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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > En deux volumes dans la lingerie

En deux volumes dans la lingerie

Robert ! Cela pourrait bien être une définition de mots croisés pour amateur de dictionnaires. Mais le terme robert vient de la bouteille Robert, une marque de biberon qui faisait de la publicité au début du XX°siècle, à l’époque on disait de la réclame. Le prénom masculin un peu vieillot est devenu rapidement un synonyme populaire du sein. Et le sein, dans la culture occidentale est à la fois l’organe de la nutrition infantile, l’emblème de la mère nourricière et en même temps un symbole sexuel et une zone érogène. La Madone des catholiques avec les représentations picturales de la Vierge à l’enfant n’a cependant fait que renforcer cette opposition entre le domaine alimentaire et le domaine sexuel de l’organe. Celui-ci, c’est le mot, oscille depuis ou balance entre ces deux interprétations. Par contre, les artistes flamands et italiens qui illustraient ce thème religieux n’en ont pas moins peint des Vénus sortant du bain et des déesses grecques lascives et mamelues. Chez la « Marie, Mère de Dieu » cependant, l’auréole de la Sainte remplace l’aréole du téton, magnifie la mère et désexualise la femme.

Depuis, le dualisme s’est installé en Occident chrétien entre deux archétypes de femmes : celui des mères et celui des prostituées. Et cela bien avant « La maman et la putain » le film de Jean Eustache !

L’apparition de la femme active des années 60, libérée socialement et financièrement autonome est trop récente pour que les deux archétypes susnommés aient disparu de la pensée masculine en si peu de temps. Le sein reste donc encore de nos jours un symbole à la fois nourricier et sexuel.

 L’inconscient collectif occidental a donné au sein une dimension sexuelle et érotique qui n’existait pas dans d’autres cultures. En Afrique subsaharienne, parmi les ethnies amérindiennes et du Pacifique, le sein a longtemps gardé une fonction avant tout nourricière. Les statues, totems, les représentations de la fertilité reposent sur des hanches larges et des seins souvent plus petits, et mêmes absents, dont le rôle dans l’allaitement dépasse largement la composante érotique des cultures occidentales. Les Vénus callipyges du paléolithique arborent un large bassin et des fesses énormes paradoxales face à leur absence de seins. La représentation du corps de la femme fût donc initialement liée à la fertilité avant d’obtenir une connotation d’ordre sexuel, puis artistique.

 L’apparition récente de la photographie, mais surtout du cinéma, de la pornographie et du strip-tease est trop récente outremer pour avoir modifié les perceptions vis-à-vis de l’organe. Et d’ailleurs, dans les clubs de kimansulu, le strip-tease ougandais, si les danseuses enlèvent très facilement le bas, elles gardent le plus souvent leur soutien-gorge sans protestation majeure des spectateurs. Cependant, beaucoup d’Africaines ne présente pas une pudeur excessive vis-à-vis du sein qu’elles ne considèrent pas comme un support érotique.

Hors du monde blanc occidental, seuls les Brésiliens sont arrivés à un stade de magnification du sein avec l’exposition de filles superbes sur les plages et par l’élévation de la plastie mammaire au niveau d’un art national. Le Professeur Pitanguy est devenu le pape de la chirurgie esthétique et ses élèves ont drainé une clientèle tant chez les bourgeoises de Rio que parmi une population plus modeste. Certaines Brésiliennes allant jusqu’à l’endettement pour obtenir de nouveaux seins. Les travestis et transsexuels du pays ne sont pas de reste et se font fabriquer des poitrines exubérantes et provocatrices trop belles pour être vraies. Saint-Domingue, beaucoup moins riche et équipé que le Brésil, a par contre recours à des artifices plus modestes et moins dispendieux. Pour faire ressortir une poitrine de taille moyenne sans recours à la chirurgie, au Push-up ou au Wonder Bra, il suffit de s’habiller deux tailles en dessous de la sienne. Un 75 bonnet A porté par une femme qui ferait en France tout juste du 85 B suffit à faire jaillir les seins comme des obus, surtout si l’on porte un chemisier taille 36 alors que l’on fait un bon 40 !

Mais revenons à la symbolique du sein. Il a induit une réaction psychologique archaïque venue de la nuit des temps qui fait que l’homme à la vue de la femme allaitante ou en compagnie d’un bébé n’éprouve qu’une sensation limitée, voire une absence d’attirance sexuelle. Cela vient qu’initialement, à cause des conditions assez rudes d’existence, la femme devait se consacrer exclusivement à son enfant en bas âge et de ce fait, ne devait pas attirer les mâles. Ce rejet est d’abord physiologique et se retrouve chez tous les mammifères. Une imprégnation hormonale différente pendant la gestation, l’allaitement jusqu’au sevrage inhibe l’attraction sexuelle du mâle, réaction biochimique antagoniste répulsive. Ensuite est apparue la culture qui, pour des raisons pratiques, a créée des tabous sexuels concernant la femme allaitante et la prohibition des relations jusqu’au sevrage. Cet interdit existe encore parmi de nombreuses cultures et serait en partie une des explications et des justifications de la polygamie dans les sociétés animistes bien avant l’arrivée de l’Islam. En ne touchant pas la femme avant le sevrage, on lui laisse la capacité maximale de nourrir correctement son enfant en lui donnant la chance de survivre. Cette réaction persiste dans l’inconscient des hommes modernes et très peu sont capables de draguer des femmes donnant le sein ou montant avec une poussette qui encombrera l’autobus, ils préfèrent les éviter, sauf pour les aider par politesse. Les deux marginaux des « Valseuses  » qui veulent téter Brigitte Fossey sont des exceptions et justement appartiennent à un milieu hors normes, ce qui fait tout l’intérêt du film. On peut voir aussi dans le rejet de l’attirance sexuelle vis-à-vis de la femme qui donne le sein une résurgence inconsciente du stade oral freudien et le renvoi à l’image de sa propre mère. Peur de l’inceste donc ! L’importance de la succion, de la tétée, peut cependant de nos jours créer une attirance sexuelle suffisamment puissante pour faire oublier le complexe d’Oedipe et se ruer sur un téton avenant sans penser pour autant à sa mère.

Malgré la citation très connue du Cantique des Cantiques : « Tes deux seins sont comme deux faons, Comme les jumeaux d’une gazelle  », la Bible est loin d’être une apologie du sein et reste très loin de la statuaire grecque. La Bible ne fait donc pas l’apologie du nibard ! L’Antiquité n’a développé que le mythe des Amazones, guerrières au sein unique tirant à l’arc, ce qui en a fait bander plus d’un ! Quant aux premiers chrétiens, ils n’ont développé que le Martyre de Sainte Agathe, seins coupés sur un plateau, curieusement devenue Sainte Patronne des nourrices.

Ce n’est qu’à la Renaissance que le sein obtient en art ses lettres de noblesse et depuis la peinture ne l’a plus abandonné. Tous les artistes de renom l’ont glorifié et magnifié, de Botticelli à Renoir, en passant par Ingres Manet et Delacroix, grands pourvoyeurs de blondes ou brunes femmes au bain, sans oublier Goya et sa célèbre Maja nue. Mais la plus énigmatique représentation du sein en peinture est le portrait de Gabrielle d’Estrées avec sa sœur qui a donné lieu à de nombreuses versions et interprétations quant à sa signification.

Bien plus tard apparaissent les photos sépia grivoises avec des femmes corsetées laissant voir de larges et opulentes poitrines, avant l’avènement des gros seins des pin-up de la seconde guerre mondiale, ancêtres des modèles des Play Boy d’Hugh Hefner. Les années cinquante et soixante verront l’éclosion de stars fortes en gorge comme les Italiennes « molto palpabile », Gina Lollobrigida, Sophia Loren et Claudia Cardinale, ou les Américaines Raquel Welsh, Marilyn Monroe, Jane Mansfield et Carol Backer. Ce n’est qu’avec la percée de la chirurgie plastique que l’excès mammaire deviendra à la mode avec les films de Russ Mayer, les Super et Ultra Vixens, à la gloire de l’hypertrophie mammaire et que le cas monstrueux de Lolo Ferrari fera recette. L’Amérique comme toujours brouille les cartes avec son puritanisme et son obscénité intimement liés. L’offensive anti seins nus est repartie en flèche avec le retour en puissance des néo conservateurs et le floutage à de nouveau droit de cité depuis la petite exhibition de Janet Jackson, pourtant symbole idéal pour le Super Bowl.

Reste encore quelques réminiscences du sein trivial teinté de ruralité. Celui de Pierre Perret, celui de Georges Brassens, du Marché de Brive la Gaillarde où mégères gendarmicides, crêpeuses de chignons assomment à coup de mamelles. Ces mères de familles mafflues et musclées sont loin de la nymphe menue qui se baigne à l’eau de la claire fontaine.

Parallèlement à l’excès d’exhibition de mamelles, naît le mouvement féministe libertaire des années soixante-dix qui rejette le soutien-gorge et laisse poindre le téton sous le tee-shirt. Jane Fonda (la Barbarella, ex muse de Vadim) en sera l’égérie. Ces nouvelles féministes enlèvent le soutien-gorge dans l’esprit des suffragettes qui avaient abandonné le corset. Elles n’ont pas honte de leur corps mais veulent le désacraliser et ne pas être considérées comme des objets sexuels. L’ambiguïté du concept atteindra son paroxysme avec Jane Birkin, ou l’éloge de la poitrine plate ! Avec l’assistance de Gainsbourg, Birkin dame le pion à la dictature du pis lourd et servira de modèle à toute une lignée d’actrices peu pourvues en containers selon son expression. « Je t’aime moi non plus  »où l’actrice cultive l’androgynie, et la « Décadanse » sont les plus beaux éloges de la poitrine plate. Retour en force du petit téton que l’on tâtait à tâtons, tontaine… Il et vrai aussi, que la fort peu globuleuse Mireille Darc avait eu un succès certain dans « Les seins de glace ».

Les seins plus ou moins gros sur les plages, la mode du monokini par contre n’a rien à voir avec le naturiste qui désexualise le corps et permet l’exhibition du sein en gant de toilette ou de la mamelle flasque sans vergogne et sans désir de plaire ou de séduire. La provocation féministe de 1970 ressort plus d’une revendication libertaire de non soumission à l’homme : « j’exhibe mes nibards si je veux, mais je te mets ma main dans la gueule si tu oses palper ! ». Malgré tout, pour paraphraser Guy Bedos on pourrait souvent dire à leur sujet : « Ca montre ses seins, mais dans la tête, c’est encore en crinoline ! »

Le sein revient en force dans les années 90 avec à nouveau une connotation sexuelle, déguisée en glamour. On n’est plus au temps de la poupée gonflable, mais au retour en force de la publicité, des concours de Miss avec mensurations, au bustier provocateurs de Jean Paul Gauthier, transformant la Madonna « marylinisée » en une poupée proéminente en bustier aux seins pointus dont les shows ont jeté un froid parmi les admirateurs de la star glamour. La lingerie féminine s’expose aux abris de bus : « Regardez-moi dans les yeux, j’ai dit dans les yeux ! »

Malheureusement, il est de nos jours de nouveaux Tartuffe pour déclarer péremptoires : « cachez ce sein que je ne saurais voir ». Et sans aller jusqu’aux excès de la secte russe des Skoptzy  qui se coupaient le pénis et les seins, il est notable de constater que le sein génère à nouveau une vague de censure et d’opprobre. Malgré tout, une majorité d’hommes n’en pensent pas moins et reluquent les grosses poitrines. Disons seulement que les pédophiles n’apprécient pas les gros seins, cela tiendrait du truisme ou de la tautologie. Et puis, même dans les mangas où les héroïnes sont sans polis avec des allures impubères, les seins des dessinateurs japonais restent volumineux et proéminents.

Enfin, pour les amateurs de psychanalyse, il faut remonter à Karl Gustav Jung et au concept d’inconscient collectif. Jung évoque le rêve archaïque, commun à tous les humains et prend l’exemple du géant marchant dans un champ de blé comme symbole universel. Mais il oublie de faire le lien du dualisme entre la tour d’où jaillit la lumière, métaphore évidente du phallus géant, tel un geyser aspergeant de sperme le monde pour le féconder et son équivalent féminin du sein-volcan, devenu dominant de nos jours dans un monde féminisé, inondant l’Univers d’un lait magmatique.


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6 réactions à cet article    


  • SANDRO FERRETTI SANDRO 6 juillet 2009 20:08

    J’ai lu jusqu’au bout en attendant le passage notarial qui...n’est jamais venu.
    Et pourtant, le charme discet d’un grosse étude de province..
    Même pas un mot sur la spagnoletta...
    Seriez-vous devenu politiquement correct ?


    • Reinette Reinette 6 juillet 2009 21:04

      histoire de roberts par le soutien georges


    • Klef63 Klef63 7 juillet 2009 11:06

      Qu’ils soient petits ou gros, il n’y a pas d’heures pour en manger !


      • syntax_error syntax_error 7 juillet 2009 11:33

        Il manque la pulpeuse Samantha Fox,qui a stimulé la libido de quelques ados à une certaine époque, dans l’énumération de ces femmes riches en arguments...


        • Georges Yang 7 juillet 2009 11:37

          Non Sandro, j’envisage même un pélerinage à l’ile de Sein !


          • maxim maxim 7 juillet 2009 14:08

            j’aime bien ...ça me fait penser à des gâteaux à peine démoulés et encore tièdes ,frémissants et fermes à la fois ,avec une texture douce lorsque que l’on les caresse avec le dos de la main !

            miam !....

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