Si l’affiche « Cantona & Deutsch à Marigny » peut paraître annonciatrice d’un spectacle évènementiel, la véritable star de la pièce de Nathalie Saugeon s’avère être le décor de Jean-Marc Sthele au point que la fiction semble y côtoyer le réalisme impressionnant d’un véritable tremblement terre, à l’instar de celui concomitant en Haïti.
Dans ces conditions, si l’emplacement habituel d’un critique dramatique est, d’être proche de la scène théâtrale, afin d’en percevoir et d’en capter, au mieux, toutes les vibrations, alors quand les circonstances le place, malencontreusement, à l’arrière de la corbeille et que celle-ci s’offre en plongée très pentue vers le plateau de la salle Popesco en contrebas, cette perspective pourrait contenir, paradoxalement, un surcroît d’informations, au bénéfice d’une juste appréciation des forces en présence.
En effet, dans une position visuelle surplombant le drame, celle des sauveteurs potentiels qui devraient venir dégager les deux protagonistes pris au piège de l’effondrement du bâtiment dans lequel ils se trouvaient à l’instant fatal, le point de vue sur la mise en scène de Rachida Brakni pourrait, effectivement dans ce dispositif, s’apparenter à un surcroît d’objectivité fortuite.
Mais, ce serait sans compter avec les voix des deux victimes rendues inaudibles aux secours, partis à leur recherche. Ceux-ci passeront, en effet, très près de la poche d’air où l’éboulement a surpris les deux hommes.
En outre, Max ne voit pas Lubin, car une cloison, menaçant de s’effondrer avec le reste des éboulis, les sépare physiquement l’un de l’autre mais leur permet néanmoins de converser entre eux, tout en négligeant quelque peu, notre critique dramatique, placé tout là haut dans sa tour de contrôle.
Ainsi, l’élocution en rafales de Loránt Deutsch ainsi que le phrasé avec l’accent et onomatopées d’Eric Cantona ne contribuent-ils point à rendre explicite les différents, les complémentarités, les épanchements, bref la vérité des personnages.
Cependant, sans stress apparent, Max et Lubin se confessent, mutuellement, un comportement quotidien évalué, fort médiocre à l’aune de l’épée de Damoclès qui, désormais, menace leurs survies.
Pendant que Max se vide, lentement mais sûrement, de son sang, en raison d’une hémorragie non maîtrisée sur sa jambe blessée, Lubin parle à jet continu, pensant maintenir son compagnon d’infortune en éveil jusqu’à l’arrivée des pompiers.
A ce stade pourtant, rien n’est joué pour déterminer la pertinence d’une carrière théâtrale envisagée par Eric Cantona, présentement en posture sacrificielle christique, ni d’ailleurs, pour connaître l’issue de son incarcération contingente avec Loránt Deutsch.
Il semblerait, cependant, que pour s’assurer qu’, à l’avenir, les deux comédiens puissent se faire bien comprendre à la fois de l’Orchestre, de la Corbeille, des Balcons et du Paradis réunis, l’articulation des mots, des phrases et, donc des idées dut être reconsidérée au pied de la lettre.
FACE AU PARADIS - * Theothea.com - de Nathalie Saugeon - mise en scène : Rachida Brakni - avec Eric Cantona & Loránt Deutsch - Théâtre Marigny / salle Popesco
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