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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Dog Pound » : ça cogne, et après ?

« Dog Pound » : ça cogne, et après ?

Des adolescents enragés, en rupture avec la société (vol de voitures, agression, trafic de drogue), intègrent un centre de détention yankee pour mineurs. Là-bas, à coup de remise au pas et d’atelier psychologique, la machine carcérale tente de les remettre dans le droit chemin. 

Dog Pound* : en gros, le mec, Kim Chapiron, il est burné. Il sait filmer les ados violents qu’on case dans une « fourrière » pour éviter la casse au dehors. C’est mieux que Sheitan me direz-vous, mais ce n’est pas très difficile tout de même ! C’est même bien joué : les acteurs sont crédibles, surtout les adolescents destructeurs ; moins les matons, notamment celui qui commet la bavure de tuer un môme pour un dessin érotique tracé sur un mur. Il est par moments - et bizarrement plus le film avance - dans le sous-jeu, voire dans une transparence de je(u) confinant à l’oubli, dommage. On est très loin du sergent Hartman du Parris Island (1987) de Stanley Kubrick. Comment dire... Dog Pound, c’est bien fait, bien réalisé, bien interprété (pas de Vinz’Cassel pour surjouer la caillera, ouf !), et bien (trop ?) sonorisé - avec effets surround en veux-tu en voilà pour impressionner le chaland. On a bien assimilé les leçons de films de zonzon US : rétention vaut mieux que monstration, nombreuses plongées pour signifier le poids du destin, musique folk en contrepoint de scènes brutes de décoffrage, acteurs en mode underacting sauf à la fin où ça (sur)explose. Ca le fait, donc : Chapiron maintient le cap, ne se perd pas en route ; du 2,5 sur 5 pour moi.

Pour parodier Godard écornant autrefois un faiseur à l’américaine comme Kassovitz, on peut dire : « Chapiron en a rêvé, Sony l’a fait. » Ca fait un peu ça Dog Pound. Surtout au final, où le film ne décolle pas vraiment, et semble un peu vain. On ne peut s’empêcher de se dire : tout ça pour ça  ? Pour quoi ? Pour dénoncer le système carcéral (la reconduite des gangs au sein de la prison) ? La lobotomisation des djeun’s trop livrés à eux-mêmes ? L’hypocrisie sociale et le renoncement des figures d’autorité (parents, profs, flics, éducateurs...) face à la délinquance juvénile ? A force d’accumuler des « plans ouverts », et une « fin ouverte » qui voudrait en dire long, le jeune réalisateur semble ne pas vraiment faire de choix ; ce qui le condamne trop au surplace. La forme est là (on lorgne du côté de Full Metal Jacket pour montrer la volonté de mettre au pas les djeun’s et du côté d’Un Prophète pour faire naturaliste), mais le fond s’enlise dans le bug, la répétition du même : jeunes boutonneux bornés, matons aboyeurs têtus, caméra clinique obstinée. On sort de là en se disant « Kim Chapiron sait filmer », mais est-ce qu’il sait raconter une histoire qui développe un propos fort : par exemple une réflexion poussée sur l’ultra violence du monde contemporain ? Sur les diktats sociétaux ? Sur la prison comme vase clos (cf. Surveiller et punir, etc.) ? Hélas, pas vraiment. Sous ses airs de mise en scène hyper burnée et de film coup de poing (à l’image d’un titre vidéo-ludique ou rap qui cogne - Dog Pooouunnd !), on reste dans un filmage… light qui ne dit rien d’autre que ce qu’il est : « Je suis une caméra qui sait filmer ». Point barre. Certes, c’est déjà ça. Toutefois, d’un cinéaste, on attend si possible un œil, mais également et surtout un regard. A l’instar du Steve McQueen de Hunger ou du Kubrick de Full Metal Jacket. Bref, à la pâle copie d’un bon élève, si talentueux soit-il, je préfère l’original signé par un maître.

* Au cinéma (Interdit aux moins de 12 ans) depuis le 23 juin 2010. 

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4 réactions à cet article    


  • Lisa SION 2 Lisa SION 2 7 juillet 2010 10:38

    Bonjour,

    avec la crise, Hollywood se régale. Tous les jours, des quantités de faits divers tous aussi sordides les uns que les autres, et dont sont friands les gens qui s’ennuient devant la télé, qu’ils boudent à treize heures pour écouter « café crime » sur E1, puis font leur sieste au jardin avec le dernier « détective »...

    Tu veux devenir célèbre, avoir un livre, une émission radio, puis un film sur ton histoire ? Tu veux qu’on parle de toi à la télé et être célèbre dans le monde entier, sur toutes les ondes, zyva mon pote, sois le plus dur des aigles de la route, le plus vaillant des insoumis, le plus rebelle et tais toi !


    • samir 7 juillet 2010 11:46

      C’est assez bien resumé


      Kim Chapiron est une calamité. Et un imposteur. Pendant des années, il a bricolé des courts-métrages avec son pote Romain Gavras, au sein du collectif Kourtrajmé. Des trucs potaches, pas vraiment drôles, censés refléter la banlieue. Car, attention, Chapiron, c’est la voix de la cité, coco. C’est d’autant plus marrant que Chapiron et Gavras tentent de se faire passer pour des lascars alors que ce sont de vrais fils à papa (Chapiron est le fils de l’artiste punk Kiki Picasso).

      En 2006, Chapiron passe au long-métrage avec Sheitan, un truc laid, misogyne, vaguement raciste, avec Vincent Cassel en paysan débile. Le niveau zéro du cinéma. On croyait Chapiron – qui découvrait qu’il faut mettre de la pellicule dans le magasin de la caméra (véridique !) – définitivement cramé mais voici qu’il rebondit avec un second film, tourné aux États- Unis.

      L’histoire de trois délinquants de 15 à 17 ans envoyés dans une prison pour mineurs.

      Avant de voir le film, j’imaginais des bastons, des viols, des émeutes.

      À l’écran, Chapiron nous offre quoi ? Des bastons complaisantes, un viol et une émeute. C’est tout, et c’est censé faire un film !

      À l’origine, Dog Pound est une commande d’un producteur de pub qui venait d’acquérir les droits de Scum, une plongée dans l’enfer carcéral signée du Britannique Alan Clarke, en 1979. Ce film immense, insoutenable, Chapiron a tenté de le décalquer. Scum était ultraviolent, mais c’était une métaphore politique et un constat désespéré sur la nature humaine.

      Rien de cela dans le film putassier de Chapiron, qui ne s’intéresse qu’aux bastons. Le scénario tient sur le string de Lindsay Lohan, et les jeunes héros du film, dénués de toute psychologie, et donc d’humanité, ne sont que des animaux (c’est dans le titre), des stéréotypes : le latino, le très méchant, la victime, l’énervé…

      Chapiron ne dénonce rien ; pis, il ne dit rien. Il cherche à choquer le bourgeois et, après, démerdez-vous pour trouver du sens à tout ça. Vous avez dit irresponsable ? Kim, fais-nous une fleur : mets-toi au point de croix et, de grâce, arrête le cinéma !

      source : backchich


      • jakback jakback 11 juillet 2010 11:52

        @samir,
         Bien vu, et analyser, cela dit si la situation en France est de plus en plus délétère, c’est parce que ceux qui nous perlent de Banlieue, Ghetto, Mixité Sociale ect..., sont principalement ceux qui sont nés avec une cuillère dorée en dans le bouche, en mission pour préserver leurs privilèges.
        Ils nous vendent la culture mainstream comme remède a tout nos maux, exigent du peuple de vivre, ce qu’ils refusent pour eux même.
        En schématisant les maîtres de forges en accord avec la gauche la plus révolutionnaire ( longtemps le PC ) se sont distribués es rôles, nous créons une immigration irraisonnable, excellente pour nos profits, vous créez des ghettos ou vous la parquée sous prétextes de la défendre, tout le monde y trouve son compte, sauf le citoyen Français lambda que l’on veut réduire a la portion congrue.
        Leur réussite est proche, a moins que, mais cela est une autre histoire


      • COVADONGA722 COVADONGA722 12 juillet 2010 09:25

        @Samir , yep rien à redire de votre analyse .

        jeu set et match !

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