• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « EQUUS » inaugure le Théâtre Marigny de Pierre Lescure

« EQUUS » inaugure le Théâtre Marigny de Pierre Lescure

Robert Hossein, pouce levé en signe d’assentiment romain en direction de Pierre Lescure à l’issue de la Générale presse d’Equus, ainsi pourrait se symboliser le confraternel passage de relais d’une direction artistique à l’autre dans ce prestigieux Carré Marigny en quête désormais de nouvelles aventures théâtrales.

Le rideau à peine baissé sur les fureurs psychotiques ayant aveuglé la gent équestre à partir d’un fait-divers retentissant, le Tout-Paris pouvait prolonger la pièce de Pierre Shaffer créée en 1973 au Théâtre d’Orsay, par ses commentaires actualisés concernant la reprise, sous l’adaptation de Pol Quentin, faisant l’ouverture de la saison 08-09 au Théâtre Marigny.

C’est ainsi que d’une Master class à l’autre, Didier Long est actuellement à cheval sur deux spectacles offrant la résilience comme arme de combat :

En effet, de Marie Laforêt au Théâtre de Paris à Bruno Wolkowitch ici même, la médiation lui sert de marchepied pour atteindre les frontières interdites où la douleur de la passion règne en maîtresse de ses deux mises en scène.

D’un côté, La Callas, l’inaccessible étoile s’essayant, en éclipse, à transmettre son expérience de diva, de l’autre le jeune Alan enfermé dans un autisme arrogant où la mystification du cheval pourrait transpercer jusqu’au regard.

L’interprétation par Julien Alluguette du rôle d’un adolescent en proie à des tourments que le diable ne pourrait disputer qu’à la fièvre des sentiments exacerbés, se situe bien au-delà de l’enthousiasme partagé avec le public.

D’ailleurs pour lui, le prochain Molière de la révélation devrait être d’ores et déjà annexé.

Quant à Bruno Wolkowitch, loin d’être dans l’ombre de ce Théorème Pasolinien, il lui est confié, par Delphine Rich (Esther), la lourde tâche institutionnelle d’être le Monsieur Loyal d’un fil conducteur psychanalytique menant de l’hypnose à l’effet placebo pour mieux se dispenser du critiquable sérum de vérité, fort en vogue durant les sixties.

En orbite externe du cercle thérapeute-patient, voguent de concert un père (Didier Flamand) et une mère (Christiane Cohendy), exaspérés par les pulsions meurtrières d’un fils qu’ils ont jadis adoré à leur façon.

Du triangle œdipien surgiront alors ces fulgurances hippiques que Didier Long osera transgresser au final par la suggestion symbolique de l’étalon homosexuel.

Les arcanes d’une régression progressive vers le traumatisme initial ayant développé un amalgame entre une première expérience sexuelle désastreuse et la sublimation de chevaux ne devant pas voir cet échec, devraient permettre à Alan de parvenir à la prise de conscience des origines de sa pulsion meurtrière.

Ce faisant, le Dr Dysart pointe en même temps que l’éloignement de la culpabilité latente, le retour concomitant vers les affres de la normalité, en soi, peut-être, encore plus terrible pour l’être constitué de désirs violents et de passion indicible.

Cependant l’option didactique de cette réalisation oblige Bruno Wolkowitch à composer un psychiatre, par trop réaliste et méthodiste, alors même que celui-ci se prétend tout au long du processus thérapeutique, jaloux de la folie créatrice de son patient.

Il aurait sans doute fallu doter le Dr Dysart d’un comportement plus fantasque alors que la puissance métaphorique du texte de Shaffer aurait suffi à créer l’empathie vertueuse entre le sujet et son Pygmalion.

Dommage donc que raison et folie ne s’interpénètrent pas suffisamment au point de faire douter les personnages eux-mêmes et, par voie de conséquence, contraindre le spectateur à un effort de différenciation active.

Bravo, néanmoins, à Pierre Lescure d’avoir débuté sa direction artistique par le choix d’une pièce aussi poignante.

Affiche Photo Simon Turtle

EQUUS - *** Theothea.com - de Peter Shaffer - mise en scène : Didier Long - avec Bruno Wolkowitch, Julien Alluguette, Christiane Cohendy, Delphine Rich... - Théâtre de Marigny -


Moyenne des avis sur cet article :  3.67/5   (18 votes)




Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès



Partenaires