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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > En attendant Beckett... Relisons-le !

En attendant Beckett... Relisons-le !

13 avril 2006. Posée comme ça, cette date n’a vraiment rien d’extraordinaire, une nouvelle case dans le calendrier, à peine un chiffre qui porte bonheur. Mais historiquement, si le temps passé a un sens, lui, dans la mémoire des hommes, cette date, le 13 avril 2006, nous rappelle. "La postérité est un leurre", nous laissait Albert Camus. Peut-être à terme, oui, quand l’histoire ne sera plus, ou quand elle abandonne à l’oubli une partie de son tribut, faute d’hommes, faute de mémoire. Livrée aux hommes donc, la mémoire est l’identité ; c’est vrai pour une personne, c’est vrai pour un peuple. Alors, commémorons !

Il y a un siècle jour pour jour, naissait Samuel Beckett, à Dublin, en Irlande. Je ne décrirai pas l’homme, je crois, ni ne détaillerai sa vie, elle l’est assez souvent dans les nombreuses études et les sites Internet le concernant. Cela dit, je vous encourage à retrouver cette figure calme et profonde, ce regard clair et imperturbable... Mais l’important n’est pas là.

Je m’adresse à vous en tant que lecteur, pour témoigner, en ce jour précis, du plaisir et de la richesse que m’a apportés sa découverte, il y a quelque temps déjà, découverte d’un style bien sûr, mais aussi découverte d’un univers, d’une imagination. Je ne peux que donner un exemple de son style inimitable : "Cette fille qu’il fréquentait en dernier lieu, avant qu’un accès d’hilarité ne le rende inapte à la séduction pour un certain temps, était jolie, ardente et spirituelle, dans cet ordre-là."(Fingal) On peut en effet sortir beaucoup de ses phrases de leur contexte. Il suffit d’ouvrir un de ses livres pour tomber sur une phrase qui pourrait être une citation. Par exemple : " Voilà l’homme tout entier, s’en prenant à sa chaussure alors que c’est son pied le coupable." Ses phrases sont construites de telle manière qu’elles sont en elles-mêmes des perles de littérature, de poésie. Il joue avec les contrastes, partant dans la description somptueuse d’un paysage vallonné, il coupera l’envolée poétique par un merde. Et pas un mot compliqué ! Juste les mots qu’il faut, précis, et dont l’utilisation n’est jamais laissée au hasard. Enfin, Beckett, c’est aussi un message laissé aux hommes, en héritage, message qui met en avant l’absurdité de la vie humaine, le peu de sens à tirer d’une vie en général :" On dit tout. Tout ce qu’on peut. Et pas un mot de vrai nulle part." Il y a une certaine fatalité dans cet absurde, le sens n’existe pas, à l’image de la vie qui fatalement débouche sur la mort. Car c’est bien de ça qu’il s’agit, de la mort. Camus également mettra au centre de sa pensée cette absurdité de la vie. Mais arrêtons là, mon but étant de vous donner envie de lire ou de relire ces chefs d’oeuvre, maintenant classiques pour certains, comme En attendant Godot, Molloy, Malone Meurt, L’innommable, etc.

Beckett le poète, le dandy, le philosophe, le linguiste, l’original, toutes ces casquettes que l’on n’hésite pas à lui donner ne doivent pourtant pas le ranger définitivement dans une sorte de case, pire, de musée. La force première de ses textes, me semble-t-il, c’est la liberté qui s’en dégage, le sens des mots est celui du moment, il sera peut-être différent demain, selon l’humeur ; à lire donc, pour sa culture, jamais je n’ai lu pareille chose, jamais je n’ai vu de style semblable ; à lire aussi pour le plaisir, du verbe, du rythme, de l’absurde, toujours je me souviendrai de la première page de Molloy qui commence ainsi :"Je suis dans la chambre de ma mère. C’est moi qui y vis maintenant. Je ne sais pas comment j’y suis arrivé. Dans une ambulance peut-être, un véhicule quelconque certainement. On m’a aidé. Seul je n’y serais pas arrivé. Cet homme qui vient chaque semaine, c’est grâce à lui peut-être que je suis ici. Il dit que non."

Merci, Samuel Beckett.


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2 réactions à cet article    


  • sophya (---.---.72.145) 13 avril 2006 15:48

    J’adore cet homme ! ! !


    • NGK NGK 14 avril 2006 16:33

      J’adore votre relisons-le ! A mon avis, ce devrait être : « Découvrons-le » ou « Lisons-le ». Personnellement j’adore Beckett ; surtout l’Innommable et Godot ; mais honnêtement, à qui ça parle de nos jours, Ionesco, Beckett ou Camus ? A nous tous, bien évidemment, et d’une façon universelle, mais sont-ils encore lus ???

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