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Edward Hopper, un colosse entre réalisme et abstraction

Les étasuniens reconnaissent son génie, pourtant ses œuvres nous parlent d'un monde mutique, de solitude, de mélancolie, de vacuité... le cauchemar américain.

Mais l'Amérique pragmatique ne s'y trompe pas, E. Hopper est naturellement porteur d'espérance. C'est bien le caractère du rêve américain de tous les temps.

Edward Hopper

« Exposition présentée au Grand Palais du 10 octobre 2012 au 28 janvier 2013

Les peintures d’Edward Hopper ont la simplicité trompeuse des mythes, l’évidence des images d’Epinal. Chacune d’elles est un condensé des savoirs hypothétiques, des rêves que nous inspire l’Amérique. Expression des sentiments les plus poignants, ou pures constructions mentales, ces peintures donnent lieu aux interprétations les plus contradictoires. »

Voici une œuvre forte, allégorique, qui inclut la solitude, l'échec, l'effondrement mais qui fait émerger l'espérance. Dans la liaison symbolique, c'est un peu l'Alpha et l'Oméga de de l'univers paradoxal de l'artiste.

Tableau mystérieux et saisissant Excursion into Philosophy,

Sur le lit conjugal, un homme assis, accablé, spectral, devant lui, à ses pieds un rectangle ensoleillé, la lumière solaire devient la forme prosaïque de la spiritualité.

Ici, elle simule peut être l'ouverture de son tombeau. Derrière lui un corps flasque, osseux, d'une opacité confuse, à la fesse gâchée. La réalité agonisante. La désespérance d'un couple vers sa finalité tragique. Peut être signe-t-il ici sa propre histoire matrimoniale. Il connut lui même la longue déchéance de sa vie conjugale. La divergence des regards et les attitudes des couples étrangers l'un à l'autre constitue un thème central et récurent qui envahit l'espace pictural de l'artiste.

Dans un registre de la vie américaine, « Le peuple dans le soleil », représente des figurants figés,raidis est pétrifiés au fond de leurs transats.Que feignent-ils de contempler, sous la contrainte, dans cette aveuglante lumière ? Leurs visages partagent le même effroi caricatural, la même incommunicabilité avec l'espace naturel ambiant. ( à la limite de l'abstraction symbolique)

En retrait, un lecteur absorbé dans une lecture, histoire dans l'histoire, émergence d'une vie intérieure. C'est sans doute le philosophe de service. De facture plus réaliste. Humanisé par son action. Juxtaposition de deux modes de représentation.

Cet artiste décalé peint la vérité qui lui échappe, l'univers infini. Il se sent mortel, minuscule, malgré sa haute taille et promis à l'oubli . C'est un philosophe de la couleur, de la forme et de la perspective, il nous offre un immense espace onirique énigmatique et l'opportunité de se l'approprier, de l'occuper, de l'animer à notre guise.

Mais ceux qu'il dérange ? Ceux-ci croient naïvement au rêve américain d'antan.

Aux structures bétonnées et somptueuses des gratte-ciel, l’artiste a toujours préféré les phares, les maisons démodées, les espaces modestes, anonymes ou transitoires telles les chambres d’hôtel ou les embrasures de porte.

Les architectures érigées comme un décor de cinéma sont critiquées pour leur maladresse picturale, leur défaut de perspective, leur facture chromatique approximative. Peut être soulignent-elles justement les travers esthétiques de la beauté mièvre officielle.

Elles fustigent surtout par leur matière de carton pâte, la domination et la puissance vaines d'un monde d'apparence, sans consistance vraie, sans profondeur. .

Ses peintures contredisent les valeurs prônées par l' Amérique de son temps en pleine mutation économique et industrielle. La plus grande puissance du monde en gestation. Il dénonce les travers de sa modernité fonctionnelle.

Ses personnages solitaires, méditatifs ou prostrés, s'inscrivent en creux au regard du dynamisme arrogant imposé en référence, il oppose la solitude à la culture de masse, le mystère de la communication au marketing commercial boulimique et dévastateur, le calme d’espaces vides à l’essor des grandes cités.

Il peint obsessionnellement une quiétude métaphysique, des instants suspendus, une lenteur (à l’instar de sa propre élocution et la manière de se mouvoir ). Ses toiles montrent des personnages apathiques, murés mais dignes dans leur isolement. Il nage à contre courant de l’optimisme obligatoire généralisé.

Son rêve américain est de taille humaine, plus juste, plus écologique, humaniste, moins impérial, simple, dépouillé, cultivé. Il était en décalage, il est actualisé.

Sur les traces de Chaplin et ses temps modernes, pour lui, ce que l'on nomme progrès n'est qu'illusion. Voici deux personnages en parfaite opposition comportementale qui pourtant sont en phase. Ils dénoncent de concert ce que l'on subit maintenant, dans la faillite, le chômage, la misère et l'absence de repère et d'objectif...la déshumanisation.

L'âme de son œuvre, la femme par essence, est à multiples facettes. Les origines protestantes baptistes du peintre n'inclinent pas à l'érotisme débordant, à la luxure. Dans sa nudité, elle connaît quelques fois un état de congélation avancée. Morning in a city
Edward Hopper, 1944 Certes, c'est dans l'air du temps. Il en va de même chez ses contemporains européens comme Toulouse Lautrec où Egon Schiele et bien d'autres réalistes incisifs qui vivent la muse comme une croix voire même un boulet tant ils fusionnent tyranniquement avec elle. Pour Hopper, dans son rapport à la femme,il faut compter avec le puritanisme auquel bien peu d’Américains échappent, du moins à cette époque...

Dans son positionnement philosophique et existentiel, il s'efforce de maintenir un équilibre entre deux sources. Le voici affairé dans l'harmonisation de la lumière solaire éblouissante de sa culture hellénistique et son introspection christique austère confidentielle.

C'est d'une fenêtre ou d'une porte que, dans la plupart de ses tableaux figurent la séparation entre ces deux mondes. L'univers de l'intériorité évangélique, méditative, prostrée ou paisible, personnages extatiques en métamorphose, dans le rayon solaire conquérant.

La lumière de ce dieu antique, hors du champ, génère un effet salvateur.

« la chair et l’esprit, la lumière des poètes grecs et celle des pères de l’Église. Sagesse des derniers feux »...

 

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Excursion into philosophy
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People in the sun
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Morning in a city
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Morning sun
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Hotel room
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Nighthawks
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House by the railroad



par jack mandon (son site) lundi 29 octobre 2012 - 100 réactions
yahoo
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  • Par Gollum (---.---.---.78) 29 octobre 2012 12:01
    Gollum

    J’adore. Ces tableaux me donnent la même sensation qu’un Paul Delvaux ou un Poumeyrol.

    (Ou encore des jeux vidéos comme Myst ou Riven)..

    Une sensation de temps suspendu pour ces trois peintres. Avec un quelque chose d’inhumain, la présence de la lumière solaire pour Hopper (né (probablement) sous le signe du Lion (un 22 juillet, pas d’heure), je le signale puisque je sais que l’astrologie vous parle), la clarté lunaire pour Paul Delvaux (As Cancer). Une présence de la femme vécue très différemment pour les trois. Sa Vénus Vierge donne une présence discrète, d’un érotisme chaste, chez Hopper, alors qu’elle est une quasi déesse chez Delvaux (conjonction Lune/Vénus en Lion) avec présence de ruines antiques souvent (carré Saturne) et en jonction avec Thanatos (Saturne/Uranus Scorpion en carré de Vénus)..

    Et très érotique chez Poumeyrol, d’un érotisme presque anal, très plutonienne.. (opposition Lune/pluton angulaire)
  • Par Dora-Rafaella (---.---.---.123) 29 octobre 2012 12:42

    Je comprends bien que l’auteur de cet article soit en raisonnance avec ce peintre ; L’apport et la vision astrologique de Gollum est suprenante et pertinante ! Voilà une intelligente façon d’amener le débat sur une voie plus élevée et spirituelle. J’adore. Merci à vous.

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