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En attendant Godot

En attendant Godot de Samuel Beckett / Mise en scène Laurent Vacher / Compagnie du Bredin / Travail chorégraphique Farid Berki Avec Luc-Antoine Diquéro/ Pierre Hiessler / Jean-Claude Leguay dit Loulou / Antoine Mathieu, un nouveau « Godot » lecture de ce texte du côté du burlesque.

Tournée en France.

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On retient toujours Godot de En attendant Godot. Souvent on dit « Godot » pour En attendant Godot. C’est surtout « en attendant » qui fonctionne, fait le spectacle, porte la question fondamentale de nos vies. Godot ne viendra pas ce soir, Godot ne viendra à la fin d’aucun des deux soirs qui sont écrits par Beckett et nous sont joués. Godot, ce n’est pas l’Arlésienne. Ce n’est pas Godot qui fait la souffrance de l’attente. C’est l’attente qui fait Godot.

On retient aussi Vladimir et Estragon, sorte de clochards célestes, philosophant auprès de leur arbre, dans une philosophie essentielle, métaphysique, au cœur de la philosophie. Philosophes au sens commun d’acceptation du monde, « prendre les choses avec philosophie ». Pourtant, ni Vladimir ni Estragon ne sont réellement sympathiques comme les quasi-ermites qu’on imagine ayant choisi leur vie difficile et en exprimant la substantifique moelle dans une conversation douce, riche et nourrie d’une spiritualité exigeante. Dans une langue improbable, de peu de mots, de phrases courtes, de préoccupations sur des objets dont la présence est silencieuse en général : mes chaussures, sont-elles bien à moi, sont-elles trop grandes, trop petites… aérer ses pieds au moins une fois par jour… ils cherchent leur intérêt entre « amis » : comme « ne pas rester seuls », tâcher de se souvenir, jouer à trois chapeaux sur deux têtes… etc.

La mise en scène de Laurent Vacher bouscule nombre de ces idées reçues sur ce texte. Le lieu, tout d’abord. Nous sommes dans un lieu industriel dépotoir, un tuyau déversoir évoque le déversement des égouts, à ceci près que ledit tuyau est cassé. Nous sommes au bord du monde des hommes et de plus au terminal d’un égout ancien et hors d’usage (à la limite du temps aussi, hors-temps). L’arbre « obligatoire », textuel, ressemble plutôt à une sorte d’antenne de télécommunication, façon années 50, dont l’ombre fera, à la fin, une sorte de mât ; serions-nous sur le pont d’un navire ? Où va-t-il ? Puisqu’à la fin, Vladimir et Estragon se donnent un envoi et restent sur place : « _ Alors, on y va ? _ Allons-y. _ Ils ne bougent pas. »

La couleur ensuite. On imagine En attendant Godot plutôt noir et blanc, sombre. Ici, Vladimir et Estragon ont des habits colorés, des K-ways, façon sdf, habits ramassés n’importe où, Lucky et Pozzo aussi.

Laurent Vacher nous montre quatre clowns qui tuent le temps tant que le temps ne les tue pas. Voyage immobile. « Vous n’avez pas fini de m’empoisonner avec vos histoires de temps ? » dit Pozzo. La mémoire leur manque. Les journées sont semblables. Peu importe leur suite. Peu importe leur succession. Leur enchaînement, on n’y pense même pas. Tout est pareil. C’est en ce sens que l’on a raccordé cette pièce à l’idée d’un théâtre de l’absurde. « Je rêvais que j’étais heureux_ Ça fait passer le temps. »

Ce n’est pas vraiment une pièce sur l’ennui. Quoique. Faire passer le temps… A quoi bon ? il passe de toute façon. Le faire passer plus vite.

Les hommes ne se font pas de cadeaux. Lucky, esclave d’une relation maître-esclave incompréhensible ! (mais pas plus que le reste ! Il en rajouterait pour apitoyer son maître Pozzo !?) Lucky blesse Estragon.

Tout cela est joué comme clowneries par cinq comédiens tous excellents. Dans le deuxième acte, de nombreux gags visuels donnent un peu plus sens au texte.

Godot finira bien par venir puisqu’il n’y a que cette raison pour animer Vladimir et Estragon. Après la dernière représentation de toutes les représentations sans doute, quand il n’y aura plus personne pour le voir et le recevoir. « Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? _ On attend Godot. _ C’est vrai. » Si attendre, c’est faire ; alors on est bien sur une planète de dérision sérieuse, de clowns et de clowneries. Une planète erratique (pléonasme) que la Compagnie du Bredin nous donne à voir de belle façon.

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1 réactions à cet article    


  • Le Corbeau Magnifique Le Corbeau Magnifique 20 décembre 2014 23:42

    La pièce de théâtre la plus chiante de tous les temps !

    La seule bonne nouvelle, c’est qu’en attendant machin, c’est moi que t’as vu arriver !

    Là, faut avouer que c’est un morceau de chance !

    -p

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