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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Enfances bretonnes : Lawrence d’Arabie, Mona Ozouf

Enfances bretonnes : Lawrence d’Arabie, Mona Ozouf

L’historienne Mona Ozouf raconte son enfance bretonne dans un livre paru en mars 2009, « Composition française ». Elevée en langue bretonne et dans la foi bretonne, la jeune Mona devra composer avec cette part régionaliste et sa part républicaine et universaliste aussi. Mais la Bretagne, terre d’attaches et de déchirements, sut aussi se faire le berceau des rêves de Jules Verne, d’Eric Tabarly et bien d’autres... De Thomas.E.Lawrence qui allait bientôt partir libérer les Arabes et devenir leur héros sous le nom de Lawrence d’Arabie, et qui fit de Dinard son point d’ancrage et de départ de ses expéditions.

Mona Ozouf est historienne, spécialiste de l’éducation et de la Révolution. Lawrence d’Arabie était aussi passionné d’histoire, surtout pour la période médiévale. Mona Ozouf revient, dans son dernier ouvrage, « Composition française », sur son enfance qu’elle a passée à Plouha puis à Saint-Brieuc. Elle eut, comme Thomas Edward Lawrence, une enfance bercée par les livres.
 
Thomas Edward Lawrence, dit "Lawrence d’Arabie"
 
Beaucoup d’hommes de lettres ont côtoyé Dinard mais sans doute est-ce chez Lawrence d’Arabie que la cité bretonne aura laissé son empreinte la plus profonde. Il arrive avec ses parents et ses frères à Dinard en décembre 1891 (le petit Thomas Edawrd a 3 ans) et séjourna dans la station jusqu’au printemps de 1894, date à laquelle la famille regagna l’Angleterre. Il habite alors une villa ayant appartenu à Monsieur et Madame Chaignon. Cette dernière s’appelle "Le Chalet du Vallon", elle est située à deux pas de l’actuel collège Sainte-Marie, école que fréquenta le jeune Lawrence en compagnie de son frère aîné. Les deux frères avaient donc l’occasion de traverser la Rance deux fois par semaine à bord du bac.
 
Il fréquenta l’école française de Dinard et retourna à trois reprises reprises dans cette cité entre 1906 à 1908.
 
Une fois finies ses études secondaires, Thomas Edward revient à Dinard pour y passer les vacances d’été de 1906 et 1907. Passionné d’archéologie et de Moyen-Age, il explore la Bretagne à bicyclette, avec son copain "Scroggs", entre Saint-Malo et le Mont-Saint-Michel. Il visite en particulier les églises et les châteaux forts. Cette passion pour les châteaux-forts le pousse à y revenir pour compléter son étude sur les châteaux forts britanniques par celle des forteresses françaises de l’époque des croisades. La suite est plus connue : cette étude qui le conduira plus tard en Orient sur la trace des croisés.
 
Le Colonel Lawrence aura séjourné dans son enfance au Pays de Galles, au Sud de l’Ecosse, à l’île de Man, à Jersey puis à Dinard. Les remparts de Saint-Malo, la cité corsaire, de l’autre côté de l’embouchure de la Rance, le font rêver. De manière générale, ce coin de Bretagne l’enchanta : "Je suis totalement amoureux de Dinan et de la Rance. La rue de Jerzual est parfaite, la rivière est ravissante", écrivit-il dans une lettre.
 
Lawrence d’Arabie, encore jeune, peignait des aquarelles lors de ses passages en Bretagne. En 2007, la ville de Dinard lui rendait hommage par l’exposition "Sur les Traces de Lawrence d’Arabie en Bretagne". Une exposition rendue possible grâce au travail de la "Société des aquarellistes de Bretagne", créée en juin 2005 à Montgermont, et qui comprend plus de 130 membres.
 
Mona Ozouf
 
"Chacun de nous, dit-elle, a plusieurs appartenances : on peut être à la fois breton, français, syndiqué, parent, catholique...Tout ne se vaut pas. Il appartient à chacun d’arbitrer entre ses différentes attaches, de les hiérarchiser. Bref, de composer sa vie, en toute liberté, sachant que la France elle-même est "une composition de diversités".
 
Le père de Mona Ozouf était un nationaliste breton et pas demi-teinte ! Jean Sohier pour l’état−civil, né en 1901 à Loudéac (22) bretonnisa son prénom en Yann. Les Yann courent les rues de nos jours, et l’on a même vu un Yannick sur les cours de tennis mondiaux mais à l’époque la préférence républicaine imposait le français partout. En 1921, Yann Sohier est déjà militant de "Breiz Atao" (revue, puis mouvement fondé en janvier 1919). En 1932, lors du 400ème centenaire de l’union de la Bretagne à la France, le 7 août à Vannes, Sohier bondit sur la voiture d’Édouard Herriot en criant : « Vive la Bretagne indépendante ». Il fut conduit manu militari au poste de police.
 
Mona Ozouf ne partage pas le combat de son père. La réflexion de l’historienne tend plutôt vers l’universalisme. Néanmoins, elle s’interroge sur l’Etat français jacobin et les sacrifices des régions à cet état centralisateur : faut-il privilégier l’universel ou le particulier ? L’unité ou la diversité ? Elle cherche à composer - d’où le titre du livre - avec cette dualité. Sans se montrer régionaliste, elle défend la langue bretonne. De bons esprits de la capitale s’offusquent qu’elle puisse tout à la fois défendre la République, une et indivisible, et les langues régionales. Mais pourrait-elle trahir son père qui s’était efforcé d’apprendre au mieux la langue bretonne, trahir Renan dont les "Souvenirs d’enfance et de jeunesse", annotés par son père et qu’elle a conservés, lui soufflent dans l’oreille que le génie d’un pays réside dans sa langue ?
 
Mona Ozouf est atterrée par la manière dont le breton a été relégué à l’espace privé, "donc condamné à mort" et assimilé à un patois. Que l’on "cesse d’assimiler toute langue minoritaire à un patois, et tout patois à une servitude", dit-elle. Que les beaux esprits de Paris lui laissent au moins cette cause ! Elle qui, élevée en langue bretonne admet n’avoir pas entretenu ce trésor et l’avoir laissé en friche. En proclamant que "la langue de la République est le français", la République a fermé définitivement la porte à la diversité culturelle. La réticence de la France à ratifier la Charte européenne des langues régionales et minoritaires illustre encore aujourd’hui la domination arrogante de la France jacobine qui n’en a pas fini de réprimer.
 
Historienne chevronnée, elle sait aussi que l’Histoire officielle ment. Petite, elle entendait à l’école une version antagoniste à celle que lui enseignait sa mère. L’histoire bretonne était bannie des bancs de l’école où l’on imposait "nos ancêtres les Gaulois, ce qui était une imposture. Pas de place à l’école pour les héros bretons honorés à la maison où l’on détestait ouvertement Colbert, le persécuteur des "bonnets rouges" bretons et Madame de Sévigné qui avait célébré la persécution. 
 
Mona Ozouf continue de s’interroger sur la place des régions et sur le déclin de leur statut par rapport au centralisme parisien. Le régionalisme, "dans la France centralisée, dans ’l’une et indivisible’, a toujours été, dans notre histoire, l’objet d’une présentation méfiante, comme s’il était lourd d’une menace d’éclatement. Or, ce que l’Histoire nous montre aussi, c’est la longue résistance de la spécificité régionale, notamment bretonne."

Le livre est double. Il commence comme une galerie de portraits, dont celui de son mentor, l’écrivain Louis Guilloux, et se poursuit sous la forme d’une réflexion plus vaste sur l’Ecole, l’Eglise et la République.
 
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Critiques de la presse.

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7 réactions à cet article    


  • La Taverne des Poètes 20 avril 2009 12:51

    Le regretté Maurice Druon écrivait un papier dans le Figaro, le 15 octobre 2007, sur Mona Ozouf qui s’était vue décernée le prix des ambassadeurs. L’art de négocier chez Mona Ozouf fait bien de cette historienne une diplomate et sa plume renforce « la place que conserve la langue française dans la diplomatie internationale ».

    Maurice Druon concluait en s’étonnant que « la presse écrite n’accorde qu’une place réduite au prix des ambassadeurs, et de ce que l’information audiovisuelle l’ignore complètement. »


    • Marsupilami Marsupilami 20 avril 2009 12:57

      @ Taverne

      Euh, c’est quoi la « foi bretonne » de Mona Ozouf ? Ça, par exemple ? Ou autre chose ? Sinon, bon article, merci.

      • LE CHAT LE CHAT 20 avril 2009 13:28

        super , tu as retrouvé la photo d’Elie Kakou en Meme Sarfati ?


        • Fergus fergus 20 avril 2009 17:59

          Bonjour, La Taverne.

          Très bonne évocation de deux personnages intéressants à plus d’un titre.
          Et pour ceux qui ne connaissent pas, les falaises de Plouha sont magnifiques ! 

          A propos d’Ozouf (un nom que l’on trouve surtout dans la Manche), je conseille à ceux qui ne connaissent pas ce livre la lecture du superbe roman de Dider Decoin « Les trois vies de Babe Ozouf » qui raconte l’histoire de 3 naufrageuses de la Hague à des époques différentes.


          • brieli67 21 avril 2009 01:38

            Peu connu parmi les orientalistes

            Alois MUSIL arrière cousin du Robert Musil

            A son actif pour l’Autriche plusieurs missions au MO pour contrer les Anglais et T.E. Lawrence


            • fouadraiden fouadraiden 21 avril 2009 02:57


              Une vraie saloperie cet espion britannique.


              • moebius 26 avril 2009 21:27

                Lawrence c’est pas cet anglais qui soudoyait des arabes avec l’or qui brille de mille et un feux qui avait une si belle djellabah blanche et qui marchait accompagné de son fidéle chameaux sur la plage de Dinan, le regard perdu vers l’horizon, face a l’océan déchainé tandis que résonnaient dans les lointain les cornemuses du bagdad des pharmaciens de Paimpol

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