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Esclavage IV/2-la traite atlantique : XVIIIe Europe négrière

Le XVIIIe, le siècle des Lumières, le siècle qui initia la Révolution française et les Droits de l'Homme, est le siècle de l'Europe négrière.Le commerce a besoin de plusieurs donnes pour fonctionner :

  • Europe demandeuse de main-d'oeuvre
  • Europe productrice de marchandises pour l'échange
  • Afrique demandeuse de ventes d'esclaves [4-début : les Blancs ne pénètrent en Afrique qu'a partir du milieu du XIXe]
  • Afrique consommatrice de marchandises européennes.

Le processus est bien un échange entre négriers Blancs et négriers Noirs. En scène des compagnies qui ne durent pas, sauf la West Indische Compagnie, Hollandaise, perdure de 1625 à 1736. Ces compagnies sont d'économie mixte [participation de l'état]. C'est la liberté du commerce concédée à l'entreprise privée et/ou subventionnée.La France n'est pas la première des nations négrières, vient avant : l'Angleterre en premier, puis le Portugal. On peut chiffrer à 15 000 les expéditions totales.Pour faire la traite il faut un capital, on le trouve dans les familles, dans les communes, les régions, les nations ou internationalement. Par exemple les Allemands, Suisses, Hollandais, Anglais investissent dans la traite française. On peut chiffrer aux alentours de 1 milliard de livres-tournois investis ainsi :

  • construction navale : bûcherons, charpentiers, charroyeurs, producteurs de lin, voiles, chanvres, câbles, fabricants de fers, paysans et fournisseurs de nourriture
  • marins et capitaines : 20 % de l'effectif meurt ; il faut de 40 à 80 hommes pour naviguer d'Afrique aux Amériques, les salaires sont de 120 à 500 livres-tournois (donc peu) pour quinze mois
  • marchandises : 60 à 70 % de l'investissement ; ce sont des bazards flottants, on y trouve de tout : vins, armes à feu, métaux, pacotilles - miroirs, perles, cauris -, textiles pour les 2/3
  • sans oublier la nourriture et l'eau destinées à la "cargaison" pour plusieurs mois

au total il faut investir entre 200 000 et 600 000 livres-tournois pour un armement.La traite génére un marché intérieur en Occident : les colporteurs fournissent les campagnes très demandeuses en produits importés.Ce commerce induit une interdépendance entre nations : il est fréquent qu'un navire d'une nation complète sa cargaison avec des produits d'une autre nation.L'échange d'une force de production - la marchandise humaine - contre des produits inertes - la marchandise de consommation - est profitable certes, mais pas pour de mirobolants profits comme décrits antérieurement (voir la mise de capitaux, la perte humaine plus haut) :

  • le coût du captif est fluctuant selon la demande, la saison, la production, les stocks ; il tend à la hausse jusque fin du XVIIIe : de 4 livres sterling (=100 livres-tournois) à 25 (=625 livres-tournois)
  • la vente est plus profitable faite aux exploitations esclavagistes selon la qualité du "produit", de sa provenance, de sa "race", des préjugés construits sur "l'expérience" des exploitants esclavagistes à qui ils sont vendus 3 à 4 fois le prix acheté sur les côtes d'Afrique.
  • cette multiplication ne rend pas le capital investit, ni les pertes.
  • la traite est une loterie pour celui qui investit. Tout va dépendre de la paix et de la guerre en Europe.
  • les profits tournent autour de 25 % à 32 %, mais peuvent tomber à 10 %

Le crédit pris pour l'armement, le nombre de "joueurs" en augmentation au fil des années, ira en plaidant pour l'abolition, qui fut demandé pour la non rentabilité du trafic, non par humanité.

Estimation des Africains déportés au XVIIIe : 8 200 000 individus [1. l'Afrique est encore en déficit de population du fait de cette saignée], 2/3 d'hommes, 1/3 de femmes et d'enfants, incluse une mortalité de 15 % durant la traversée de l'Atlantique.Le rythme annuel est de plus de 200 navires européens sur 3 500 km de côte. avec accélération à la fin du trafic. Ce trafic fut possible non seulement par la demande occidentale, mais aussi par l'offre africaine de captifs [1. l'offre existe depuis 1- l'Antiquité - traces écrites -. elle n'est pas stoppée de nos jours]

à suivre…




par Annie Stasse (son site) mercredi 6 juin 2012 - 4 réactions
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