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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Didier Jacob fait la guerre littéraire, pas l’amour

Didier Jacob fait la guerre littéraire, pas l’amour

Interview de Didier Jacob, blogueur, critique littéraire au Nouvel Observateur, auteur de La Guerre littéraire - critique au bord de la crise de nerfs (éditions Héloïse d’Ormesson). Un ouvrage qui ne réjouit pas que les imbéciles.

La critique littéraire n’est pas une science. On le saurait. Cela n’amoindrit pas le rôle des critiques, mais les remet à leur place. Quand les critiques en sortent, de leur rôle (nous informer), ils ont l’impérialisme facile. D’où ils parlent, on ne le sait que trop : de leur propre vanité. Et ils le font savoir.

"On sait qu’il y a une crise de la littérature, mais il crève les yeux qu’il existe une crise du jugement littéraire" écrivait Gracq en 49, il y a près de 60 ans, dans ce qui restera son meilleur livre, "La littérature à l’estomac" (José Corti éditeur). Gracq était un critique littéraire empêché. Dommage.

Il y en a tellement de mauvais qui sévissent. Avec le web, c’est pire. Ils se multiplient. Les bons restent dans une proportion infime. Josyane Savigneau qui fut la dame patronnesse des lettres, au Monde, a été remercié sèchement et éconduite comme n’importe quel ouvrier ou employé d’une quelconque boîte qui délocalise. Elle vient d’écrire un livre, se répand. Elle crie à la calomnie, au complot. Tout cela se passe aujourd’hui, pas sous l’ancien régime. Josyane n’a jamais pourtant été rien d’autre qu’elle-même. Elle aurait du se douter. Mais voilà, les critiques ne savent pas se lire. 

Qui va pleurer sur cet ersatz dont les amis s’appellent Laure Adler, ex-plastiqueuse de France Culture, alias Pécuchette dans l’ouvrage de Didier Jacob dont je ne vais pas tarder à vous parler. Seul Pierre Bergé, célèbre mécène compilateur de préfaces témoigne à Josyane de la sympathie. Il l’a fait
récemment, entre deux portes, alors qu’il essayait de balbutier pathétiquement à un Eric Naulleau qui n’avait même pas la force d’être méchant devant un homme si puissant. Naulleau, celui qui avec son compère Jourde, nostalgise sur le Lagarde et Michard. Car on est en France. La littérature c’est du sérieux.

Pourquoi je vous parle de tout ça ? Parce que la critique est un amusement, pas une chose sérieuse, justement. Mais comme tous les amusements, elle doit être pratiquée avec minutie et légereté, sans trop de gravité.

Les critiques ont toujours un peu tendance à se prendre pour des écrivains. Il en est, certes. La critique n’est pas une science, mais c’est un exercice littéraire. On le pratique à sa guise. Il y faut du feeling, pas de tiédeur. Jamais. Et il vaut mieux une critique approximative, mais bien tournée, qu’une somme vétilleuse et ratiocineuse d’un quelconque flic de la pensée qui va vous dire quoi lire.

"La vie littéraire manque cruellement de remueurs de merde"écrivait le très regretté Raymond Cousse (A bas la critique et vive le Québec libre, éditins Rupture, 1983).
Didier Jacob n’est pas un remueur de merde. C’est dommage. C’est un garçon sympathique. Certains sur le web le lui reprochent.

Mais Didier Jacob, comme tous les gentils, excelle dans le rôle de méchant. Etre méchant à plein-temps, c’est idiot. Et fatigant. Il n’y a pas pire qu’un méchant qui ne se repose pas, sinon un imbécile. La critique est pleine de méchants qui ne se reposent jamais. Didier Jacob est l’idiot d’un village qui existe maintenant virtuellement. Qu’est-ce que ça change. On l’ignore encore. Un village virtuel que d’aucun rêve en République des livres. Bananière ?

Depuis quatre ans, donc, Didier Jacob tient un blog (Rebuts de presse) dans lequel il nous parle de ses plaisirs de lecteur. Il se cantonne presqu’exclusivement à cette tâche. Il lui arrive d’avoir la dent dure. C’est très drôle. La Guerre littéraire - Critique au bord de la crise de nerfs (éditions Héloïse d’Ormesson) est un recueil de ses chroniques les plus mordantes et acides. Il n’y va pas de main morte sur les vaches sacrées littéraires, celles qui touchent de gros à-valoir. Qui les lit sinon ceux qui les éditent ? Didier Jacob ce n’est pas Vialatte, ni Blondin, ni Frank, ni Gracq. Mais ce n’est pas non plus Josyane Savigneau...

Didier Jacob dans La Guerre littéraire, recueil brillant, percutant, drôle, vachard, on ne peut s’empêcher de penser à lui en comique (de répétition) adepte du stand-up. Toujours le bon mot à la bouche. Sans doute influencé par l’écriture nerveuse, elliptique et laconique propre au web ne risque t-il pas de perdre en analyse ce qu’il gagne en spectaculaire ? On s’en fout ! Laissé bon temps roulé ! Il fait semblant de découvrir, dans son avant-propos, « la courbette parisienne ». Il en prend sciemment le contre-pied. Mais n’est-ce pas la seule attitude possible pour qui veut se distinguer ? « Il faut se singulariser, adapter un rôle ». Tout est dit. Le critique endosse son costume et fait son numéro. Et tout le monde est content. Que demander de plus ?

Au contraire d’un Sorin qui s’amuse à dégommer un Le Clézio, un Echenoz ou un Modiano, exercices de styles auquels je n’adhère pas forcément, mais qui me réjouissent toujours tant la méchanceté en littérature doit être cultivée comme une vertu, Didier Jacob n’attaque que des notables provinciaux (ceux du village dont il est l’idiot) : Houellebecq, Zeller, BHL, Onfray, Angot, Yasmina Reza, Villepin (Villepin...) ou encore Guy Debord ou Philippe Muray. Oui, Philippe Muray.
Philippe Muray, vache sacrée parmi les vaches. Bravo !

Dans ces cas-là, la critique n’est peut-être pas un des beaux-arts, mais c’est un art appliqué. Utile comme une machine à laver. Ce n’est pas peu dire.

Interview de Didier Jacob, critique impertinent, mais poli

Olivier Bailly : Pourquoi ce titre, La guerre littéraire ?
Didier Jacob : C’était un peu en écho au livre de Sollers, La Guerre du goût [éditions Gallimard. Ndr], ainsi qu’au livre de Martin Amis, Guerre au cliché [essais et critique, 1971-2000, éditions Gallimard. Ndr]. Et puis il s’agissait de traduire ce qu’il y avait dans le livre. C’est une espèce d’attaque, de guérilla, de mise au pilori. Mon éditeur avait penché pour Un attentat littéraire. Le livre sortant le 11 septembre, j’ai trouvé ça de mauvais goût. Je me suis rabattu sur La Guerre littéraire. C’est un titre que j’aime bien, bien qu’il ne soit peut-être pas très vendeur...

OB : Ça reflète une partie infime du travail de critique de Didier Jacob. Vous ne faites pas toujours la guerre
.
DJ : Bien sûr, mais malgré tout c’est là-dessus qu’on m’attendait aussi. Et puis quand on lit le livre, d’ailleurs on me l’a reproché plusieurs fois, c’est vrai qu’il y avait quand même une envie de mettre l’accent sur ce côté-là qui reflète un peu l’esprit du livre dans son ensemble, même si vous avez raison, il y a d’autres choses.

OB : Vous êtes un des rares critiques littéraires à travailler en parallèle, à la fois sur le web et sur le papier. Qu’est-ce que cela change pour vous ?
DJ : Ça rajoute du travail ! Car le travail sur le web est aussi dévoreur de temps que le travail sur le papier. Si on veut se fixer un certain niveau d’exigence ce n’est pas un travail qui se fait plus vite ou avec plus d’insouciance. Peut-être même moins. Car il y a davantage sur Internet un souci d’efficacité et une nécessité d’être chaque semaine le plus « performant » possible. Ça ne se pose pas en ces termes dans un journal papier où l’on peut avoir un passage à vide une semaine et ce n’est pas très grave. Mais ce qui a beaucoup compté c’est le changement de style. J’imagine que ça a coïncidé avec une envie d’être plus dans un style vivant, littéraire, mais plus oral et donc plus humoristique, plus vif. J’avais peut-être envie de ça sans me l’avouer. Alors qu’avec le papier j’étais soumis à une exigence - qu’on se fixe soi-même d’ailleurs car il ne s’agit pas d’une exigence qui vient de plus haut - de classicisme journalistique, surtout dans les pages livres et encore plus dans un journal comme l’Obs qui est un grand journal de plume où l’on se sent encore plus obligé de « faire des phrases », là du coup on ne fait plus de phrase car ça n’a plus de sens. C’est une différence de ton et ce qui me plaît dans cette expérience-là c’est que je m’aperçois que j’essaye maintenant de retrouver dans le journal papier cette espèce de vivacité un peu plus grande, ce style un peu plus « percutant » et un peu moins « littéraire ». Je m’autorise à le reporter dans le journal papier peut-être parce que j’ai maintenant la légitimité pour le faire.



OB : Comment un critique qui a sa place dans la presse écrite papier, trouve t-il sa légitimité sur le web ?

DJ : C’est plutôt l’inverse. Le critique « professionnel », sa légitimité il l’a en lui, il peut l’exporter où il veut. C’est plutôt comment les critiques qui ne sont pas passés par le journal papier peuvent trouver une légitimité seulement sur le web. C’est beaucoup plus compliqué à mon avis.

OB : Est-ce que le web ne fait-il pas exploser le terme même de critique littéraire tel qu’on le connaissait jusqu’à présent ?

DJ : Sûrement, mais c’est une explosion qui est compliqué car on a besoin sur le web de repères, encore plus que dans la presse papier. Donc cette espèce de flou total des discours et des locuteurs, des « écrivants », tout le monde participant à une espèce de grand discours futuriste sur la littérature ou sur tout le reste d’ailleurs, nous rapproche d’un discours monstrueux. On est proche d’un discours de la monstruosité. Donc malgré tout, il va se produire sans doute une sélection naturelle. Cela reste une des questions qui n’est pas résolue. Tout le monde travaille autour de cette question, par exemple les sites participatifs se posent cette question de l’autorité, de comment récupérer ce qu’il y a de « mieux ». On est encore dans les balbutiements.

OB : Sur les sites participatifs on voit bien qu’une espèce de noblesse émerge. Il y a des auteurs qui publient souvent, régulièrement, des articles de qualité et qui de fait se détachent du peloton.

DJ : Oui, mais cette noblesse ne devrait pas exister sur Internet car c’est le réseau et il n’y a pas de noblesse, c’est le tiers-état pur et dur et ça devrait rester comme ça. L’idée n’est pas de recréer sur Internet un système assez archaïque finalement.

OB : Oui, mais ne se recrée t-il pas naturellement ?
DJ : S’il se recrée de façon qualitative c’est très bien, mais comment est-ce qu’on est au courant ? Il n’y a pas de système ou d’outil, c’est ça qui manque, qui permette un classement qualitatif ou un mode de recherche qualitatif de ce qui s’écrit sur internet.

OB : Il existe des classements pourtant

DJ : Oui, mais regardez les classements dont on dispose. Ce sont soit des classements subjectifs, c’est quelqu’un qui met en ligne une liste de liens, mais enfin c’est très infime dans la masse d’informations, c’est très arbitraire et non objectif ou bien ce sont des classements en fonction de certains paramètres mais qui ne prennent pas en compte la qualité. Qui prennent en compte le nombre de liens, de renvois, mais pas la qualité des textes. Ça finit par ressembler, c’est ce qui est amusant, à la boîte aux lettres de l’éditeur qui reçoit 30000 manuscrits par an. Là c’est une boîte aux lettres multipliée par des milliards.

OB : Est-ce que la publication de billets en volume ça donne une légitimité supplémentaire ?
DJ : Oui, ça assoit. On est encore dans un système, en France, ou le livre en effet est une espèce de titre de noblesse, au même titre qu’un duché. C’est clair. 

OB : Dans son dernier livre Josyane Savigneau règle ses comptes. Est-ce que selon vous c’est le premier d’une série d’une espèce de chants du cygne de vieux critiques littéraires un peu déchus...

DJ : C’est une question qui se pose. Josyane Savigneau représente une certaine époque de la critique. Elle n’a jamais été, elle n’est pas une des grandes figures de la critique dont on pourrait dire qu’en ce moment c’est le chant du cygne. Elle a surtout représenté un certain système, mais ce n’est pas quelqu’un comme Angelo Rinaldi ou Renaud Matignon, donc des gens qui avaient une plume et qui ont marqué leur époque. Est-ce que ceux-là vont exister encore longtemps, eh bien je n’en sais rien !

OB : On a l’impression qu’il sont un peu perdus, des gens comme Jean-Louis Ezine, Arnaud Viviant, etc. , qu’ils n’arrivent pas à mettre un pied dans le web...

DJ : C’est possible qu’il y a ait un souci lié à Internet, une espèce de fascination/répulsion qu’ils n’arrivent pas à cerner eux-mêmes, mais au fond est-ce qu’on ne peut pas dire aussi que cette espèce de fragilisation de la critique d’aujourd’hui n’est pas liée à un certain déclin de la grande littérature française ? Est-ce qu’il n’y a pas là un parallèle ? Mais c’est sûr Internet pose un problème, je l’ai bien remarqué, aux critiques installés qui voudraient en être. Alors ça passe par différentes réactions qui peuvent être soit le mépris affiché, soit l’indifférence, la condescendance...

OB : Les anglo-saxons sont plutôt à l’aise avec le net. Est-ce que ça a été un modèle pour vous, la critique anglo-saxonne ?
DJ : Non parce que je suis plus issu de critique à la française. En effet il y a une très grande différence entre leur travail et le notre. Assouline est clairement celui qui s’en rapproche le plus. Il privilégie clairement l’information, l’enquête, plus que le morceau de bravoure stylistique sur tel ou tel sujet. Mais c’est vrai que les anglo-saxons sont beaucoup plus à l’aise que nous par rapport à ça. Le style d’écriture critique qui est beaucoup plus précieux se traduit moins, s’exporte moins sur Internet, alors qu’eux, qui ont dans leur critique papier au fond un langage assez simple où il s’agit beaucoup plus de relayer des informations ou d’expliquer - ils sont beaucoup plus pédagogues que nous -, ça se fait pour eux beaucoup plus simplement. Le passage est quasiment immédiat.

OB : Revenons à la Guerre littéraire ! Quel a été le critère pour choisir ces chroniques ?
DJ : Ce sont celles qu’à la relecture je trouvais les plus marrantes

OB : C’est votre éditeur qui a en eu l’idée ?

DJ : Oui, complètement

OB : Qu’est-ce que ça a changé pour vous de les réunir dans un volume ? En avez-vous une perception différente ? Les avez-vous relues ?
DJ : Je les ai relues au moment de corriger les épreuves, ce qui a été un peu pénible ! Mais ce qui est assez marrant c’est que c’est une sorte de retravail classique d’un mode d’écriture qui ne l’est pas.

OB : Globalement quelle a été la réaction des lecteurs ?
DJ : En fait les lecteurs n’ont pas réagit particulièrement puisqu’ils connaissaient déjà. Certains - les grands fans ! - ont acheté le bouquin. Mais il n’y a pas eu de réaction de surprise. C’est plutôt chez les autres, c’est plutôt la réaction de ceux qui ne connaissaient pas le blog qui était amusante. C’était amusant de voir comment ils entraient dans le livre par ce style-là et là c’était plutôt positif. C’étaient des gens qu’en effet je ne connaissais pas et qui ne me connaissaient pas et qui ont trouvé ça très marrant, gonflé, potentiellement suicidaire, mais qui en général étaient ravis de s’amuser. Et du côté des lecteurs professionnels les réactions étaient plutôt bienveillantes, mais assez agressifs sur la manière dont j’étais extrêmement négatif vis à vis de tout le monde. C’était leur vision de la chose.

OB : La méchanceté en littérature est souvent plaisante, mais est-ce bien charitable de s’acharner sur Angot, BHL, Houellebecq, Laure Adler, Sollers, Zeller, bref ce sont tous des têtes de Turcs...

DJ : On me l’a un petit peu reproché. En même temps ce sont des gens puissants. C’est le côté positif de la chose. Mais le problème que je me pose depuis maintenant un an, environ, c’est cette question d’acharnement qui pourrait énerver à juste titre et qui ne me plaît pas non plus. Je n’ai surtout pas envie de m’enfermer dans un système. C’est marrant quand c’est libre, vivant et un peu sur l’impulsion du moment et la réactivité par rapport à un événement, mais si c’est pour faire éternellement du Didier Jacob sur du Christine Angot, ça n’a plus aucun intérêt. Et donc là je suis un peu en difficulté ! C’est-à-dire que le nombre d’écrivains en France pouvant éventuellement se prêter comme ça à des attaques un peu marrantes n’est pas extensible à l’infini. Je ne vais pas continuellement attaquer Angot, surtout que cette année je l’ai attaquée dans le journal et sur Internet, donc ça fait quand même beaucoup.

OB : Il y a peut-être une piste dans le bouquin lorsque vous vous attaquez à deux vaches sacrées : Guy Debord et Philippe Muray, deux idoles intouchables.
DJ : Oui d’ailleurs à propos de Debord je me suis pris une volée, cela figure à la fin du livre. Bon, ce sont des choses drôles, mais les gens le prennent au premier degré. Souvent on me dit dans les commentaires « mais qu’est-ce que vous pensez sur le fond ? Qu’est-ce que vous proposez ? Quelles sont vos théories ? ». Mais justement l’idée c’est de ne pas commencer à avoir des théories, de ne pas substituer les miennes à celles de Debord ou à celles de Murray...

OB : Que vient faire le chapitre « Un peu de sérieux » dans le livre ? Qu’est-ce que les Jeux Olympiques, les discours de Guaino ou la déclaration de Sarkozy sur les enfants morts pendant la Shoah viennent faire ici ? Vos papiers sont percutants, mais on est un peu à côté de la chose littéraire, non ?
DJ : Oui, c’est vrai. C’était un écho de ce que parfois j’avais mis dans le blog. Ce n’était pas très évident au fond de construire le livre pour qu’il soit lisible sans que cela soit de gros paquets. Donc il y avait un souci de diversité pour que ça ne soit pas trop ennuyeux, mais c’est vrai que oui, mais en même temps c’est vrai que ce sont des textes que j’aime bien relire.

OB : Est-ce que vous avez vraiment l’impression, comme vous l’écrivez dans votre avant-propos « d’empêcher de scribouiller en rond » ?
DJ : Ça devient présomptueux, donc non, mais malgré tout je pense que mon petit travail, mais vraiment à un degré infime, je pense que mon travail en ennuie quelques-uns uns et donc je pense que ça n’a pas d’influence profonde sur la vie littéraire française, mais très insidieusement et comme une minuscule fissure dans le mur qui ne demanderait qu’à grossir si cela réveillait des réactions similaires chez d’autres je pense que ça ferait son petit chemin et que cela ne serait pas complètement inutile.

OB : Est-ce que vous pensez qu’en fermant votre livre ceux qui l’ignoraient savent ce qu’est une œuvre une littéraire ?
DJ : Non. Qu’est-ce que c’est d’ailleurs ? Peu de gens le savent, y compris ceux qui critiquent. Non. Il est déjà très difficile de savoir ce qu’on aime en littérature et je m’aperçois que très souvent les gens ne le savent pas, y compris parmi les lecteurs professionnels. N’allons même pas leur demander ce qu’est une œuvre littéraire ! Mais ce n’est pas l’idée.

OB : Est-ce que votre idée finalement n’a pas été de donner un aperçu d’une certaine vie littéraire finissante, une vie littéraire parisienne, magouilleuse et people ?
DJ : Oui, une espèce de chronique un peu mondaine. Ce qui est drôle c’est que je ne suis d’aucun cocktail d’aucune sorte. Et si j’avais plus d’amis je ne pourrais pas... Oui, c’est un peu le hasard. Ça aurait pu être autre chose. Ça aurait pu être une chronique des livres que j’aime. Mais si ça avait été ça est-ce qu’on serait en train de parler aujourd’hui, ce n’est pas sûr. Après on m’a dit « au fond vous êtes calculateur ». Mais ça c’est un peu le défaut d’internet. C’est à dire Internet vous attire vers ce qui marche sur internet. On sait bien que quand je fais un article sur un auteur portugais inconnu comme Gonçalo M. Tavarès ça ne va pas attirer les foules, ça ne va pas faire jaser et ça ne va amuser personne. Voilà. Internet est de point de vue-là un peu plus pervers que l’écrit et le support papier, je crois.

OB : Cela fait maintenant quatre ans que vous publiez sur le web. Quel est votre état d’esprit par rapport à ce support ? Avez-vous envie de continuer quatre ans ?
DJ : C’est vrai que c’est un peu usant. Mais c’est usant parce que le sujet s’épuise un petit peu. C’est inévitable. Cette manière que j’ai eu d’aborder le problème est un peu en train de s’user. Je n’ai pas envie d’arrêter. Je n’ai pas trop de solutions, donc je continue ! A nouveau je n’ai pas envie de m’enfermer dans un système. Si c’était le cas je préférerais m’arrêter ou continuer sur une autre forme, ou recommencer plus tard. Mais je n’ai pas envie de devenir le citoyen unique d’une république - et là je ne fais pas référence à Assouline ! - où ça tournerait à vide, en rond et où ça ne serait plus drôle. Comme l’idée était d’amuser, il ne faut pas que ça soit en effet un acharnement stérile. 

OB : Avez-vous constaté une évolution dans vos rapports avec les auteurs, les éditeurs depuis quatre ans ? Est-ce qu’on se méfie de vous ?
DJ : Oui c’est sûr que cela joue. C’est vrai aussi que je suis parfois assez méchant dans le journal papier donc les deux se mélangent un peu donc souvent je suis le méchant blogueur ! Bon mais je suis très protégé par le fait que je travaille dans le journal et que du coup les éditeurs et les attachées de presse ont besoin malgré tout de continuer à entretenir avec moi les relations les meilleures possibles donc c’est pour moi une sorte de bouclier absolu.

OB : Si vous n’aviez pas été à l’Obs ou dans un autre grand journal auriez-vous pu continuer à écrire comme ça ?

DJ : Oui, j’aurais été libre de le faire dans mon coin. On ne m’aurais pas envoyé les bouquins, mais c’est sûr que j’aurais été libre, mais cela aurait eu un retentissement moindre ou alors ça aurait mis beaucoup plus de temps. L’Obs a servi de propulseur fantastique et de multiplicateur d’effets et de retombées. Je pense que je n’aurais pas pu écrire ce que j’ai écrit dans beaucoup d’autres journaux. C’est clair que quand on voit à quel point une grande partie de la presse est complètement à la botte et du pouvoir politique et d’un certain pouvoir médiatique, cela aurait été absolument impossible d’écrire ce que j’ai écrit. Je sautais immédiatement. Ou j’aurais été évidemment obligé d’arrêter.





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9 réactions à cet article    


  • Cosmic Dancer Cosmic Dancer 19 décembre 2008 11:25

    Merci pour cet article, Olivier, et pour les vidéos (j’en profite pour signaler que, pour une raison qui m’échappe, le format adopté par Dailymotion plante régulièrement mon navigateur, que j’utilise Safari ou FFox - je suis sous Mac). Me voici maintenant curieuse de connaître la critique de Muray par Jacob smiley
    Et merci, beaucoup, d’évoquer ce somptueux La littérature à l’estomac de Julien Gracq - auquel réfère évidemment Pierre Jourde lorsque, un demi-siècle plus tard, il écrit La littérature sans estomac.


    • Cosmic Dancer Cosmic Dancer 19 décembre 2008 12:45

       Je ne me suis jamais plainte des "moinssages" à la tête du client, ce délit de sale gueule, ni même d’être repliée tellement de fois alors que j’apportais des arguments, des références, sans insulter personne. Mais là franchement, ce tic pathétique répété à n’en plus finir et qui satisfait des jouissances infantiles de fil en fil,sur certains rédacteurs précis, s’exerçant jusque sur les posts les plus anodins, les moins polémiques, c’est minable et ça me rappelle les trolls tant décriés par ceux-là mêmes qui emploient leurs journées à pratiquer cet exercice.


    • tonton max 19 décembre 2008 13:23

      Fais comme moi, Cosmic, sois toujours polie et respectueuse avec toute cette bande de tocards d’enfoirés, et tu verras qu’ils te respecteront



      Si, si .... smiley


    • Cosmic Dancer Cosmic Dancer 19 décembre 2008 14:08

       Cette méthode a déjà montré ses limites : elle n’a tout simplement jamais fonctionné avec eux. Ils doivent préférer se faire tancer, mais après tout, à chacun ses fantasmes smiley


    • SANDRO FERRETTI SANDRO 19 décembre 2008 14:44

      @ Cosmic
      Il s’agit d’éjaculateurs précoces du moinssage automatique.
      Un commentaire de "X" apparait dans le bandeau "derniers commentaires" et hop, ils lachent leur petite purée, en moins de temps qu’il n’en faut à l’éjaculateur précoce pour prendre congé de Sophie Marceau.
      Puis, ils repartent penauds, cherchant en vain une feuille de vigne pour cacher leur piètre engin rabougri à lancer le moinssage.

      Toute une éducation à refaire. Faudrait leur apprendre à penser à leur 1/3 provisionnel avant de commenter ou de moinsser.... A d’autres. Nous, on n’a pas le temps.


    • Cosmic Dancer Cosmic Dancer 19 décembre 2008 14:48

       smiley 


    • SANDRO FERRETTI SANDRO 19 décembre 2008 14:50

      PS : pardon à l’auteur, mais le titre méme de l’article incitait à faire cette mise au point...


    • wesson wesson 25 décembre 2008 20:17

      @cosmic dancer,

      "Je ne me suis jamais plainte des "moinssages" à la tête du client, ce délit de sale gueule, ni même d’être repliée tellement de fois alors que j’apportais des arguments, des références, sans insulter personne."

      comme tout ceci est passionnant, et qui plus est, en rapport avec l’article !



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