• vendredi 10 février 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Droit de préférence : abusif dans le cadre de l’édition (...)
10%
D'accord avec l'article ?
 
90%
(10 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Droit de préférence : abusif dans le cadre de l’édition numérique

Si le droit de préférence, clause de priorité portant sur les prochains ouvrages d’un auteur, apparaît comme abusif dans le cadre de l’édition numérique, ou édition à petits tirages, c’est tout simplement qu’il n’a pas été conçu pour ce mode particulier d’édition que permettent les nouvelles technologies d’impression. Pourquoi les éditeurs ont-ils recours au droit de préférence ? Pourquoi celui-ci est-il beaucoup plus adapté à l’édition faisant appel à des investissements plus lourds, et notamment la technologie offset d’impression ? Explications.

Les éditeurs ont parfois recours au pacte de préférence, pour un à cinq ouvrages au maximum, entendant ainsi ne pas se faire ravir un auteur qui connaîtrait le succès par une maison d’édition rivale aux moyens plus puissants, susceptible de proposer un contrat ou des à-valoirs (avances sur les droits d’auteur) séduisants à cet écrivain ayant trouvé son public. En effet, pour un petit éditeur ayant décidé de faire une mise en place des ouvrages de l’auteur conséquente en librairie, c’est à dire lui garantissant une véritable exploitation dans les points de vente, l’investissement va sans problème atteindre plusieurs milliers d’euros. "Mise en place conséquente ?" Une mise en place de combien d’ouvrages au fait ?

Eh bien en 2004, d’après le Centre national du livre, on recensait 2500 à 3000 points de vente qui avaient le livre pour activité principale. Même si le nombre de points de vente a diminué, il faudrait donc au bas mot une mise en place dans ces points de vente de 2000 exemplaires pour assurer une véritable exploitation au livre. Ce tirage très important requiert donc un investissement à la hauteur, et ce, d’autant plus si l’on prend en compte les frais annexes de stockage des livres, les frais de distribution et de retours de libraires, et les frais de promotion. On comprend mieux qu’avec de tels investissements, un éditeur soit en droit d’essayer de s’assurer une certaine continuité de travail avec son auteur. Et d’inclure un pacte de préférence au contrat qu’il lui fait signer.
 
 

Une imprimerie offset

Avec l’"édition numérique", on change radicalement d’échelle, puisqu’il s’agit d’éditer des livres à petits tirages à l’aide de la technologie numérique, qui se rapproche de celle des photocopieuses en plus perfectionnée. Les tirages vont entre 1 et 1000 exemplaires. A partir de 1000 livres et plus, c’est l’impression en offset qui va être privilégiée. Un éditeur utilisant la technologie numérique va le plus souvent opter pour des tirages réduits de 50, 100 ou 200 exemplaires, dans le but bien sûr de minimiser le risque financier.
 
 
 
Une imprimerie numérique

Pour savoir si le droit de préférence est adapté à l’édition numérique, faisons un petit calcul. Si l’éditeur assume un tirage de 100 exemplaires, cela va lui revenir à 4 à 5 euros pour un ouvrage de 200 pages, et cela peut même monter à 7 euros l’exemplaire si l’ouvrage fait environ 400 pages. Donc un investissement, disons de 700 euros. A cela peuvent s’ajouter des frais annexes : frais de référencement du livre chez Dilicom, la base de données des libraires, par exemple, frais de promotion. Il sera rare, toutefois, que l’investissement de l’éditeur excède un SMIC mensuel. Maintenant, prenons l’auteur auquel on va demander de s’engager sur, par exemple, ses trois prochains exemplaires. Le travail sur ces trois exemplaires sera très rarement inférieur à un an, et cela peut demander beaucoup plus selon les auteurs. Donc en échange d’un investissement d’un SMIC mensuel, cet auteur garantirait à un éditeur le fruit de plus d’un an de travail  ? Et n’oublions pas que les perspectives de vente seront évidemment limitées puisque le livre ne pourra être présent dans tous les points de vente.

En conséquence, l’application d’un droit de préférence pour l’édition numérique semble tout sauf équitable. On peut même parler d’une clause abusive du contrat, puisque c’est une clause empruntée à un mode d’édition se faisant sur une bien plus grande échelle.

La même chose peut être affirmée, et avec plus de force encore, concernant la cession des droits, qui ne devra jamais être dans l’édition numérique "tout le temps que durera la propriété littéraire de l’auteur", c’est à dire à vie plus 70 ans, mais de préférence pour une durée ne devant pas dépasser, à mon avis, 5 ans renouvelable tacitement.

Marc Autret, l’auteur de 150 questions sur l’édition, a une position claire à ce sujet : l’édition numérique est un univers où les parties devraient toujours se garantir mutuellement contre des contrats aliénants et longue durée. Il faudrait, bien au contraire, privilégier la flexibilité maximale. Cela n’empêche pas un contrat d’être précis et bien balisé.

J’ajouterais qu’à partir du moment où les enjeux financiers demeurent restreints, il paraît naturel que ce soient des liens de confiance réciproques qui animent les deux parties, beaucoup plus qu’un contrat. Si l’éditeur fait son travail de conception de l’objet-livre, direction littéraire, promotion et mise en valeur dans les salons, il n’y a pas de raisons que l’auteur ne lui accorde pas sa confiance pour un autre livre à l’avenir. Ce n’est qu’un avis personnel, bien sûr.
par Emmanuel Guillot (son site) vendredi 7 août 2009 - 14 réactions
yahoo
10%
D'accord avec l'article ?
 
90%
(10 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par jocelyne (xxx.xxx.xxx.55) 7 août 2009 17:05

    Bonjour Objectif, non ce ne sera pas pour demain la librairie qui imprime le livre à la commande.

    C’est techniquement réalisable et il existe déja cela sur le web mais l’investissement est très hors de portée de la librairie. ce créneau a déja été pris par des groupes comme Socprest ( Dassault) et certains imprimeurs Offset qui veuelent aussi racler le petit volume.

    Il faut compter pour un tirage à 1000 ou un peu plus :

    1) deux grosses imprimantes classiques N&B (300.000 euros plus la climat et les choses à côté .

    2) des installations pour mettre en livre (plus chères que les imprimantes et nécessitant du personnel technique bien formé et motivé)

    3) des serveurset compétences qui vont avec 

    4) la même chose mais moins puissante pour imprimer les couvertures généralement en couleur.

     

    Par contre l’impression numérique est irremplaçable pour les "livres" juridiques/techniques à abonnement pour lesquels il ne faut imprimer que quelques feuillets à très fort tirage mais ou le gravage d’une plque offset n’est pas justifiée.

  • Par Pierre-Alexandre Xavier (xxx.xxx.xxx.51) 10 août 2009 11:22
    Pierre-Alexandre Xavier

    Votre vision est effectivement intéressante et confirme la tendance à la convergence entre les différentes composantes du livre. Cependant, je met un bémol à votre enthousiasme.

    Les auteurs ont certes l’envie d’émancipation et de reconnaissance, mais ils sont également tiraillés par l’envie de ne pas être entraînés dans les complexités de l’édition à proprement dites. La plupart des auteurs que j’ai rencontré ou fait travaillé étaient essentiellement obsédés par deux choses : le pourcentage de droits d’auteurs qu’ils/elles allaient toucher et le montant de l’avance qu’ils/elles recevoir tout de suite. Le reste : contrats, délais, échéanciers, promo, diffusion, distribution, etc. ne les intéressaient d’autant pas que c’est une plomberie aux antipodes des préoccupations d’écrivain.

    Reste le libraire comme éditeur. Je vous rappelle que la plupart des maisons d’éditions actuelles ont commencer comme librairies. Et encore aujourd’hui, certaines ont conservé par tradition leurs librairies. Le problème qui se pose pour le libraire est l’incompatibilité de son fonctionnement actuel de simple détaillant-conseil avec une activité d’éditeur. Et cela ne se limite pas à des considérations de métier mais s’étend à des possibilités d’investissement annuel, puis d’exposition dans un marché saturé.

    Alors, les libraires vont-ils se lancer dans l’édition numérique ? A l’exception de très grandes librairies (Sauramps, Furet...), personne n’aura les reins suffisamment solides pour investir, développer une collection étoffée et devenir concurrent direct de ses propres fournisseurs... Car c’est là le dernier point. L’édition numérique, que les anglo-saxons appellent Small print, n’est pas un segment périphérique pour les innombrables maisons d’édition françaises (y compris celles qui sont rattachées à de grands groupes). Donc si les libraires les plus puissants s’équipent et développent une activité d’éditeur, ce sera au détriment d’autres éditeurs et d’autres acteurs de cette même spécificité. C’est le serpent qui se mord la queue.

    Dernier point, les éditeurs seront-ils enclins à abandonner la manne extraordinaire que représente les 70 ans de propriété intellectuelle après la mort de l’auteur ? Jamais de la vie. Du moins pas en France, où la majorité des auteurs sont auteurs à temps partiel, complètement désorganisés et fédérés dans des sociétés d’auteurs qui empochent des sommes considérables sans rendre aucun service à la plus grande part de leurs sociétaires. La propriété littéraire actuelle ainsi que le droit de préférence ne sont pas seulement des garanties de profit relatives à l’investissement. Elles sont aussi des mécanismes économiques permettant d’assimiler les œuvres à des marchandises et ainsi de consolider un stock. L’abandon des clauses de préférences et de l’allongement de la propriété intellectuelle signifie une perte sèche pour la plupart des éditeurs actuels. Et envisager une contractualisation à deux vitesses (avec une part des auteurs au régime précédent et l’autre part à 5 ans renouvelables) est parfaitement improbable.

    Pour réaliser votre projet, il faudra réunir les conditions suivantes :
    — Fédérer les auteurs en syndicats de type américain totalement indépendants afin de disposer d’un authentique levier face aux éditeurs.
    — Compenser les éditeurs sur une période de 15 à 20 ans avant de passer à une nouvelle législation sur les droits d’auteurs, tout en autorisant les contrats à faire varier la période de propriété à la faveur de la négociation entre les parties.
    — Sortir des mécanismes actuels de distribution (offices, retours, crédits, etc.) et permettra ainsi aux libraires d’investir dans l’édition de niche.
    — Compenser les imprimeurs sur une période de 10 à 15 ans afin d’opérer la transition vers l’impression numérique, permettre aux fabricants d’optimiser leurs productions et réduire les coûts d’investissement par un surcroit de commande.
    Faute de pouvoir mener une telle politique, ce sera la foire d’empoigne. Les initiatives locales resteront marginales. Les gros continueront de s’entretuer comme ils le font aujourd’hui (lire Livre numérique : la guerre des marchands, le silence des éditeurs...) et les victimes collatérales seront légions dans toutes les articulations de la chaîne du livre...

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Sondage

Pour quel candidat pensez-vous voter à l’élection présidentielle de 2012 ?


Voter

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox