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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Deux géants se croisent

Deux géants se croisent

Il y a quinze jours disparaissait un des géants de la danse, Maurice Béjart. Un autre géant, Merce Cunningham, est actuellement au Théâtre de la Ville. Tous deux sont célèbres et ont considérablement influencé la danse du XXe siècle, tous deux ont pris des chemins opposés, mais complémentaires.

Merce Cunningham commence la danse avec Martha Graham, mère et grand-mère de la modern-dance américaine. A partir de 1939, il est le danseur soliste de ses ballets puissamment émotionnels, généralement inspirés par les grands mythes grecs, mais, en 1945, il décide de la quitter et il commence un parcours personnel qui fleurit en 1951, avec 16 danses et attire dès lors sur lui l’attention du monde chorégraphique.

Arnold Schönberg, au début du siècle dernier, a brisé le carcan de la tonalité qui régissait la création musicale. La musique atonale permettait l’apparition de formes nouvelles et libres. De la même façon, Merce Cunningham a complètement libéré la danse, non pas de la structure académique - entrée, pas de deux, variations, etc. - mais de la ligne chorégraphique elle-même, en créant des sections de mouvements, indépendantes les unes des autres Il ne veut plus aucune émotivité ou signification préétablie comme le recherchait Graham, sa technique est riche, mais il fuit la virtuosité et le spectaculaire et ne revendique que le seul déplacement des corps dans l’espace.

Tout est signifiant pour lui et il laisse au hasard le soin de structurer les enchaînements. Cette volonté de fuir toute contrainte frôle le sadisme. Cunningham met au point un logiciel appelé Danceform, qui enregistre les mouvements et en crée d’autres. Ces pas d’une diabolique difficulté sont quelquefois en opposition avec l’élan du danseur et, cette suite de mouvements aléatoire sont pour eux d’une grande difficulté et les met parfois en opposition avec l’élan du pas précédents. Mais les créations se poursuivent et deviennent de plus en plus passionnantes.

Le spectacle présenté au Théâtre de la Ville constitue une rétrospective de l’art de Cunningham. Après le joyeux tohu-bohu de Crowdspace (1993) où l’on retrouve les bustes penchés, bras ouverts, chers à Cunningham (sur un fond sonore de machines détraquées et de parasites électroniques difficiles à supporter !), Crises (1960) est une magistrale composition des figures entre quatre danseuses et un danseur dans une atmosphère presque tendre, avec des solos lents assez inhabituels sur fond de musique jazzy.

Ensuite, Eyespace, création de l’année dernière présentée aujourd’hui à Paris. Fidèle à lui-même, Cunningham a voulu que la musique soit aléatoire pour chaque spectateur. À cet effet, des iPod et écouteurs sont distribués et chacun peut ainsi écouter dix pistes se superposant à la musique de Mikel Rouse diffusée dans la salle. Les danseurs entrent dans le silence sur un fond très beau de verticales bleues semblant jaillir de la toile de fond. Douze, en collants bleus, dansent avec une verve surprenante. De nombreux portés, des relations presque amoureuses, un dynamisme d’une fraîcheur confondante qui se termine par une sorte de tournoiement cosmique admirable et ce fut un grand succès.

Merce Cunningham nous a offert, à 88 ans, un spectacle qui reste en mémoire. Malgré ses limitations physiques, il est venu saluer sous les acclamations d’un public enthousiaste et ému par cette juvénile leçon de créativité.

Crédit photo : The Merce Cunningham Company


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