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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Drame à la plage !

Drame à la plage !

Pendant les vacances d'été, les bords de mer sableux sont envahis par les baigneurs qui viennent profiter du farniente, de la mer et du soleil. Très souvent, les plagistes leur offrent tout ce qui peut favoriser le farniente et les éloigner du soleil et de la mer, pour en tirer quelque profit : chaises longues et parasols pour abriter du soleil, musique pour éloigner le bruit de la mer, nourriture et boissons fraîches ou chaudes... avec l'aide de marchands ambulants qui proposent, chapeaux, lunettes de soleil, verroteries, étoffes, inutiles et indispensables...

Sur ces plages occupées, des espaces sont autorisés en libre accès, gratuits, quelquefois éloignés, bien encadrés, bordés d'un coté par les parasols orange, de l'autre par les parasols mauves et surplombés, derrière, par les indispensables distributeurs de frites et de glaces... Dans ces espaces libres, peuvent se regrouper, souvent s'entasser ceux qui ne veulent que le contact du sable, du soleil et du sel de la mer...

A la plage, le baigneur est un spectateur-acteur, face au double écran bleu infini, de la mer et du ciel, intégré à la distribution, directement incorporé à l'étendue de sable. Spectateur-acteur, regardant-regardé.

Tout a commencé sur cette petite plage publique, libre mais encastrée. Ils sont arrivés, tous les deux, à la chaleur naissante de la matinée, alors que le soleil était déjà haut mais la plage presque vide et encore fraîche de la nuit.

 

Le sable n'était pas brûlant comme il peut l'être. Il se souvenait de la tempête de la veille et sentait le petit vent qui venait de la mer. Le couple s'est installé, non loin d'un radeau de sauvetage qui semblait abandonné et d'un demi parasol délavé, oublié.
Après avoir étalé une grande serviette de bain, rouge, délimitant l'espace réservé, l'homme, d'une âge certain, s'éloigne vers la mer. Tâte l'eau du gros orteil gauche. Et s'enfonce lentement pour prendre un bain. Puis la femme.
Ils échangent des mots banals, sur la température de l'eau qui fait toujours hésiter, au premier contact, et qui devient accueillante au bout de quelques minutes. Qui glisse, veloutée, comme une deuxième peau. Qui devient tiède à la sortie du bain, à l'approche du bord.

La mer est calme, la pente lente du sol sableux permet une adaptation progressive à la température de l'eau. L'homme pense, qu'avec l'âge, il a renoncé à courir pour s'éclabousser et plonger une tête. Pourtant, il sait que la pénétration rapide, sautillante par dessus les vagues, permet une adaptation tout aussi rapide et plus joyeuse.

Maintenant, tous deux, revenus du bain, se sèchent au soleil, rafraîchissant. L'homme à demi allongé, la tête sur les genoux de sa compagne. Les yeux mi-clos. Sans un mot. Sans une pensée. Abandonnés au soleil et au petit air marin.

Quand ils ouvrent à nouveau les yeux, ils prennent conscience de l'existence de baigneurs sur la plage, qui n'étaient pas là, qu'ils n'ont ni vus, ni entendus arriver, s'installer avec leur équipement de survie. Plus ou moins semblable à celui des installations commerciales mais hétéroclite.

Une jeune blonde semble tout absorbée par le livre qu'elle a sous les yeux. Mais ce qui frappe, c'est la beauté de sa silhouette émergeant du sable, qui fixe les regards sur deux magnifiques rondeurs, déjà uniformément brunes, étincelantes d'huile qui semblent dialoguer directement avec le soleil. Son maillot, très discrètement dissimulé, probablement pour ne pas être décoloré par l'effet de l'eau de mer, des rayons du soleil et des regards, permet d'en saisir leur plénitude épanouie.
Bijou inattendu, incongru sur cette plage, image à faire rougir, verdir, pâlir successivement ou tout à la fois, de honte, de jalousie, de colère peut-être même d'envie une star sortant de l'eau dans les Caraïbes ! Ou étendue sur une terrasse de la Côte amalfitaine !

Plus en arrière, une petite famille vient d'arriver. Leur blancheur en témoigne, c'est leur premier jour sur la plage. Ils ne doivent pas y venir souvent. Ils ont cependant l'équipement conforme qu'ils manipulent de façon peu habile. Ils tentent, difficilement, d'installer un parasol. Qui menace de s'envoler ou, au moins, de se renverser au moindre souffle de vent. L'un creuse pour le fixer solidement. L'autre le leste d'un sac. Le troisième le retient. Mais le parasol ploie sous le poids du sac. Et tout est à refaire. Avant le coucher du soleil, chacun jouant son rôle, ils pourront probablement louer l'ombre de leur parasol à un baigneur dépourvu...

De l'autre coté, un groupe d'une vingtaine de personnes, encore plus important par son poids, trois générations d'habitués, tous bien brunis, les plus vieux barbus ou moustachus, hommes et femme plus que corpulents, s'est étalé avec parasols, fauteuils, cantine, musique et voix envahissantes qui permettent à ceux qui le veulent, de participer aux conversations et obligent les autres à les subir avant que la nourriture déballée ne les interrompe, pour un moment. Seuls continuent les cris des enfants qui vont transformer le radeau de sauvetage en char d'assaut, château-fort ou plongeoir sur le sable...

Mais, tout à coup, un groupe apparaît à tous. Qui s'est installé discrètement. Profitant de la distraction des uns et des autres. Le mâle dominant, au visage poupin, mangé par une chevelure et une barbe, hirsutes, blanches, lui donnant un âge de trente à quarante ans. Malgré l'abondante pilosité désordonnée, sa tête paraît ridiculement petite sur un corps énorme : une poitrine pendante recouvre un abdomen qui, lui-même, recouvre ses cuisses, cachant un maillot noir, seulement visible «  à l'arrière ». A lui-seul pesant probablement deux fois plus que les deux femmes et les deux enfants qui l'accompagnent.

Peut-être est-il le frère ou l'époux invraisemblable de l'une des deux jeunes femmes. Tant elles sont frêles à coté de lui. Et le père des deux enfants, de 5 et 7 ans, qui jouent avec le sable mouillé à faire un château, qui courent à l'eau, reviennent aussitôt...

Mais sont-ils des enfants ? Par l'âge apparent, ils ne sont pas des jumeaux même s'ils se ressemblent beaucoup. Ils semblent avoir été fabriqués et équipés, en série, par les mêmes machines : lunettes de vue, aux verres épais, casquette rivée sur la tête, visière sur la nuque... et vêtus de ce qui peut-être interprété comme un gilet de sauvetage, alors qu'ils ne vont jamais à l'eau, mais qui évoque plus un gilet pare balles, carré, épais devant, épais derrière, des épaules aux genoux, d'où sortent deux petites jambes blanches qui s'agitent mécaniquement comme les pédales d'une bicyclette...

Quand il revient, le monstrueux baigneur, apparemment balourd, s'empare, avec une force et une agilité insoupçonnées des deux enfants et se met à jongler avec eux, malgré leurs cris d’effroi, de douleur, malgré les deux jeunes femmes qui l'implorent d'arrêter, qui essaient de s'interposer... Les enfants passent d'une poigne à l'autre, sont jetés en l'air et repris par le jongleur fou. De plus en plus haut, de plus en plus vite, les lunettes volent et les casquettes...

Les baigneurs, interloqués, se sont dressés, des cris fusent, des sanglots éclatent mais nul n'a le courage d'intervenir face à cette force, agitée, habile.

Soudain, une explosion, venue on ne sait d'où ? De la mer ? De la plage ? Du ciel ? Déchiquette monstre, femmes, enfants dans un geyser de sang qui s'étale sur la plage.

La panique soulève la plage. Chacun part avec les siens. Court avec ses affaires. Crie, pleure. Se disperse.

En quelques minutes, la scène est vide. Sur la plage, quelques restes ensanglantés. Une large tache brune sur le sable. Le vieux morceau de parasol. Le radeau de sauvetage. Un fauteuil de plage renversé. Des bouteilles éparses. Un parasol ouvert qui résiste maintenant avec courage au vent qui se lève.

Et le ciel bleu sur une mer bleu plus sombre, étale. Indifférents.


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3 réactions à cet article    


  • bernard29 bernard29 13 juillet 2015 18:12

    Est-ce que Robert GIL vous a piqué votre illustration ? 


    • Paul ORIOL 13 juillet 2015 18:31

      Bonjour,
      Je ne vois pas à quoi vous faites allusion...
      Paul


      • Le p’tit Charles 14 juillet 2015 07:59

        ben..les « Fous » de dieu ont aussi le droit d’aller se baigner..mais en faisant des victimes uniquement.. !

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