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« Dostoïevski » en tournée « Karamazov » sur rails cadencés « Bellorini »

Jean Bellorini, nommé à la tête du Centre dramatique national de Saint-Denis depuis trois ans, voit grand et ne craint pas de pourfendre des œuvres littéraires magistrales.

Après avoir subjugué le public avec sa fougueuse "Tempête sous un crâne" d'après les Misérables, il réitère avec la même troupe de comédiens qui l'accompagnent depuis le début dont Camille de la Guillonière qui nous avait complètement éblouis.

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KARAMAZOV
© Theothea.com

C'est avec sa complicité que tous deux ont adapté, cette fois-ci, un monument de la littérature russe, les Frères Karamazov de Fédor Dostoïevski. Le metteur en scène en a tiré un spectacle palpitant et dense de près de 5 heures intitulé "Karamazov". Passé à Avignon dans le cadre pittoresque de la carrière Boulbon, l'été dernier, il a retrouvé le chemin du TGP jusqu'à fin janvier avant de poursuivre sa tournée.

En ouverture, travesti en femme, Camille de la Guillonière apostrophe le public pour résumer de façon cocasse et épique les personnages et les situations. C'est en quelque sorte le coryphée, incursion d'une figure du théâtre grec dans cette histoire profondément russe qui va débuter par un chœur d'acteurs musiciens - en fait la distribution complète - entonnant un magnifique chant terriblement poignant. 

Tout au cours de cette saga, la bande se reformera régulièrement pour chanter ensemble et même jouer en fanfare. La datcha abrite le pianiste Michalis Boliakis et Benoît Prisset à la batterie qui nous offriront aussi bien du Tchaïkovski que des morceaux contemporains et une version très réussie de "Tombe la neige" d'Adamo.

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KARAMAZOV
© Theothea.com

Dans un décor mobile avec plateaux et deux petites cages de verre circulant sur des rails, toute la place jusque sur le toit de l'isba est laissée aux acteurs en contact permanent avec le public, le prenant à bras le corps pour le conduire à travers les arcanes abyssaux du roman racontant une terrifiante histoire de famille, celle d'un père et ses fils en révolte contre lui. 

Fiodor Pavlovitch, hobereau sans scrupules, représente une sorte de mal incarné, avare, buveur, dépravé, joué idéalement par Jacques Hadjaje, excellent dans l'outrance et l'excès, cynique et veule à souhait. Ses trois fils légitimes, nés de mères négligées, trompées et mortes ont été élevés par d’autres et le quatrième, bâtard, est traité en vil serviteur.

Tout tourne autour de ce père détesté qui sera finalement assassiné. La tragédie du parricide représente exactement le contraire de l'idée, où, loin de racheter les fautes de leur père, les fils Karamazov deviennent acteurs, sinon complices de son meurtre.

Dimitri, le fils aîné, tiraillé entre vice et vertu, obnubilé par les femmes et l'argent, violent, possède aussi une âme sensible au fond de lui-même et ouverte à la purification par la souffrance. Ici, Jean-Christophe Folly lui insuffle une impressionnante présence.

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KARAMAZOV
© Pascal Victor/ArtcomPress

Ivan, l'intellectuel de la famille, solitaire, est un idéaliste qui n'accepte pas le monde tel qu'il est. Il voue à son père une haine jamais clairement exprimée. Interprété par un Geoffroy Rondeau vibrant, il a la lourde tâche de développer le long monologue de l'Inquisiteur, récit contre le retour du Christ, exposant la thèse selon laquelle, en laissant l'homme libre de choisir de croire ou non, il s'est trompé sur la nature humaine et a rendu l'homme malheureux. Cette tirade assez ardue de près d'une demi-heure crée un espace-temps qui brise l'élan ardent de la pièce.

Aliocha, le cadet, incarne l'espoir que seul le retour à Dieu peut sauver l'humanité. Ici, François Deblock, longue figure pâle et fragile, aux cheveux peroxydés, dans son long manteau rouge (costumes de Macha Makeïeff), fait penser au petit Prince, naïf et doux rêveur, se déplaçant tel un funambule prêt à "purifier" le monde.

Reste Smerdiakov, le bâtard épileptique, assoiffé de vengeance. Marc Plas y apporte toute la veulerie conforme au personnage.

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KARAMAZOV
© Pascal Victor/ArtcomPress

La trame policière construite, la quatrième partie résoudra finalement la question de celui qui a tué. Smerdiakov se révèle dans les faits être le coupable. Il est celui qui porte au plus haut la tare contenue dans le père. Ivan est, quant à lui, un assassin potentiel miné par le désir de tuer le père qu'il méprisait. Mais c’est Dimitri qui sera jugé et condamné.

Tous les comédiens épousent avec une énergie communicative les affres, les contradictions, les tourments de l'âme humaine, les tentations, la lutte incessante entre le bien et le mal. Ainsi également des personnages féminins, Clara Mayer, lumineuse Grouchenka, jeune femme de bon plaisir qui aime et a été abandonnée ou Karyll Elgrichi, la sombre Katerina, en position sacrificielle, qui aime souffrir à ne pas être aimée.

Il est impossible de ne pas se laisser emporter par cette impétueuse troupe d’un style apparenté à celle d’ "Ariane Mnouchkine" menée par un chef d'orchestre qui, mêlant musique et chants à la parole, dirige à une cadence vertigineuse la langue polyphonique et lyrique de Dostoïevski.

 

photos 1,2 & 5 © Theothea.com

photos 3 & 4 © Pascal Victor/ArtcomPress

 

KARAMAZOV - ***. Cat'S / Theothea.com - d'après Fédor Dostoïevski - mise en scène Jean Bellorini - avec Michalis Boliakis, François Deblock, Mathieu Delmonté, Karyll Elgrichi, Jean-Christophe Folly, Jules Garreau, Camille de La Guillonnière, Jacques Hadjaje, Blanche Leleu, Clara Mayer, Teddy Melis, Marc Plas, Benoit Prisset, Geoffroy Rondeau et un enfant - En tournée 16-17 ( notamment en région parisienne : TGP, Maison des Arts Creteil, Théâtre Firmin Gémier )

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KARAMAZOV
© Theothea.com

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2 réactions à cet article    


  •  
     
    Les frères Kamarazov ne peuvent être compris pas des bobo gogochos pour 2 raisons au moins :
     
    Langue trop complexe, pour lécheuses sexialistes
     
    Naïade Vagino Bécassine fait 2 fautes en 3 lignes quand elle gribouille 
     
     
    La dialectique du frère aîné et du cadet est théologique, pourquoi le mal : le libre arbitre et la nécessité de la souffrance comme don à Dieu pour sa propre vergogne (qui est la pudeur virginale)
     
     
     
    « Zurvan le dieu du temps a douté du sacrifice des pythécanthropes. Ainsi naquirent les dieux jumeaux Ahuza Mazda et Ahriman, le bien et le mal. Et Zarathoustra fût le prêtre de l’Avesta »
    Le chat Schrödinger

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