaux pourtant nocifs ne sera la cause du déclin et de la disparition du livre et du journal tels que nous les avons feuilletés pendant les quatre derniers siècles.

Nous entrons maintenant dans une ère de préservation de l’environnement. Et non par choix délibéré et spontané mais bien parce que nous avons saccagé la planète et elle commence à nous rendre la monnaie de notre pièce sous la forme de catastrophes naturelles ou sanitaires diverses et variées. A cette nouvelle époque correspond une nouvelle donne qui va mettre hors jeu toutes les industries sales, peu respectueuses de l’environnement et contre productives en matière de protection de l’écosystème. Comme nous ne pouvons pas tout faire en même temps, ce sont dans l’ordre croissant les plus faibles qui seront neutralisées les premières au profit des plus puissantes qui seront transformées à la fin.

Au cours de cette transformation, les industries du papier et de l’imprimerie vont très rapidement apparaître comme polluantes, contre-productives et surtout comme agissant au mépris total de la nature et de la communauté. Les trois raisons de leur disparition seront simples. Le papier, l’encre et le vernis sont parmi les agents les plus nocifs et les moins respectueux de l’environnement humain, animal ou végétal. Et je n’entrerais pas ici dans le détail des agents nocifs, des poisons et des composés chimiques qui entrent dans la composition des encres, des vernis, des pelliculages et de l’ensemble des produits détergents et industriels nécessaires à la fabrication du papier, qu’il soit de luxe ou pas. Malgré tous les efforts produits par l’industrie elle-même pour limiter la casse, la production de papier demeure une menace pour la planète.

Ce qui vient s’ajouter à l’empoisonnement et à la pollution liés à cette industrie, c’est l’hypocrisie du recyclage pour masquer une gestion déplorable des matières premières, c’est-à-dire nos forêts, une destruction d’essences originales au profit de la création d’hectares de végétaux à croissance rapide, nocifs pour les sols et ne procédant d’aucune technique biologique propre. Ce gaspillage constant et impossible à stopper tant la demande en papier est forte et toujours plus grande est l’élément le plus rebutant de cette industrie du papier.

Dans un monde où certes la littérature et la presse décroissent, mais où la demande en documentations techniques, spécialisées, juridiques et de chancellerie augmentent de manière vertigineuse à mesure que de nouveaux entrants viennent prendre leur place dans l’arène économique mondiale, le papier est condamné à devenir électronique sous peine de voir son coût dépasser celui d’une autre ressource centrale dans notre société, le pétrole.

Et oui, le papier est condamné à disparaître à cause de sa composition et des techniques d’impression. Les acteurs en place n’y croient pas. Ils espèrent une transformation lente comme celle qu’est en train d’esquisser l’industrie pétrochimique. Mais la réalité est bien différente. Les administrations poussent fortement pour une réduction du papier et des documents physiques. La lecture et l’information se dématérialisent davantage chaque jour, réduisant dramatiquement le nombre de lecteurs potentiels et diminuant la qualité de la faculté de lecture des individus. Des acteurs majeurs comme Quebecor ou Jouve commencent discrètement à faire passer leurs grands comptes du papier au numérique. Alors ouvrez les yeux, le document en papier agonise...

Oui, il restera encore quelques collectionneurs pour faire tirer telle ou telle œuvre et s’adonner à cette activité étrange de la lecture sur le papier à la lumière d’une lampe de chevet. Mais l’industrie du papier compte ces dernières années de survie. Le temps est proche où le public aura la même aversion pour le papier qu’il n’a pour le Paraben, l’Arsenic, les OGM ou le gaz carbonique. Ce sera la fin du papier destiné à la connaissance. Il faudra alors s’attaquer au suivant sur la liste, l’industrie de l’emballage et du carton...
 

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29 réactions à cet article    


  • LaEr LaEr 25 mai 2009 11:19

    Désolé, mais c’est un combat que je trouve déplacé...
    Pour les journaux, les imprimés, etc.. Je ne dis pas, mais pour les livres ?????

    Il faudrait abandonner nos bouquins pour les remplacer par quoi ? Par les fameux books électroniques qu’on nous promet chaque année depuis 10 ans ? Encore un appareil électrique qu’il faudra changer tous les 2 ans contre un livre qui se transmet de génération en génération ? C’est ça l’écologie ?

    Bien entendu, l’industrie du papier est à réformer, comme toute notre économie basée sur l’exploitation de la nature, mais avant de s’attaquer au livre, commençons par l’essentiel : la publicité distribuée ! Elle représente 40KG par personne !!! Quand on sait que la majorité de la population lit moins de 10 livres par an, faites le calcul de la différence !

    Et d’autres économies pourraient être imposées : les notices d’utilisation par exemple. Qui n’a pas reçu, avec son dernier équipement électronique, une bibliothèque polyglotte vous expliquant en Français/arabe/anglais/Hongrois/Russe/Chinois/Hébreux comment utiliser votre appareil photo ?

    En réduisant les publicités (par l’obligation d’utiliser du papier recyclé et recyclable), en imposant un allégement des emballages et contenus papier des produits vendus, en encourageant l’usage du papier recyclé et de produits non-polluant pour les livres… On allégerait considérablement l’impact de l’industrie du papier ! Et celui-ci sera bien inférieur à l’impact de la production de livres électroniques…

    Et puis merde, si après une journée passée devant l’ordi, je dois en plus me taper la lecture d’un livre sur un support électronique, je crois que je péterai complètement les plombs !


    • Pierre-Alexandre Xavier Pierre-Alexandre Xavier 25 mai 2009 15:06

      D’accord sur tous les points que vous évoquez sauf le premier : le combat n’est pas déplacé. Comme je l’ai précisé, c’est aux plus faibles de la chaîne que l’on va imposer des changements radicaux en premier...
      Pour le reste, je retiens l’ensemble pour un nouvel article. La deuxième étape, signalée en conclusion.


    • LaEr LaEr 26 mai 2009 10:31

      Je ne suis pas d’accord. S’attaquer au petit maillon de la chaîne en écologie, c’est ce que font nos gouvernements depuis 30 ans, avec le résultat que l’on connaît.
      Pour enfin progresser un peu dans ce domaine, il faut des mesures fortes. Par exemple, l’imposition d’utiliser du papier recyclé et recyclable (sans vernis, encre polluantes, etc..) dans toutes les publicités distribués. C’est simple, c’est net, c’est plus efficace que n’importe quel grenelle à la con, et cela ne s’attaque pas à la liberté des citoyens.
      Les Australiens par exemple, ont eu des mesures spectaculaires, comme la suppression totale des ampoules standard (ce qui pour le coup est une mauvaise idée, puisque les ampoule « éco » serait néfaste pour l’homme et pour l’environnement dans certaines conditions). En Belgique, cela fait déjà maintenant plusieurs années qu’il est interdit aux supermarchés de distribués des sacs en plastiques.

      S’attaquer au plus petit maillon, c’est penser qu’on a du temps, ce qui n’est pas le cas.
      C’est se contenter d’un os à ronger donné par les lobbies industriels.
      C’est une révolution verte dont on a besoin, pas d’une mesurette sans efficacité globale.


    • Pierre-Alexandre Xavier Pierre-Alexandre Xavier 26 mai 2009 11:02

      ... et c’est exactement ce qui va se passer. La différence ici, c’est la victime collatérale (c.f. L’enfoiré) c’est la culture avec ou sans le grand C.


    • Mmarvinbear mmarvin 25 mai 2009 11:41

      Tssss encore un déclinologue qui ne réfléchit pas assez avant d’écrire...

      C’est bien d’avoir mis le doigt sur la question de la corporation des imprimeurs. Ou du problème posé par la pollution générée par la production du papier.

      Mais c’est faire fi des progrès réalisés pour ces dernières, ou l’ouverture à la concurrence étrangère qui a forcé les imprimeurs français à se faire moins gourmands.

      Quand à la raréfaction du papier, ce facteur peut être ralenti par le recyclage deja, et aussi par la fin de la monstrueuse production de publicité papier que l’on trouve dans sa boite aux lettres et qui finit directement dans la poubelle verte.

      Même si le livre électronique (dès qu’il est en couleur, j’achète !) prend des parts de marché au papier classique, cela ne peut aller que dans le sens d’une meilleure écologie : on pourra enfin lire son quotidien ou son hebdo favori sans avoir ensuite à encombrer ses étagères ou à remplir sa poubelle verte ensuite. Un article nous intéresse ? On le sauvegarde sur son ordi et le tour est joué.

      Et puis à la fin, c’est quoi ce misérabilisme ???

      Que crois tu qu’il se soit passé quand les fabricants de tablette d’argile ont vu débarquer les premiers rouleaux de papyrus ?

      Et quand les parchemins en peau d’animaux sont arrivés, qu’ont fait les producteurs de papyrus ?

      Et quand le papier a été rendu nécessaire, que crois-tu que les producteurs de parchemins ont fait ???

      Chaque innovation technique condamne la précédente à l’extinction. Les ouvriers ont alors le choix entre se recycler ou finir au chomage.

      Les imprimeurs n’y couperont pas... A eux de choisir leur camp.


      • Pierre-Alexandre Xavier Pierre-Alexandre Xavier 25 mai 2009 15:12

        En fait, c’est plus compliqué que cela en termes de remplacement (ce que j’évoque dans l’article sans aucune sorte de misérabilisme). Le papier s’est imposé par la nécessité d’un support propre, plus souple et moins facile à falsifier. Je fais court mais c’est l’essentiel. Les fabricants de parchemin étaient aussi les principaux utilisateurs et il n’y avait pas d’utilisateurs libres (comme aujourd’hui). Les papetiers se sont imposés à la fois comme fournisseurs et comme un nouveau segment de marché (pour prendre des termes modernes).
        Pour ce qui est du recyclage, laisse-moi te dire qu’entre la réalité assez sordide (alors que le projet était intelligent) et le greenwashing, il y a un fossé.
        Enfin pour ce qui est du ebook en couleurs et au format A4, c’est déjà dans le commerce chez Fujitsu, et l’an prochain on ne saura plus où donner de l’œil.


      • Lapa Lapa 25 mai 2009 16:43

        il faut surtout attendre les écran souples. Après ça, lire son journal sur du papier deviendra aussi incongru que faire des photos avec un apareil argentique.


      • Pierre-Alexandre Xavier Pierre-Alexandre Xavier 26 mai 2009 11:03

        Je n’en suis pas si sûr...


      • Pierre-Alexandre Xavier Pierre-Alexandre Xavier 25 mai 2009 15:23

        Mon argument tient parfaitement et il vous suffit de faire une petite recherche sur Google pour comprendre assez rapidement que la gestion des forêts destinées à la production de papier sont une arnaque. Les essences originales ont été détruites sur les parcs en question, remplacées par des espèces hybrides et parfois même modifiées génétiquement afin de pousser dans des temps records, mais au prix fort en terme de gestion des sols et de ce qui était autrefois la faune et la flore du coin.
        D’autre part, il est de notoriété publique que depuis la moitié du dix-neuvième siècle, l’utilisation de l’acide et du chlore pour le blanchiment du papier a généré un volume titanesque d’ouvrages fragiles qui par alcalinisation précoce tombent en poussière au bout d’environ un siècle. Pour cette raison les grandes bibliothèques mondiales (BNF comprise) passent leur temps à digitaliser au plus vite les ouvrages afin d’en conserver une trace. Ce procédé a certes été remplacé depuis les années 80 mais hélas un peu tard et nous ne saurons qu’à la fin de notre vingt et unième siècle si les nouveaux procédés de blanchiment du papier (d’ailleurs inutile au confort visuel de la lecture) auront passé le cap de la désintégration. La seule chose que l’on sache vraiment est que le procédé de blanchiment à l’oxygène est plus polluant et très coûteux.

        Toutefois, je reste d’accord avec vous sur le point central que le support magnetique ou magnéto-optique n’est en aucun cas la garantie de la persistence des œuvres... Il va encore falloir travailler.


      • Deneb Deneb 25 mai 2009 12:41

        On nous a dit que les jeunes ne liraient et n’écriraient plus avec tous ces écrans. Il se trouve que les jeunes n’ont jamais lu et écrit autant qu’au siècle des réseaux électroniques.

        Il est très difficile de se débarrasser de ce rapport un peu « charnel » à sa lecture. « Un écran ne remplacera jamais un livre », à les entendre. Mais qu’est-ce qu’ils ont, les gens, contre les écrans, ces objets produits massivement et de ce fait de moins en moins couteux, qui peuvent afficher tous les livres du monde, mais aussi plein d’autres trucs,  images, films etc. On arrive bientôt aux écrans souples, avec la miniaturisation un ordinateur aura la taille d’une allumette pour un cout ne dépassant peut-être pas celui d’une baguette. La Connaissance et le Savoir deviendront alors les valeurs suprêmes obscurcissant du coup les valeurs matérielles. La réalité gagnera d’immenses territoires dans la virtualité.

        Si un livre est un objet fragile, son numérisation le rend éternel. La disparition du livre en papier sera tout de même un coup dur pour les valeurs - on commence à entrevoir un mise en question de la notion de propriété. A quoi sert de posséder dans un monde ou tout est disponible ? A-t-on le sentiment de posséder le livre sur sa clé USB ? Y-a-t il vraiment une différence entre avoir un film sur son disque dur ou l’avoir en DVD avec sa boitier en plastique, un objet qu’il faut sans cesse ranger et occasionnellement dépoussiérer ?

        Voilà ce que nos puissants redoutent tant. La mise en question du notion de la propriété. Il voient leur Pouvoir qui s’effrite, car il n’est possible qu’à travers la notion de propriété.


        • Pierre-Alexandre Xavier Pierre-Alexandre Xavier 25 mai 2009 15:27

          Entièrement d’accord avec votre diagnostic. Il s’agit en effet d’un problème de propriété avant toute autre chose. Etre propriétaire de sa production littéraire dans un cas et celle des autres dans l’autre. Or dans tous les cas, il n’y a pas de propriété, sinon l’illusion de la possession. Seule la mémoire permet de s’emparer de la production littéraire de l’autre et de la sienne propre.
          Merci de votre analyse.


        • ronchonaire 25 mai 2009 15:31

          Tout à fait d’accord avec Deneb, il s’agit-là d’un combat d’arrière-garde. On entend exactement les mêmes arguments à chaque avancée technologique majeure : quand le CD a remplacé le vinyle, les vieux grincheux ont crié à la mort de la musique ; quand le CD a été remplacé par les fichiers numériques (mp3 et autres), les mêmes ont hurlé à la fin de la culture. Dans quelques années, quand les fichiers numériques seront eux-mêmes devenus obsolètes (remplacés par le streaming, pourquoi pas), les mêmes viendront nous faire verser une larme sur le « bon vieux temps » du mp3. Apparemment, certains (et ils sont nombreux) n’ont toujours pas réalisé le potentiel incroyable d’internet et de la dématérialisation des biens culturels ; et nous n’en sommes qu’au début, nous sommes très loin d’avoir atteint les limites de ce que nous pouvons faire en la matière (si je puis dire !)


        • Pierre-Alexandre Xavier Pierre-Alexandre Xavier 25 mai 2009 15:45

          Il ne s’agit pas de ronchonner, ni de déplorer la disparition du papier, ni même du livre... Il s’agit de se poser la question, en fonction des tendances actuelles qui se confirment comme durables, de savoir ce que nous aurons entre les mains pour en savoir plus sur nous, notre prochain et notre monde. Je crois qu’il s’agît là d’une discussion importante.
          Il ne s’agit pas de la mort de la culture, mais de l’inévitable disparition du papier pour des raisons économiques, écologiques et politiques.
          • Economiques parce l’entrée dans le monde de la paperasse, de la PLV et de la publicité de boîte aux lettres de deux milliards et demi de chinois et d’indiens posent de sérieux problèmes de production de papier (et ce n’est pas la première fois dans l’histoire, voir l’époque héroïque du papier chiffon).
          • Ecologiques parce que les pollutions générées qui étaient jusque ici tolérables du point de vue du rapport entre le prix et l’apport ne le seront plus d’une manière massive en rapport avec le point précédent.
          • Politiques parce que tant du point de vue de la gestion commerciale de la propriété intellectuelle que du point de vue du contrôle de la construction de la pensée et de la culture, il est plus avantageux de dématérialiser le livre et l’information.
          Une fois ceci établit, sans pour autant de paranoÏa démesurée, il faut réfléchir au delà du titre volontiers provocateur.


        • Nico 25 mai 2009 16:21

          En même ,temps le mp3 ne remplace pas le cd, il s’agit d’un format et non d’un support. Je suis bien d’accord sur le fait que l’on ne voit pas la différence sur certains types de musique, mais je peux vous assurer qu’un amateur de musique baroque et polyphonique comme moi n’aura jamais aucune considération pour un format d’une qualité sonore aussi lamentable, qui détruit les contrastes, l’équilibre des lignes mélodiques et me donne l’impression d’une bouillie. Le remplacement du format à CD (le wma) pourrait être le FLAC, un format qui gagnerait à être mieux connu.

          Pour les films en streaming, je suis bien d’accord, mais là aussi, il y a un bémol sur l’aspect qualitatif, je trouve la qualité de l’image assez basse. Ces questions sont importantes car une politique culturelle ambitieuse, qui voudrait promouvoir les oeuvres artistiques, ne peut passer par des canaux qui dénaturent les oeuvres, cela détruit toute possibilité de faire comprendre le caractère précieux, unique et fragile (le miracle qui fait l’oeuvre d’art géniale) de la création.


        • Nico 25 mai 2009 12:42

          J’ai voté oui, car ce qui primera toujours à mes yeux est le fait d’amener un sujet qui sorte des sentiers battus et des angles d’analyse intéressants. Des contributions comme celle-ci sont indispensables.

          Pour autant, je ne susi pas d’accord avec certaine de vos idées. Je ne crois guère que les industries polluantes disparaîtront de sitôt. L’industrie pétrochimique ne connait pas de déclin, il y a toujours autant de voitures en circulation, les émissions de CO2 ne baissent très faiblement qu’à cause de la crise,...

          Le e-book ne perce pas, il ne faut pas l’oublier. A chaque nouveau modèle, on dit que ce sera enfin le bon, que les anciens étaient incommodes, lourds, mais je n’y crois pas. Les lecteurs ne veulent pas de ce dispositif tout simplement.

          Ce serait de toute manière une catastrophe sans nom si cela se produisait réellement. Les enquêtes montrent que la durée moyenne de consultation d’un e-book prêté par les universités aux étudiants est de 10 minutes, la grande majorité des personnes n’arrive pas à avoir la même qualité d’attention et d’analyse d’un document, si on est intéressé, on l’imprime. Par contre, je suis bien d’accord sur ce qui concerne la documentation utilitaire, qui sera dématérialisée. Mais, comme vous l’esquissez, ce sera un désastre intellectuel.

          Il est vrai qu’il faudrait éviter la production inutile de papier, mais c’est une autre question. Pour parler franchement, l’ensemble du processus qui voudrait nous faire nous passer du papier me dégoûte (ce n’est absolument pas dirigé contre vous). Après tout, les livres encombrent peu, polluent peu et coûtent peu par rapport à ce qu’ils apportent.

          Je vois bien le modèle qui se dessine, dans la logique de la société actuelle. Il y aura une minorité de gens (avec de l’éducation) qui auront des bibliothèques, et qui n’auront jamais des idées aussi grotesques que lire des romans en PDF sur un écran. Eux analyseront, étudieront et auront une réflexion élaborée. Et puis, il y aura le bas de l’échelle, qui se massacrera les yeux à lire du PDF 8 heures par jour, qui survolera des documents utilitaires pour des analyses superficielles, car de toute manière leur rôle est d’être de bons exécutants qui n’ont pas à avoir d’idées personnelles, seulement à appliquer mécaniquement toujours les mêmes recettes, les mêmes idées et manières d’agir stéréotypées. L’information ne sera là que pour donner des idées déjà toutes faites, on plaque quelques idées reçues sur des documents regardés 5 minutes, après tout, on est pas sur Terre pour couper les cheveux en quatre, et puis, on est des petits, il faut rester à notre place au lieu de « se prendre la tête ». Je ne pourrai jamais accepter un tel modèle, qui n’est certainement d’ailleurs pas le vôtre.

          J’aimerais savoir ce que vous pensez de ce problème, il me semble que vous y faites une brève allusion, mais il s’agit pour moi d’une question centrale.

          Vive le papier et le livre. Répandu durant l’Antiquité Tardive, il a permi le retour en arrière, le saut de page, le confort de lecture (contrairement au rigide rouleau de papyrus que l’on devait dans la pratique se faire lire par un esclave), en gros, tout ce que l’informatique n’offre pas (sauf la recherche par mots du texte). Il ne disparaîtra pas de nombreux foyers parce qu’ilest inégalé


          • Pierre-Alexandre Xavier Pierre-Alexandre Xavier 25 mai 2009 15:35

            Ayant été éditeur pour la jeunesse, je ne peux qu’être d’accord avec vous. Le livre reste la pierre de touche d’un édifice central des sociétés : la culture.
            Cela ne m’empêche pas de regarder la réalité en face. Du strict point de vue statistique, la lecture est en régression. Le public se désintéresse du livre comme véhicule de culture, lui préférant la télévision et l’Internet sous toutes ses formes. Plus principalement, les individus sont plus intéressés par les images et ils l’ont toujours été.
            Lorsque le monde vivait dans l’obscurité intellectuelle, c’était au travers d’images que l’Eglise continuait de modeler les consciences et malgré les Lumières, il aura fallu longtemps pour obtenir le miracle du livre de poche !
            Donc, il y a très certainement une réflexion longue à mener autour de la question du livre et de sa contrepartie numérique, des usages du livre et des habitudes qu’il génère (notes, découpes, prélèvements, etc.). Et ce n’est certainement pas les professionnels de la vente de livres qui vont s’y atteler. Il nous faut donc jeter des pavés dans la mare et espérer qu’ils suscitent des envies d’en savoir plus.
            Pour cela je vous remercie et je m’attèle à produire un autre article sur cette question centrale du rôle du livre et de ses multiples pistes d’évolution.


            • L'enfoiré L’enfoiré 25 mai 2009 16:45

              @L’auteur,

              Je vais vous donner un secret. Ce n’est pas le papier ou l’imprimé qui est en jeu, c’est plus grave que cela. C’est l’information qui, pour beaucoup, est indigeste. Tout doit aller vite, on ne lit plus, on survole.

              Quand c’est un article trop fouillé, on lit en diagonale. C’est du Reader Digest, des BD, ou des vidéos.

              La lecture, on ne s’y plante que dans les raccourcis.

              Internet n’a fait qu’accentuer le problème par sa gratuité. On ne doit même plus payer un tarif à la la lettre. Les mots sont là, ils passent, on n’analyse plus. C’est tout, tout de suite et puis basta.

              L’interactivité apporté n’est intéressante que pour casser du sucre, pour affirmer un ego que l’on ne veut même plus comparer avec son voisin. On écrase et puis on s’en va.

              Le support comme je l’ai écrit, on l’acclimate au gout du jour, mais vous-même n’êtes pas venu lire ce qui se fait ailleurs. Chacun agit, écrit dans son coin en se foutant pas mal de ce qui se passe à côté. Ça c’est la vérité toute crue. Vous êtes tombé, vous même dans le jeu de l’exclusivité.

              Polluer pour le papier, quand le papier sert pour autre chose que pour les chiottes, c’est un plus.

              Non, le papier n’est pas condamné, le lecteur l’est.

              Désolé d’avoir été vache avec vous.


              • L'enfoiré L’enfoiré 25 mai 2009 16:51

                @L’auteur,
                Juste un vieil article sur le sujet débattu il y a longtemps par ici.
                 Regarder les réactions et les commentaires sur les articles de la culture sur cette journées, juste si vous n’avez pas tout compris.


              • Nico 25 mai 2009 19:03

                Pas d’accord sur le ton et la forme du commmentaire. Oui, il y a bel et bien des interrogations sur les qualités propres au support. Par exemple, la lecture silencieuse n’existait visiblement pas dans l’Antiquité et est propre au Moyen Age, car on ne peut guère lire un payrus en silence (il faut un esclave pour le déplier et le lire). Il y a des études sur le fait qu’un environnement plus standardisé et plus pauvre (comme l’est la présentation informatique) diminue les capacités d’apprentissage. On a pas le même contact avec des formats électroniques, il suffit de le constater

                Je crois que l’auteur n’avait pas un optimisme démesuré sur la qualité de la lecture dématérialisée, je cite : "La lecture et l’information se dématérialisent davantage chaque jour, réduisant dramatiquement le nombre de lecteurs potentiels et diminuant la qualité de la faculté de lecture des individus."

                Si vous voulez affirmer à contrario, que l’on peut avoir la même qualité de lecture sur ordinateur que sur papier, je suis clairement en désaccord.

                Enfin, le ton que vous prenez envers l’auteur est assez désagréable.


              • Pierre-Alexandre Xavier Pierre-Alexandre Xavier 25 mai 2009 23:01

                Vous n’êtes pas vache, juste un peu compliqué. Je vois ce que vous dites sur la lecture parce que j’avais lu votre article sur le sujet. Et je le trouvais pertinent à souhait. A l’époque, je n’étais que simple lecteur.
                Mais je ne comprend pas le fait de ne pas être allé lire votre long article (cité en référence) aurait été un manque ou une manière d’écrire dans mon coin en me foutant de ce qui se passe à côté...
                Enfin, si comme vous le dite le lecteur est condamné... le papier, on pourra toujours se le foutre au c...


              • Pierre-Alexandre Xavier Pierre-Alexandre Xavier 25 mai 2009 23:21

                Aucune vacherie... Je suis un admirateur secret de votre prose (mais je n’ai pas le temps matériel de la lire... chose que vous comprenez parfaitement).
                En revanche, je me rappelle bien (et je me suis relu pour l’occasion) avoir écrit : « J’entend déjà les uns dire c’est la faute de l’Internet, ce média diabolique et incontrôlable qui dévore l’ancien monde pour lui substituer une bouillie informe et dépourvue de valeurs et de sens... »

                Vous disiez... ?


              • Jean-Paul Doguet 25 mai 2009 22:00

                Cet article se livre à des amalgames racoleurs et confus : pourquoi transformer une « crise » en « disparition » ? Ce sont deux phénomènes très différents. De même pourquoi confondre les journaux et les livres ? La presse écrite est partout en difficulté c’est vrai mais on a jamais imprimé ni acheté autant de livres. Un livre et un journal ce sont deux choses très différentes. Un crise n’est pas nécessairement le prélude d’une disparition.


                • Pierre-Alexandre Xavier Pierre-Alexandre Xavier 25 mai 2009 23:13

                  L’enfoiré a raison, le lecteur est condamné. Je n’ai pas écrit que la crise du livre et de la presse est le prélude à la disparition du papier. Je prétend que l’industrie du papier finira sa carrière à cause des objectifs écologiques des nations et de l’arrivée d’un nouveau type de technologie qui doit se faire une place sur la marché au dépens d’une autre.
                  Il est où l’amalgame ?
                  D’autre part, le fait que les éditeurs multiplient les titres (et pour une majorité sur des rééditions) et qu’ils se vendent en moindre nombre par titres mais en plus grand volume sur leur ensemble ne fait qu’amplifier le phénomène géométrique que j’évoque. Toujours plus de livres, toujours plus de papier, de plus en plus de pollutions diverses (et ce n’est pas un plus @ l’enfoiré) et une réduction des ressources... Il n’y a pas besoin de sortir de Centrale pour voir le résultat à court terme...
                  Le livre et le journal sont deux choses différentes... ça c’est une nouvelle ! Et ils sont tous les deux imprimés sur du... Voilà ce qui les relient dans cette destinée funeste et pourtant inévitable à laquelle j’ai consacré un petit billet sur Agoravox...


                • L'enfoiré L’enfoiré 26 mai 2009 13:05

                  Pierre-Alexandre,

                  Vous comprenez bien que j’avais un pseudo à respecter. Je me devais de vous secouer un peu.

                  Nous sommes ici sur un forum dans un échange d’idées et pas uniquement des siennes en départ. C’est une limite que j’ai depuis longtemps écartée de mes objectifs. Nous ne sommes pas sur un blog. Je consulte pas mal d’articles et je commente selon une impulsion réactive. Chez moi, les commentaires peuvent devenir de véritables articles en eux-mêmes.

                  Il y a beaucoup de nouveaux rédacteurs depuis un certains temps. Ils sont d’ailleurs souvent bons. Je leur demande souvent de s’introduire pour sortir d’un anonymat qui pourrait être mal interprété. Donc, ça pour le premier étonnement.

                  Maintenant pour le sujet du « papier ».
                  Rappelez-vous je viens du domaine de l’informatique.
                  Cela fait des années que l’on parle de supprimer le papier pour sortir des rapports. On n’en est jamais sorti. Et c’est tant mieux. Un livre est intuitif pour lui assigner des repères. Un écran restera toujours trop petit pour avoir plusieurs pages en comparaison.

                  L’électronique, c’est super pour faire des liens mais pas pour s’absorber dans la particularité d’un texte, dans son traitement exclusif.

                  Nous avons maintenant les livres électroniques. Autre forme de faire du commerce. Est-ce que ce sera suffisamment lumineux pour être lu dans le soleil ? J’en doute.

                  L’industrie du papier est très polluante, le papier, même recyclé. Sera-ce son chant du cygne puisque l’écologie a le vent en poupe ?

                  Il y aura des choix à faire et pas uniquement sur le contenant, le papier, mais aussi sur le contenu, le texte. Simplement pour ne pas crouler sous l’information. Trop d’écrivains et pas assez de lecteurs.


                • Pierre-Alexandre Xavier Pierre-Alexandre Xavier 26 mai 2009 13:56

                  Je reste d’accord sur le fond : le livre est un outil aux dimensions multiples qui ne peuvent pas être remplacées par des gadgets électroniques, même si les nouveaux modèles peuvent être lus en pleine lumière (et oui !), que leur capacité de stockage est extensible à l’infini (via des cartes et d’autres accessoires bon marché) et que l’interactivité de certains modèles permet non seulement des annotations personnelles, mais aussi des liens entre livres, entre articles, entre tout ce que l’on souhaite.
                  Toutefois, la confidentialité et le silence (imposé par les acteurs en place) confinent les supports de lecture électroniques à de vagues expériences et prototypes, alors que les appareils sont disponibles et (d’un point de vue personnel) abordable pour celui ou celle qui mesure la richesse et des livres et de l’informatique.
                  Les idées reçues et les habitudes sont effectivement, et comme vous l’écrivez, le véritable frein, pour ne pas dire un authentique mur. Comme vous, je me documente mais surtout sur la façon dont la transition s’est opérée avant l’introduction du papier.
                  Continuons donc le secouage.


                • finael finael 25 mai 2009 23:35

                  Ce qu’il ne faut pas lire !

                  Enfin, c’est toujours mieux que cet étalage d’inculture de la part de gens qui manifestement ne lisent plus dès que cela dépasse une page !

                  Le DVD « éternel » est donné pour une durée de vie moyenne de 5 ans, le CD de 15. C’est ce que l’on apprend quand on fait des recherches documentaires. Lesdonnées numérisées doivent être recopiées tous les 5 ans en moyenne. Par contre les actes du XVIIème siècle que je retrouve en faisant des recherches généalogiques sont toujours parfaitement lisibles - même sans électricité ! - même s’ils sont surtout difficiles à comprendre.

                  Le bois dont on fait le papier est du bois planté pour, on ne déforeste rien pour le fabriquer, au contraire. Sa fabrication est polluante, mais moins que celle des supports modernes et beaucoup moins gourmande en énergie.

                  Simplement, les gens ne lisent plus, n’y sont plus incités et trouvent cela trop « fatiguant ».


                  • Pierre-Alexandre Xavier Pierre-Alexandre Xavier 26 mai 2009 00:18

                    Ça commençait plutôt bien. C’est vrai. Le support en polycarbonate CD ou DVD (juste une différence de gravure et de superposition des couches polymères) est fragile, d’une longévité faible, d’une portabilité limitée (il faut un lecteur spécifique) et surtout d’un coût élevé en ressources pétrolières.
                    Mais après vous dérapez.
                    Les actes du XVIIe siècle sont lisibles mais il faudra faire attention à ne pas les toucher, ni les inspecter de trop près, ni qu’ils soient stockés n’importe où. Le papier, lui aussi, est fragile, d’une longévité faible (et relative au type de papier), d’une portabilité limitée (il faut savoir lire) et d’un coût élevé en ressources forestières.
                    Or si en France, les industriels du papier ont arrêter de déforester et entretiennent des parcs de conifères à croissance rapide sur sols sablonneux, le type de culture employé pour obtenir un grand rendement est plutôt discutable. Et question pollution chimique des eaux, des sols et de l’air, la pâte à papier et les encres d’imprimerie sont largement devant les composants informatiques.
                    C’est dans le recyclage que le papier passe devant.
                    Enfin en ce qui concerne la consommation énergétique et l’empreinte carbone, que je sache, s’il ne faut qu’une lampe pour lire dans la pénombre, l’énergie nécessaire et l’empreinte carbone d’un tirage vaut le coup d’être calculée. C’est assez instructif...


                  • loco 26 mai 2009 01:20

                    Trois raisons, hum, essayons....
                     - le tissu inutile (résultats sportifs, horoscope, météo, fiches « pratiques » de diverses natures, pages télé et people) de propos niais, insipides, dénués de tout intérêt, complété désormais par les astuces à deux balles censées aider à lutter contre lacrise.
                     - les infos redondantes, achetées par tous les journaux aux mêmes (à la même ???) sources, reprenant le seul et même point de vue, prenant les mêmes « experts », cherchant les solutions chez ceux qui ont causé le désastre et roulant pour la même oligarchie
                     - pour le livre, le vide sidéral des conneries qu’on y édite à grands coups médiatiques foireux, prix bidons, télés pub, polémiques truquées...
                    Non, en fait de raisons, je n’en vois qu’une seule : le mépris du lecteur !


                    • Pierre-Alexandre Xavier Pierre-Alexandre Xavier 26 mai 2009 11:00

                      Ah les raccourcis ! Reprenons :
                      — Le tissu inutile de... s’appelle le divertisement.
                      — Les infos redondantes et expertes... s’appellent l’information.
                      — Le vide sidéral des c... s’appelle le post-modernisme.
                      Appelons les choses par leurs noms... non ?

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