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"Doctor Who" vu du pays des grenouilles

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Les français, ces cartésiens incorrigibles, s'ils aiment bien la Science-Fiction, aiment bien les « Space Opera », avec des vaisseaux spatiaux rutilants se tirant dessus à coups de laser, les fables engagées, mais ont plus de mal avec des histoires un peu plus originales, telle celle de « Doctor Who », dont la nouvelle série diffusée sur France 4 en ce moment (déjà la cinquième saison) ne rencontre pas un public follement enthousiaste, alors que c'est certainement une des oeuvres du genre les plus intéressantes de ces dernières années, moins « bling-bling » que « les Experts », moins « bobo » que « Breaking Bad » ou « Mad Men ».

image du dixième docteur prise ici

On a bien sûr le droit de ne pas aimer « Doctor Who », surtout si l'on est avide de rationnalité, mais on passe à côté de pans entiers de la culture « british », où l'extravagance n'est jamais très loin sous la couche de flegme apparent, loin, bien loin de l'esprit de sérieux et de l'ambiance « chef-d'oeuvre » qui domine dans le domaine de la création en France où n'importe quel écrivaillon, cinéaste de vacances et chanteur de salle de bain, se prend pour celui qui va révolutionner l'art auquel il pense appartenir.

Si la culture « geek » semble à la mode, ce n'est qu'en apparence, car finalement la Science-Fiction reste aux yeux des « grenouilles » que nous sommes pour les anglais un sous-genre pour adolescent attardé, uniquement fait pour divertir.

« Doctor Who » est né en 1963 en Grande Bretagne.

Au départ, il y a surtout le projet d'intéresser les enfants à l'histoire en faisant voyager un personnage loufoque tout au long de l'histoire de l'humanité. Bien vite, le côté didactique et pédagogique appuyé disparaîtra pour ne laisser la place qu'à la Science-Fiction.

C'est une série typiquement anglaise qui a duré jusqu'en 1989.

Le docteur est un « Seigneur du temps » qui voyage dans un vaisseau spatial se déplaçant dans le temps et l'espace, le Tardis (Time And Relative Dimension(s) In Space), un vaisseau à la Lewis Carroll, beaucoup plus grand dedans que de l'extérieur.

Il a volé ce vaisseau, d'ailleurs obsolète, aux dirigeants de sa planète, afin d'aller vivre des aventures ici et là dans l'universe, en particulier sur terre, rencontrant diverses espèces d'extra-terrestres affrontant des adversaires comme « The Master » ou « The Rani », les siluriens, qui habitent au centre de la terre, les cybermen, des cyborgs cruels, et surtout les Daleks, créés par Terry Nation, célèbre scénariste britannique de plusieurs séries, dont « The Avengers » et « Amicalement Vôtre », des robots meurtriers aux allures de salière renversée dont le programme tient en un mot : « Exterminate ».

Le docteur, dont on n'entend jamais le vrai nom, voyage avec des compagnons humains, le plus souvent des jeunes femmes.

Quand le Docteur est sur le point de mourir, il peut se régénérer et devient littéralement une autre personne, ce qui est bien pratique quand l'acteur principal de la série en a assez du rôle, et qui maintient la continuité des 750 épisodes entre eux.

La série originelle souffre de son manque de moyens et des effets spéciaux des plus rudimentaires, des caches contre-caches vidéos faits à la va-vite. Et elle est tournée le plus souvent dans des décors de la BBC interchangeables, on transforme simplement un détail de temps en temps.

Avec le temps, la série a le droit à quelques extérieurs tournés en 16'.

Elle était réputée être un des plus effrayants shows télévisuels, ayant même engendré la création de l'expression « Behind the couch » (derrière le sofa) pour qualifier un film ou un feuilleton faisant peur. Des ligues de protection de l'enfance s'étaient élevés contre sa diffusion, en particulier auprès des enfants.

Il y eut bien une tentative de résurrection en 1996, la régénération d'un huitième docteur avec un téléfilm destiné à conquérir aussi le marché américain. Mais elle se solda par un échec.

Bien que sympathique, l'histoire n'était pas terrible, du fait des aspects un peu trop sentimentaux du scénario, un peu de pleurnicheries, mais cependant une intrigue fantastique qui tenait à peu près la route et des éléments de SF un peu plus adultes qu'à l'accoutumée.

Le feuilleton ne s'arrêta pas complètement pour autant, continuant à la radio, toujours incarné par Paul MacGann, le Docteur du téléfilm, en livres, et un peu plus tard sur Internet avec « The scream of Shalka » où il est joué par Richard E. Grant.

En 2005, un fan de la première heure de la série réussit à monter un projet viable, sans trop d'argent pour le financer, Russel T. Davies, qui convainquit les producteurs sur la foi du succès de sa série précédente, « Queer as folk ». Le Docteur revint donc dans sa neuvième incarnation, très différente des précédentes. Celles-ci avaient toutes un petit côté, « Monsieur Pickwick dans l'espace », ou « John Steed meets Alien », le personnage acquiert une dimension de baroudeur, et est rajeuni. Il est maintenant le seul survivant de sa planète, Gallifrey, et porte le poids de la destruction de celle-ci, dont il est responsable, ainsi que de celle des Daleks, du moins en apparence.

Il garde néanmoins son sens de la dérision, de l'« understatement ».

Il rencontre Rose dans le premier épisode, qui l'accompagnera également dans la deuxième saison, où il est incarné par David Tennant qui devient le dixième Docteur, et certainement le mieux joué avec le onzième, dont le rôle sera dévolu à Matt Smith, un quasi-inconnu, on ne l'avait vu jusque là que dans un film racontant la vie de l'écrivain Christopher Isherwood, diffusé il y a peu sur « Arte ».

Dans la troisième saison, Martha Jones devient la deuxième compagne du Docteur, remplacée dans la quatrième par Donna Noble, qui est moins séduisante que les deux précédentes mais plus drôle. Martha Jones affronte « Le Maître », joué par John Simm qui était dans l'excellent « Life on Mars », avec le Docteur à la fin de la troisième saison, tandis que Donna sauve carrément la réalité même à la fin de la quatrième, non sans dommages comme on le verra dans la cinquième et la sixième saisons (sixième saison actuellement en production).

Karen-Gillan-Amy-Pond-Matt-Smith-Doctor-Who.jpg

onzième docteur ci-contre, image prise ici

A partir de la cinquième saison, et après quelques téléfilms concluant l'histoire autour du dixième docteur (dont un au sujet du Maître, toujours incarné ), le « showrunner », qui donne une personnalité à une série, devient Steven Moffat, scénariste de deux épisodes remarquables de la troisième saison, « Don't Blink », à l'horreur diffuse et à l'ambiance complètement paranoïaque, autour de statues maléfiques, et de la quatrième saison, « Silence in the Library », un épisode qui va jusqu'au bout des possibilités scénaristiques complètement délirantes qu'offre la série puisque le Docteur y rencontre, pour la dernière fois pour elle, la première pour lui, un personnage qu'il ne connaît pas encore, River Song, mais qui elle semble l'avoir déjà cotoyé et qui en sait long sur lui. Dans la cinquième saison, on retiendra son scénario autour des côtés sombres du Docteur avec l'épisode, « le Seigneur des Rêves ».

Steven Moffat, scénariste du prochain "Tintin" au cinéma par Spielberg et Peter Jackson est également l'auteur d'une excellente réinterprétation moderne de l'histoire du Docteur Jekyll et de Mister Hyde, et de celle de Sherlock Holmes dont on pouvait tout craindre alors qu'elle se révèle excellente. Gràce à lui, un des scénarios de la sixième saison sera écrit par Neil Gaiman, excellent écrivain de Science-Fiction.

par Amaury Watremez (son site) vendredi 11 mars 2011 - 31 réactions
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