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Du gracieux menuet au scherzo magistral

Le menuet est si gracieux avec son mouvement à la fois preste et tout en retenue et par ses pas menus (d'où son nom, d'ailleurs, de "menuet") qu'il enchanta le Roi Soleil, lequel ne se lassa jamais d'en demander à son compositeur officiel Jean-Baptiste Lully. Par la suite, il a évolué et il est devenu le scherzo, romantique, impétueux, maistral. Cet article se propose d'étudier de manière détaillée ces deux formes musicales classiques et de les illustrer par de nombreux exemples sonores. Pour le plaisir de l'oreille.

Le menuet s'intègre au ballet puis à la symphonie classique (en 3ème et avant-dernier mouvement). Il s'efface devant le scherzo à partir de Beethoven. Le menuet est une forme binaire à trois phases.

La coupe binaire à reprises est la structure de toutes les danses anciennes. Dans les suites baroques, il y avait les grandes danses (allemande, courantes, sarabande, gigues) et les petites danses. Le menuet, comme la gavotte et la bourrée, entre autres, fait partie de cette seconde catégorie.

Sa structure est toujours en trois volets : menuet proprement dit avec reprise, trio (réduction de l'orchestre à 3 instruments), menuet sans reprise. Chaque partie est répétée, supportant alors quelques ornements supplémentaires. Dès que le premier menuet se termine, un second commence. On le nomme trio car souvent, il était écrit à trois voix, la basse se taisant lors son exécution. Le trio, plus lent et plus sentimental en général, adopte la même structure binaire et répétée. Suit alors le retour du premier menuet joué, cette fois, sans les reprises.

La notion de contraste est présente au sein de l'opposition d'écriture fréquente qui existe entre la danse 1 et la danse 2. La partie centrale permet aussi un germe de développement. D'où son succès auprès des compositeurs classiques.

I - Le menuet

A la cour de Louis XIV, le menuet est une danse à la chorégraphie noble et imposante.

Mais la danse est plus ancienne. Elle serait originaire du Poitou et tirait son nom de ce qu’on la dansait à pas menuets (à petits pas).

Le menuet faisait partie des danses facultatives de l’ancienne suite baroque au même titre que la gavotte ou la bourrée, autres danses traditionnelles à la structure formelle d’ailleurs très proche. Le menuet est une danse à trois temps égaux et à mouvement relativement modéré car, si son tempo est relativement rapide, la chorégraphie, les mouvements, sont basés sur les mesures (sur les blanches pointées), ce qui en fait une danse finalement assez lente. Par cette force toute contenue, le menuet est gracieux, aérien, noble et élégant.

Ce qui explique qu’au XVIII ème siècle, les théoriciens en défendront la spécificité et la pureté face aux diverses altérations populaires qui l’assaillent.

Ecouter le célèbre menuet du violoniste français André-Joseph Exaudet. Ce menuet, tiré d’une de ses sonates en trio, deviendra un modèle pour bon nombre d’autres pièces. Il a servi à plus de deux cent danses jusqu’au début du XXème siècle. Texte du menuet ici.

Le menuet ne disparaît pas avec l’apparition de la sonate. Il y sera intégré, en troisième position. Rappelons que dans la suite baroque, le menuet s’insérait après la sarabande et avant la gigue. 

Il y aura encore des menuets dans les symphonies de Haydn, de Beethoven, de Stamitz, mais il disparaît ensuite, remplacé par le scherzo.

Quelques menuets :

Mozart : Menuet et trio K1, menuets pour orchestre
Beethoven : menuet en sol majeur (8ème symphonie)
Schubert : menuets pour piano : deux menuets à écouter ici.
Mendelssohn : minueto pour orgue
Ravel : menuet antique pour piano

II - Le scherzo

D’origine italienne, le scherzo désigne une composition de caractère plaisant ou divertissant (littéralement « plaisanterie »). Puis il désigne une évolution du menuet dont il garde la structure de deux reprises, un trio d’une ou deux reprises, un "da capo" (retour au début) sans reprise, et se terminant souvent par une Coda (”queue”). La carrure thématique est généralement de seize mesures se divisant en deux demi-phrases égales articulées en deux fois quatre mesures.

Différences entre le menuet et le scherzo

La structure du scherzo est à peu près la même que celle du menuet mais la forme du scherzo s'applique avec moins de rigueur aux compositeurs qui usent de fantaisies et d'inventivité : Schumann ajoute un second trio (voir par exemple sa 1ère symphonie opus 38, 3ème mouvement), Chopin joue sur les oppositions dynamiques et expressives entre les épisodes qui compose le scherzo.

Les menuets et les scherzos s’écrivent toujours avec une mesure à trois temps, 3/4 le plus souvent. La différence essentielle réside dans la manière de prendre la pulsation, de battre la mesure :

- le menuet, battu à la noire le plus souvent dans un tempo modéré, est une danse à trois temps binaires, le premier un peu appuyé, le deuxième en écho, le troisième rebondi.

- le scherzo est pris à la mesure, le temps égal à la blanche pointée devient ternaire ; contrairement à la valse qui suit une évolution parallèle, ce n’est plus une danse mais uniquement une musique instrumentale. Le trio change souvent de tonalité et parfois de mesure.

La différence est moins technique que stylistique. Le scherzo abandonne le caractère de danse gracieuse au profit d'une impétuosité toute romantique. Pour s'en rendre compte, il suffit d'écouter l'Allegretto grazioso de la 2ème symphonie de Brahms. Plutôt que d'opposer un scherzo et un trio, Brahms fait se succéder un menuetto assez galant et un scherzo vif et fantastique. Le même motif est joué selon le modèle suivant : menuetto allegretto à 3/4, scherzo presto à 2/4, menuetto allegretto à 3/4, scherzo presto à 3/8, menuetto allegretto à 3/4.

La place du scherzo dans une oeuvre quand il n'est pas autonome comme chez Chopin (Scherzo dit le « Banquet Infernal »), Brahms (Scherzo pour piano) ou encore Stravinski (Scherzo fantastique, Scherzo à la russe…) est en 3ème partie d’une sonate ou d’une symphonie. On le retrouve aussi bien en 2ème mouvement comme par exemple dans la symphonie n° 9 de Beethoven où il prend des proportions monumentales, ou encore dans la troisième sonate de Chopin.

Quelques scherzos :

Le plus célèbre est sans nul doute le poème symphonique de Paul Dukas d’après la ballade de Goethe et popularisé par Walt Disney dans Fantasia : L’Apprenti sorcier, scherzo symphonique.

Mais le genre est dominé par les quatre scherzos pour piano de Chopin  : scherzo no 1 par Horowitz. / scherzo no2 par Horowitz / scherzo no 3 par Sergei Rachmaninoff / scherzo no 4 par Horowitz (enregistrement de 1936)

Schubert  : deux scherzos pour piano
Schumann  : scherzo, gigue, romance et fughetto opus 32
Liszt  : scherzo en sol mineur
Brahms  : scherzo pour piano opus 4
Bartok  : scherzo pour piano et orchestre
Stravinsky  : scherzo fantastique opus 3 (direction Pierre Boulez) / Scherzo à la russe (ici sur de images de ballet)
 


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8 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 21 février 2013 10:09

    Salut, Paul.

    Tous les compositeurs du préclassique à l’aube du romantisme ont écrit des menuets, les plus beaux étant à rechercher dans les symphonies de Haydn et Mozart. Schubert également a écrit en 1813  une suite de 5 menuets et trios  sympathique. Pour compléter ta sélection, deux menuets célébrissimes : de Mozart, le Menuet du 17e divertimento, et de Boccherini, le Menuet du 5e quintette à cordes.

    Bonne journée.


    • Taverne Taverne 21 février 2013 11:53

      Merci Fergus d’avoir complété la playliste. Une playliste n’est jamais complète...Par contre, je pense que mon article l’est. Bien plus que mon premier jet sous mon pseudo de Voris.

      Boccherini, je l’avais mais il a sauté lors de la mise au propre de mon article. Cette erreur, tu l’as donc réparée. Merci à toi.

      Je te souhaite une bonne journée ensoleillée !


    • TSS 21 février 2013 17:29

      Il faut aussi evoquer « la Folia » ce morceau qui fut repris sous diverses formes par

       pratiquement tous les compositeurs baroques.. !!


      • Fergus Fergus 21 février 2013 19:53

        Bonsoir, TSS.

        A toutes fins utiles, je vous informe que j’ai écrit en 2010 un article - Les Folies d’Espagne : un thème intemporel - consacré à ce thème maintes fois utilisé par les compositeurs. Un thème en l’occurrence… portugais.


      • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 21 février 2013 19:22

        Menuet ,danse à trois temps binaires .......pas compris ....


        • Taverne Taverne 21 février 2013 23:48

          Et moi, comme je vous comprends ! « Le menuet est une forme binaire à trois phases. » C’est, moi aussi, sur cette notion que je butte assez. Mais il vaut mieux bien écouter. Ce que l’esprit ne comprend pas, l’oreille le peut...


        • Antoine 23 février 2013 23:28

           Bravo Taverne pour ce nouvel article « classique ». Mais curieusement, vous ne compreniez pas totalement vos propos. Le menuet est une forme binaire à trois phrases : cela signifie qu’il comporte deux parties toujours constituées par trois phrases. Les deux parties sont toujours reprises. La première phrase se termine à la tonique ou à la dominante. La seconde phrase joue le rôle de développement et de second groupe d’exposition. La troisième phrase résout ou réexpose. C’est donc finalement une forme A-B-A. Et surtout vous n’avez cité que des menuets relativement secondaires et ainsi ignoré ceux du maître des maîtres dans ce domaine, je veux dire Joseph Haydn : il a su transfigurer leur aspect délibérément populaire pour en constituer une part entière de l’ensemble de l’oeuvre grâce à son puissance créatrice et son talent incomparable d’orchestrateur. Pour le constater, savourez (avec le reste, bien entendu) le menuet, par exemple, des symphonies n°s 97, 103...


        • Taverne Taverne 25 février 2013 02:52

          Merci Antoine. C’est vrai, j’ai eu un moment de doute (et toujours cette petite confusion à cause du mot de binarité appliqué aussi bien au rythme qu’à la forme) Mais, depuis j’ai « re-compris » ! smiley

          Pour Haydn je corrigerai la lacune en réalisant sur YouTube une playliste de menuets...

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