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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Du cinéma, de la critique et de l’adrénaline...

Du cinéma, de la critique et de l’adrénaline...

Qui réuni, sur Allociné, trente trois critiques louangeuses, dityrambes inouïes, avec une moyenne de 4,5 sur 5 dont vingt et une avec 5 étoiles sur cinq (regroupant – entre autres : Charlie-Hebdo, Elle, Le Parisien, l’Humanité, Marianne, Libé., Télérama, Télé 7 jours…) ???

Pensez vous que ce soit le « Dictateur » de Chaplin, un film de Bunuel, de Kubrick, de Renoir ?

Que non point !

Non ces auteurs ne sont évidemment plus notés par la critique…Ils sont, ou trop anciens, ou trop talentueux…

Et assez peu appréciés par le public... Ils n’atteignent jamais les cinquante pour cent de 5/5….

Le public ?

Regardons à nouveau sur Allociné pour ce même film…

Huummm ! 1518 avis, sur 3345, attribuent les cinq étoiles gagnantes au même film…

Soit, tout de même,un peu moins de la moitié…

Ah !Ah ! Ah ! Tiens donc, les critiques professionnels sont en proportion plus élogieux que le public…

Bon…

Je ne vous donne toujours pas le nom de cet artiste prestigieux !

 vache-et-le-prisonnier-04-g

Passons à d’autres indices….

C’est un mec qui a dit : « La violence c’est si bon parce que c’est la forme la plus plaisante de spectacle. D’ailleurs ce que l’on cherche toujours c’est de voir un mec qui saigne comme un porc qu’on égorge »

Autre réflexion troublante  : « Avec le gore, je me sens comme un chef d'orchestre et le public réagit à mes instruments. Si un mec se fait tirer dessus au niveau de l'estomac, il saigne comme un porc et c'est ce que je veux voir. Pas un gars avec une légère douleur et un petit point rouge. »

Et de répéter : « La violence est la meilleure forme d’excitation au cinéma, c’est la plus grande attraction. Et je suis un grand fan d’action et de violence au cinéma » Il poursuit  : « C’est d’ailleurs pour ça qu’Edison a inventé la caméra (sic !) – parceque la violence c’est bon ! Et en plus ça permet d’avoir une audience plus grande ! Avec une scène de violence vous savez que vous êtes entrain de regarder un film ! »

 Annex - Heston, Charlton (Touch of Evil) NRFPT 
03

Vous ne voyez toujours pas de qui il s’agit ?

De quel incomparable génie et de quelle œuvre mirifique est-il question ????

Encore un indice (le dernier…) :

X a interrogé le génial réalisateur sur le caractère violent de chacun de ses films, lui demandant si la violence au cinéma pouvait engendrer un comportement violent dans la vraie vie. Le génial réalisateur a refusé catégoriquement de répondre à cette question. S'en est alors suivi un face à face musclé entre X qui tenait absolument à obtenir une réponse et le réalisateur qui refusait de la lui donner. "Je refuse votre question. Je ne suis pas votre esclave et vous n'êtes pas mon maître ! Je ne suis pas votre singe !" s'est-il emporté avant de continuer "C'est de la promo, je suis là pour vendre mon film pas pour parler de la violence. (...) Si je ne veux pas en parler, c'est parce que j'ai déjà dit tout ce que j'avais à dire sur le sujet au cours de ces vingt dernières années".

Vous avez eu un aperçu plus haut du propos extrêmement lucide et intelligent de ce magnifique créateur…

Il ne s’est jamais exprimé plus longuement sur le sujet…

Parce que simplement il n’a rien d’autre à dire : « j’aime la violence, c’est pour cela que je tourne des films violents »

 reservoir-dogs-1992-13-g.jpeg

Allons… Tentons encore un autre exemple de réponse sur ce sujet :

« Vous rejetez le débat sur la violence des images et leur possible influence sur la violence de la société ???!!! »

« Parce que c'est faux. Le cinéma n'aide pas à tuer, il aide à vivre. Certains films nous inspirent pour notre vie. Une bonne partie de nos pratiques amoureuses est façonnée d'après le cinéma, soit que l'on parte d'une situation vue à l'écran, soit qu'on y puise nos fantasmes... Moi, concrètement, un film m'a aidé : quand j'ai vu Rocky et découvert le parcours de Sylvester Stallone, j'ai compris que si je voulais travailler dans le cinéma – à l'époque, je voulais être acteur – je ne devais pas attendre que quelqu'un vienne me voir. Il fallait que ça vienne de moi ! »

Vous avez compris : le cinéma n’a pas d’influence sur la société sauf que le cinéma façonne nos pratiques amoureuses…

Bon…

Mais ici c’est un génie qui le dit !

Un de mes amis qui se définit lui-même en ronronnant comme « psy » me dirait « Non ! Aucune influence… Quoique… !  »

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Bon, vous l’avez sans doute deviné, il s’agit de Quentin Tarantino qui vient de nous offrir ce chef-d’œuvre absolu qu’est « Django »…

 

DJANGO ?

C’est ce film sorti janvier 2013 et qui a réuni tous les suffrages de la presse…

On crie au génie, à la dixième merveille du Monde… A la prouesse cinématographique incomparable ! A la machine à rêve incomparable…

Vraiment ?

Vraiment !

affiche-django-unchained

Eh bien moi, ces voix élogieuses unanimes pour un western, fut-ce t’il de Tarantino, et traita t’il d’un sujet qui me tient à cœur, l’esclavagisme et le racisme, ça me semblait d’emblée très suspect

Car en science (c’est mon domaine) une loi qui peut s’appliquer partout et sans limite n’est pas fiable…

Trop de louanges tuent le jugement et l’esprit critique !

A vrai dire, ce qui me fait chier, c’est qu’un mec aussi dénué de scrupules, aussi « prêt à consommer et déjà digéré », aussi vide, creux, et aussi insignifiant que son « Reservoir dog » - petite cantilène foireuse louangeant la torture, le découpage sadique des chairs - que ce mec fasse de l’ombre à quantité de cinéastes honnêtes qui, simplement, essaient de tenir propos sur le monde tel qu’il est avec tendresse, poésie, révolte et talent !

Le vrai scandale ce sont ces journaleux, regroupés par vingt dans une salle pendant dix minutes pour obtenir le droit de tenter de poser une question à la vedette !

Le vrai scandale ce sont ces complexes de salles ou les écrans dépassent en taille à peine les grands écrans plats qui se vendent en grande surface qui projettent en continu tous les blockbusters de merde que la presse spécialisée est tenue de vanter sous menace de disparaître…

Warner Brothers television westerns stars 1959

Tarantino, ou le plagiat élevé au rang d'art.

Ca fait terriblement chic que d’affirmer se référer au cinéma le plus ringard et commercial, je veux dire les séries B, les sous-merdes qu’on se farcissait autrefois quand il n’y avait rien d’autre à voir au village… On y allait d’abord se papouiller et se becoter… Le film était tellement creux…

Quentin Tarentino aime ce qui est chic !

Maintenant rien ne retient notre petit génie… Sous prétexte de “rendre hommage”, pille et ravage le vrai cinéma (Sergio Leone par exemple)…

Les critiques applaudissent et se prosternent !

Car il est en effet très mal vu de dire la vérité sur Tarantino et sur ses névroses d’adolescent attardé.

Les extraits de ses interviews donnés plus haut parlent d’eux même…

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Cette fois-ci, avec « Django déchaîné » notre « merveille » se permet de réécrire l'histoire.

Il s'attaque à l'esclavage.

Et il veut que ça dépote !

Le sujet le mérite…

Et je m’en réjouirai, sûr, si le film du dit Tarantino ne déservait son propos !

Voyons donc…

La violence et les gerbes de sang sont consubstantielles au style du réalisateur…

Qui veut faire frissonner les bas instincts du spectateur, mettre son inconscient en ébullition. C’est ça qui rapporte beaucoup d’argent !

Django Unchained n’échappe pas à la règle.

Il la sublime même !

Le film est interdit au moins de 12 ans mais il pourrait l’être au moins de 16 ans tellement certaines scènes sont insoutenables.

On peut évoquer la lutte à mort de deux esclaves devant leurs propriétaires, l’esclave d’Artagnan jeté vivant en pâture aux chiens, le crâne sadiquement découpé à la scie.

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Le cinéma de Quentin est bavard. Parfois ca peut donner quelques minutes jouissives quoique toujours incroyablement grossières (scène d’introduction de « Reservoir »).

Dans « Django » il utilise toujours le subterfuge du langage pour justifier la violence apocalyptique du film.

Et il multiplie dans les dialogues et en incrustation sur l’écran les pires termes racistes…

En disant bien entendu « C’est pas moi qui le dit, c’est mon personnage ! » 

Et voici justifié l’utilisation de l’injure « niger –nègre » à peu près une fois par minute dans un film censé condamner l’esclavage…

Que le terme ait été utilisé par les marchands de chair humaine, nul n’en doute.

C’est la réitération obsessionnelle de cette insulte dans un film, dans un spectacle contre, justement, ce racisme ordinaire, qui finit par devenir dérangeante !

Mais pouvait-on s’attendre à autre chose de ce réalisateur qui préfère stimuler la production d’adrénaline que celle des idées !

D’ailleurs depuis « Kill Bill », on connaît l’obsession de Tarantino pour cette grossièreté raciste !

La conclusion est facile à deviner !

img-1

« Mot
Parmi moi
de moi-même
à moi-même
hors toute constellation
en mes mains serré seulement
le rare hoquet d’un ultime spasme délirant
vibre mot
j’aurai chance hors du labyrinthe
plus long plus large vibre
en ondes de plus en plus serrées
en lasso où me prendre
en corde où me pendre
et que me clouent toutes les flèches
et leur curare le plus amer
au beau poteau – mitan de très fraîches étoiles
vibre
vibre essence même de l’ombre
en ailes en gosier c’est à force de périr
le mot nègre
sorti tout armé du hurlement
d’une fleur vénéneuse
le mot nègre
tout pouacre de parasites
le mot nègre
tout plein de brigands qui rôdent
de mères qui crient
d’enfants qui pleurent
le mot nègre
un grésillement de chairs qui brûlent
acre et de corne
le mot nègre
comme le soleil qui saigne de la griffe
sur le trottoir des nuages
le mot nègre
comme le dernier rire vêlé de l’innocence
entre les crocs du tigre
et comme le soleil est un claquement de balles
et comme le mot nuit un taffetas qu’on déchire
le mot nègre
dru
savez-vous
du tonnerre d’un été
que s’arrogent
des libertés incrédules »

(Aimé Césaire
Cadastre, Ed,Le Seuil, 1961)

Cicatrices de flagellation sur un esclave 

Donc, les esclavagistes du film soutiennent des propos racistes...

Et cela pourrait sembler normal dans un film traitant de l'esclavage.

Le problème, c’est que Django est très équivoque également dans son propos global.

Django sert de faire-valoir à son mentor blanc, qui est le véritable héros de l'histoire… Antiraciste et grand chasseur de prime.

Le moment culminant du film tient à l’affrontement verbal puis physique entre ce "docteur" humaniste et le maître de l « habitation », esclavagiste, joué par DiCaprio.

Remarquons que Django s'élève et progresse grâce à son mentor. Mais lorsque celui-ci disparaît, il redevient esclave.

Rassurez vous il se libérera et tuera tout ce qui bouge, avec un rictus de plaisir au coin des lèvres.

A travers cette séquence, il est dit, en filigrane, que l'homme noir livré à lui-même ne peut s’émanciper sans l’homme blanc…

Ce qui pour le spectateur un peu xénophobe, comme il s’en fait beaucoup aujourd’hui, le conforte dans l’idée puante que le black livré à lui-même retombe systématiquement dans la barbarie.

Notons aussi que les personnages noirs sont pour la majorité présentés de manière extrêmement péjorative, faisant référence à des stéréotypes racistes (femmes en prostituées, mecs soumis et veules ou traîtres, prêts à tuer sur commande, ou suppliants ou âmes damnées du maître.

Montrer cela est un choix scénaristique donc idéologique… Il est impossible d’en justifier la représentation redondante, lourdement insistante en disant que c'est l'époque qui veut ça, que c'était réellement comme ça.

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Un film exprime toujours un message et un ensemble d'idées qui lui sont propres, indépendamment de son sujet.

Et ces images ou concepts exposés sans contrepoint, cautionnent, peut-être (j’espère) involontairement les idées qu’elles prétendent combattre.

Pourquoi American History X, défini comme étant une critique du mouvement néo-nazi qui monte aux Etats-Unis, est-il devenu une référence pour les partisans fachos ?

D'une manière générale, le propos du film pourrait se résumer tel qu’il est défini dans la bouche de Di Caprio "Les noirs sont tous des animaux soumis, Django étant l’exception qui confirme la règle"

Le mythe de l’homme providentiel fonctionne ici à plein tubes…

C’est par ce biais que s’échafaudent les tyrannies !

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Dernier point qui n’a été soulevé par personne et qui me semble finalement le plus significatif…

La bande son… Lisez attentivement le générique, notez les musiques choisies par Tarantino…

Plus d’une cinquantaine de morceaux dont voici les interprêtes : Bacaloy, Morricone, Hamilton, Soyton, Verdi, Jim Croce, Riz Ortolani, Pat Metheny, Elisa, Beethoven, Johnny Cash, John Legend, Dege legg… Pas un noir !

Ah pardon ! Je me fourvoies…

On entend quelques secondes de James Brown, de

2 Pac, de Richie Haven…

Mais pourtant 80% (au minimum) de la B.O. est blanche…

Un hasard ?

Je ne le pense pas.

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Tarantino fait essentiellement appel aux musiciens de western (Bacaloy et Morricone)..

De la musique des esclaves noirs il en a rien à foutre…

On retrouve son panel habituel : le rock, la country, le rap qui est celle des petits blancs d’Amérique…

On entend bien à la fin un peu de blues… Mais guère de vraie et authentique musique de revendication noire (pas un seul work song ou un gospel… qui sont des musiques du 19 ème siècle nées dans les plantations et dans les églises – ou l’on interdisait aux noirs l’utilisation d’instruments de musique !)

Ce simple fait qui, à ma connaissance n’a été relevé par personne, m’afflige…

Pour autant, je ne pense pas que Tarantino soit (complètement) raciste.

L'épisode où il fait allusion au K.K.K. est amusant et réussi.. Et il faut le dire...

Mais je pense qu'il est trop inspiré par les films médiocres qu’il porte aux nues.

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Et surtout...

Je pense que son propos est d’abord de produire de l’adrénaline pour récolter ensuite beaucoup de fric…

Témoin l’affaire des poupées copiées de son film et auquel il a donné sa caution (je devrais dire sa « bénédiction » !).

Il veut faire concurrence aux studios Disney…

Avec tous les produits dérivés et l’énorme masse d’argent que ça génère…

Une production qui de ce fait est obligée de tabler sur les instincs, les désirs cachés, la libido, l’adénaline, le désir de violence, l’absence d’idées dérangeant le système…

Sous peine de disparaître...

C'est le lot du chemin choisit par Tarantino :

Devenir une entreprise de crétinisation de masse…


Moyenne des avis sur cet article :  4.6/5   (10 votes)




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4 réactions à cet article    


  • JL JL 3 avril 2013 10:55

    D’accord avec cette critique.

    Perso, je ne vais jamais voir les films de ce mec, et toutes les références à son génie, aussi encensées qu’insensées qu’on trouve dans les merdias me débectent autant que vous,


    • bluebeer bluebeer 3 avril 2013 20:17

      Bonsoir.

      Entièrement d’accord. J’avoue avoir bien aimé Reservoir Dogs à sa sortie parce que le traitement de la violence me paraissait original, décalé. Pulp Fiction, pareil, avec la violence plutôt en accessoire de théâtre qu’en met principal, pas vraiment sérieuse même si assez graphique. Et j’ai un faible éternel pour True Romance, son carrousel de numéros d’acteurs et sa virtuosité, malgré le pillage évident de Bad Lands, jamais cité (Tarentino était le scénariste, toujours bien inspiré par le travail d’autrui).

      Et puis après, nada. Tarentino poursuit son serial goring. Ce que l’on pouvait prendre au départ pour du second degré déjanté à tourné à la monomanie glauque, à l’empilement de meurtres sadiques assortis de complaisantes mutilations esthétisantes. Cette débauche de violence somme toute premier degré, l’auteur ne l’assume pas pleinement puisqu’il se sent obligé de la justifier scénaristiquement par de grandes et justes causes : la vengeance de la femme spoliée dans Kill Bill, la rébellion contre la barbarie nazie dans Inglorious Basterds, l’esclavage infâme dans Django. L’argument est toujours : ils ont commencé so I’ll rip off their heads and shit down their throat. En fait, c’est la psychologie primaire qui fonde l’essentiel du cinéma d’action populaire américain, avec un peu plus de glamour et beaucoup plus de prétention. Ce qui est navrant, c’est que le troupeau bêlant de critiques de cinéma européens se sentent obligés de s’aligner sur l’axe culturel américain, de peur d’être largués. Ils en sont arrivés là, à chanter tous en chœur que le capitalisme c’est la liberté, Hollywood, c’est la Mecque de l’art cinématographique, et bientôt, que la junk food, c’est le remède qui préserve les artères.

      Tarantino, je le vois comme un gosse boutonneux, prépubère, qui continue de lorgner en cachette les culottes des filles et se désennuie le soir en torturant des petits animaux au fond du jardin. A chaque époque ses génies.


      • fatizo fatizo 3 avril 2013 20:23

        Il y a parfois de mauvaises critiques sur Tarantino, pas assez à on gout .

         Inglorious Basterds est surement l’une des plus grosses M.... que j’ai pu voir ces dernières années . Et dieu sait si le cinéma d’aujourd’hui m’ennuie .

        • FRIDA FRIDA 3 avril 2013 20:50

          Article très intéressant.
          Une critique très constructive évitant la sauce servie par les services de communication et la promotion du film, et que les journalistes nous rechantent sans prise de distance.

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