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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Docteur Sycander rentre du ciné : Solomon Kane

Docteur Sycander rentre du ciné : Solomon Kane

(Je sonne chez lui, toute grelottante, en espérant que cette petite pluie n’a pas entamé mon maquillage… Je ne crois pas qu’on ait déjà fait une interview à cette heure ci ! J’ose espérer qu’il a du café, je suis debout depuis 6h… Il m’ouvre, en caleçon, la mine déconfite, les cheveux en bataille. Je ne savais pas qu’il portait la barbe, je suis surprise par son style. Je m’attendais à mieux, mais le matin est trompeur.)

Dr Sycander : Non merci, pas de calendrier.

(Il referme la porte. Je sonne encore.)

Intervieweuse toute maquillée : Docteur ! C’est pour votre dernière expérience !

Dr S : (rouvre) Quoi ? Ah, ouais. entre, chienne… Enfin, je veux dire chiotte, j’avais pas compris.

I : C’est vachement mignon chez vous !

Dr S : Ah ouais ? Ben, on s’en fout, non ? D’autant que c’est pas chez moi. C’est le QG des chasseurs de monstres modernes.

I : Vous avez du goût pour la décoration ! Auriez vous du café, s’il vous plaît ? ou du thé ?

(Il me regarde avec un air très sérieux, il me fait penser à mon père !)

Dr S : Toi, t’es du genre à trop parler, non ? T’es un peu ce genre de femme qui sait pas la boucler cinq minutes ?

I : Excusez moi, c’est juste que j’ai pas mal marché, vous habitez loin du métro, et en plus il pleuvait alors…

Dr S : Oh ! La ferme merdre ! T’as vu l’heure ! Bordel de foutrerie ! D’où tu sors, je viens de me lever, là… Et toi t’arrives avec ta tonne de maquillage pour surprendre qui là ? Les pervers de la ligne 13 qui profitent de l’heure de pointe pour se frotter contre ton épaule ou ce qui serait à hauteur ? Et puis c’est quoi ça ? Une jupe ? Mais merdre, il fait 3°C. Enfin bon, assieds toi et sers toi du kawa.

I : Merci ! Je peux avoir une tasse ou un mug, s’il vous plaît ?

Dr S : Non. Tu bois comme ça, à la cafetière. ça t’apprendra la vie. Au fait, t’as écouté ce que j’ai dit ?

I : De quoi ? A quel sujet ?

Dr S : … Tu es navrante… Ma pauvre fille. T’es aussi navrante que ce film. A propos, on t’as déjà dit que tu ressemblais à du vinaigre ?

I : Ah ah ah ! Vous êtes si drôle ! On peut pas ressembler à du vinaigre ! Bon, je peux avoir un mug ?

Dr S : Diantre. Bon, alors je sens que je dois y aller franco…

(Il s’approche vite de moi, met ses deux mains sur mes genoux et colle presque son visage au mien, pour me dire tout bas à l’oreille des choses que la décence m’interdit de relater ici. Il va se rasseoir, tout sourire. Je veux rentrer chez moi. Il met un CD et nous écoutons en silence.)

Dr S : Bien. Tu auras reconnu la Campanella de Liszt. Alors si je te comparais à du vinaigre, c’est pas pour rien. C’est parce que, indubitablement, tu es de la même trempe que Solomon Kane. Pas le type profond et intéressant qu’a crée Howard, mais le film, réalisé par Michael J. Bassett. J’ai retenu son nom car, outre le fait que ça ressemble à un nom de chien, c’est un nom qu’il faut retenir.

I : Pourquoi ça, docteur ?

Dr S : Parce que je pense qu’on en entendra plus parler, et que ça fait toujours classe de sortir des noms de réalisateurs foupoudav. Ou alors, lors de dîner mondain -par exemple l’année prochaine, si tu n’es pas morte des 5ème et 6ème vague de peste grippale de la muerta del diablo que matar su madre- tu pourras sortir, autour d’une conversation sur les séries : Ah ! S09E07 de 24h a été réalisé par Michael J. Bassett. On peux le remarquer aux scènes tout droit sorties d’une XBOX première génération, ou bien d’une playstation 2. Aussi notera t-on ce fait étonnant, cet usage des scènes épiques à tort et à travers, qui, associé à une musique savamment rythmée par des opossums et des écureuils des Pyrénées, offre un spectacle réjouissant de niaiserie et de clichés.

I : C’était donc un film niais ?

Dr S : Ah, c’était pas un jeu vidéo ? J’avais l’impression de regarder un type balaise jouer à un beat’em all de seconde zone. Non, c’était pas niais. C’était juste inutile. ça se veut Blockbuster, mais bon… C’est un film qui m’a plus fait penser au type, derrière son bureau, à Hollywood, qui ne sait pas trop quoi faire en ce moment, et qui jette un coup d’oeil aux scripts répandus par ci par là dans sa poubelle, et qui dit : tient : allez, au hasard ! Youhou ! Et hop, il nous pioche ce… ce…

I : …Chose ?

Dr S : Ce chose ? « Ce chose » tu proposes ?

I : Cette chose ?

Dr S : Non, non, « ce chose », c’est bien aussi. Mais bon, c’est sûr que Michael peut pas trop se permettre d’aller au devant des maisons de prod et de dire : Tiens man, file-moi le blé, j’ai un navet à réaliser ! et de partir avec des caisses d’états africains, Comme Cameron ou Roland Emmerich. Non, lui, c’est plutôt du genre à aller sonner partout, si bien qu’à certaines, il a envoyé son gosse, qui a réussi à vendre son dernier jeu vidéo. Enfin bon, quand on sait que les 3/4 du budget passent dans la flotte…

I : Qu’est ce que vous voulez dire ?

Dr S : Je sais bien qu’il fait un temps pourri en Angleterre. Mais je savais pas qu’ils avaient droit à la mousson éternelle. C’est simple, il pleut tout le temps. Mais pas la petite pluie, hein, là, c’est carrément un océan qui s’abat sur la gueule de Purefoy quand il -et il le fait souvent- quand il lève les yeux au ciel et qu’il parle, les bras en croix, au « seigneur ». Imagine la scène répétée trois quatre fois, le plan qui s’éloigne peu à peu de Purefoy en tournant légèrement, arrosé d’une musique qui marquerait même pas un trisomique. Ah ça c’est sûr, c’est pas un film écolo. Autant Avatar fait péter le budget du Sierra Leone, autant là, c’est carrément toute l’eau qui tombe sur l’Afrique en un an qui a été pompée. Tout ça pour ce chose. Merdre, combien de pauvres gnous sont morts de soif cette année ?

I : Les pauvres bêtes… C’est affreux.

Dr S : Oui… « James ! fais ta tête de méchant ! »

I : Quoi ? Mais moi c’est Chris…

Dr S : Je te parlais pas à toi… J’imitai Bassett en train de donner des ordres à Purefoy. C’est marrant, d’ailleurs, de prendre un type qui s’appelle Purefoy pour jouer Solomon Kane. Même si le personnage est juste recopié dans les grandes lignes, et encore. Bref, Purefoy a du souvent l’entendre, cet ordre. « Fais ta tête de méchant ! ouais ! Maintenant tu prends ta voix la plus fâchée et tu as l’air menaçant ! ». Bref, tu l’auras compris, ça tourne vite à la performance d’un acteur porno dans Sodomaniac VI.

I : Ah, parce qu’il…

Dr S : Non ! Non, ne dis pas ça ! Ne le dis pas. Voilà. Calme.

I : Mais comment vous savez ce que j’allais dire ?

Dr S : C’est assez transparent. Pour finir, je rajouterai que mêmes les sous titres sont ratés… Si l’on excepte les fautes d’orthographe, on a aussi droit à Solomon écrit avec ou sans « e » à la fin… Il ne devait plus avoir de budget pour le sous-titrage.

I : Donc, pour récapituler, vous ne le recommandez pas ?

Dr S : Si, à ceux qui aiment regarder et admirer quelqu’un jouer à un jeu vidéo. Bon dieu, ils ont même raté le boss de fin, le gros démon. En gros, le Boss de fin, un démon géant, il a été joué par un type habillé en gris avec des bandes bleues, lesquelles ont été remplacées par des images de flammes. Je dirai même qu’ils ont repris les bruitages du Balrog du Seigneur des anneaux pour pas avoir à en faire. Pour le film dans son ensemble… C’est froid, aussi froid qu’un jeu vidéo, du coup, on n’est même pas ému par la mort d’innocents en direct, d’autant que cette scène qui aurait pu être la plus émouvante et profonde du film, se retrouve plongée dans un abysse de nullité par une réalisation catastrophique digne d’un enfant de 8 ans. Enfin, je retiendrai de ce film une chose, il a pourfendu cette maudite pub Nissan que j’ai vu à toutes les séances auxquelles j’assiste depuis un an.

I : Et la critique de Télérama ?

Dr S : J’ose plus.

Solomon Kane

verdict :

211


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