Les deux dernières années du IIIe Reich furent marquées par la mise en œuvre de la solution finale qui consista à rayer de la carte de l’Europe le peuple juif.

Expérimentale au début, avec des exécutions sommaires massives, à l’instar des précédents génocides, la solution finale devint rapidement, et c’est ce qui la caractérise, avec l’aide de scientifiques, d’entreprises et grâce à un sens aigu de l’organisation, une véritable industrie de la mort avec ses chefs, ses employés, ses esclaves et ses installations modernes pour assassiner le maximum de victimes.

Les sonderkommandos étaient des unités spéciales de détenus juifs. Ils étaient présents dans les lieux les plus sinistres pour accomplir les tâches les plus terribles et douloureuses à l’intérieur d’un camp : accompagner les victimes dans les chambres à gaz, les aider à se déshabiller, les rassurer, retirer les corps, prélever sur les corps, cheveux, bijoux et dents en or, nettoyer les chambres à gaz, placer les corps dans les fours, répandre les cendres...

Ils furent les témoins directs les plus proches de la barbarie nazie. Comparativement aux autres détenus, leurs conditions étaient meilleures (hébergement, nourriture) pour devoir exécuter les pires corvées sous la menace directe des gardes.

Malgré de meilleures conditions matérielles, leur espérance de vie était très courte, guère plus de six mois, afin qu’aucun détenu ne puisse témoigner des crimes nazis. De fait, il n’y eut pas plus de dix survivants qui réussirent lors de l’évacuation d’Auschwitz-Birkenau à se fondre dans la masse des autres détenus et à s’enfuir lors des longues marches vers l’Allemagne.

Les témoignages au cours des procès de l’après-guerre et les interviews de survivants figurent dans ce livre. Ils nous apprennent la vie au sein des sonderkommandos, le sadisme de certains nazis, l’arrivée des victimes, les réactions, la passivité ou la révolte de certaines victimes, la préparation et l’insurrection des sonderkommandos, leur volonté de survivre.

Mais ce qu’il y a d’extraordinaire dans ce recueil, ce sont les témoignages écrits par six membres des sonderkommandos qui nous sont parvenus. Ils furent enfouis et cachés dans la terre par leurs auteurs, puis découverts après la Libération.

Ces récits sont l’œuvre de six hommes qui eurent la force d’écrire pour témoigner malgré toutes les souffrances physiques et psychologiques endurées. Aucun d’eux n’a survécu. D’ailleurs, ils se savaient condamnés.

Ils craignaient qu’après la guerre, l’Humanité ne connaisse jamais la tragédie dont ils furent les témoins "privilégiés" : l’élimination systématique et industrielle d’un peuple, et la volonté des bourreaux de dissimuler leurs crimes.

Témoigner par l’écrit fut pour ces hommes un véritable acte de résistance et de mémoire.

Un livre inoubliable.