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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Exposition de designers « Solitude et rencontre » à la galerie (...)

Exposition de designers « Solitude et rencontre » à la galerie d’Architecture de Paris

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Le domaine prestigieux du château de la Ferté-Vidame où Louis de Saint-Simon écrivit la plus grande partie de ses célèbres Mémoires, est dédié aujourd’hui à la création contemporaine.


Le Conseil général invite les visiteurs à le découvrir, à le vivre de façon ludique et sensible, à le parcourir et à se l’approprier.

Chaque année, des artistes et concepteurs interviennent dans le site sur des thématiques en cohérence et en résonance avec le lieu, interventions qui seront autant d’empreintes laissées sur ce domaine et qui contribueront peu à peu à dessiner un nouveau parc original.

Cette métamorphose permet de relier ce lieu patrimonial à la création la plus contemporaine. Le thème de l’année 2006 est "solitude et rencontre". D’autres suivront chaque année. Les projets lauréats de cette année sont exposés à la Galerie d’Architecture de Paris.

Nous sommes donc allés voir l’exposition dans le marais de Paris. Dès qu’il fait beau, le quartier est très sympa. Il n’y a plus de voiture. Souvent il n’y a pas un, mais plusieurs vernissages dans la même soirée et des gens se promènent le champagne à la main sur les trottoirs. Très chic. Si vous avez le sourire ennuyé approprié, vous pouvez vous infester dans d’autres galeries que celle à laquelle vous êtes invité mais attention *.

À la Galerie d’Architecture, nous n’avons pas bien compris le lien entre les mobiliers retenus et le thème du concours, "La solitude et la rencontre", mais ce n’est pas grave, puisqu’ils étaient bien. Car ils donnent une véritable impression d’avoir été conçus par des designers aimant la nature. C’est suffisamment peu fréquent pour être souligné. Habituellement les dessinateurs de meubles ont un tel dégoût de la campagne qu’ils pensent la représenter en installant un tapis de brins d’herbe (en plastique ou non, peu importe) et s’en éloignent généralement le plus possible en utilisant du plastique et des formes "années 60" aux couleurs criardes dont nous attendons patiemment que la mode disparaisse. Mais il n’y avait pas de cela ici : les matériaux sont de vrais bons matériaux comme le béton, l’acier (dont le mariage avec la nature fonctionne toujours) ; avec des couleurs de terre cuite qui va bien vieillir ; du vert ni fluo, ni "parc et jardin parisien". On respirait. Comme nous sommes architectes, et surtout parce que les recherches actuelles sur le mobilier contemporain nous semblent sans intérêt, nous avons été particulièrement sensibles à la recherche sur les positions du corps induites par ces installations. La réflexion n’est pas ridicule : avec le développement d’internet, avez-vous remarqué comme la vie éveillée de notre corps se résume principalement maintenant à être assis : devant un ordinateur, à table, dans une voiture, en réunion, etc. ? Nous ne sommes plus debout que par intermittence, pour aller nous asseoir ailleurs le plus souvent.
Alors ces meubles qui mettent en scène notre corps dans des positions que nous ne prenons plus (surélevé, au-dessous, enterré, en observation, etc.) sont pour nous importants. Ils ajoutent en plus des "vues" privilégiées dans la nature, et des questions relativement décalées dans un parc et qui iraient plutôt dans un musée devant l’art : Pourquoi y a-t-il un mobilier ici ? Qu’a voulu le designer ? Que dois-je faire ? Que dois-je regarder ?

La Galerie d’Architecture est trop petite ! Elle ne présente que les lauréats et c’est vraiment dommage, car les projets refusés sont souvent mieux que ceux retenus ; et quand s’ils ne le sont pas, illustrent par leur insuffisance la difficulté de l’exercice et mettent encore plus en valeur les gagnants. Il faut absolument présenter tout le monde aujourd’hui : On connaît trop la valeur d’un jury aujourd’hui quel qu’il soit (nous n’avons aucune idée des membres de celui-ci), pour ne lui concéder aucune compétence, sauf celle de sa propre subjectivité. Nous voulons juger par nous-mêmes (Ah, on nous dit dans l’oreillette que les rendus du concours sont exposés au petit château pendant 15 jours. Une raison de plus d’y aller).

Alors, se demande Isabelle, l’exposition de Ferté-Vidame sera-t-elle un nouveau Festival de Chaumont-sur-Loire ? Chiche.

En définitive ces mobiliers avaient un goût de pas assez. On aurait envie qu’ils soient plus hauts, plus profonds, qu’il mettent le corps dans des situations plus décalées, voir étranges, et même périlleuses. L’imagination du visiteur démarre, ne se satisfait plus de ce qu’elle a sous les yeux. Sans égard pour la galerie, elle s’énerve même de ce qu’on lui propose, le casse, puis redessine elle-même sans vergogne d’autres mobiliers plus compliqués, plus extrêmes, en un mot mieux que ceux de cette galerie. Pas sûr qu’elle y arrive car il y a loin de la coupe aux lèvres, mais une exposition qui nous donne le désir de créer, c’est le signe le plus sûr qu’elle est réussie non ?

Isabelle Coste, David Orbach

*L’abus d’alcool est dangereux pour la santé.

La Ferté-Vidame-solitude et rencontre-designers
Exposition du 25 mai au 16 juin
à la Galerie d’Architecture de Paris, France.

Photographie de Thomas Mailaender


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3 réactions à cet article    


  • Pierre R. Chantelois Pierre R. - Montréal 28 mai 2007 12:47

    Bonjour David

    Excellent article. Pour le lecteur étranger que je suis, c’est tout plein de nostalgie et d’humeur imaginée que je parcours votre article. Comment puis-je vraiment me mettre en tête un si beau climat que celui-ci : « Il n’y a plus de voiture. Souvent il n’y a pas un, mais plusieurs vernissages dans la même soirée et des gens se promènent le champagne à la main sur les trottoirs. Très chic. Si vous avez le sourire ennuyé approprié, vous pouvez vous infester dans d’autres galeries que celle à laquelle vous êtes invité mais attention ».

    Votre description va jusqu’à la sensualité du sujet. En brèves descriptions, vous réussissez à nous imposer vivement la visite des lieux, des galeries pour laisser notre « imagination démarrer, ne se satisfant plus de ce qu’elle a sous les yeux. Sans égard pour la galerie, elle s’énerve même de ce qu’on lui propose, le casse, puis redessine elle-même sans vergogne d’autres mobiliers plus compliqués, plus extrêmes, en un mot mieux que ceux de cette galerie ».

    Impérativement inscrite, cette visite, dans mon prochain voyage dans le marais de Paris.

    Merci

    Pierre R. Montréal (Québec)


    • David Orbach David Orbach 28 mai 2007 14:24

      merci Pierre R. de votre chouette commentaire,

      Pour vous imaginer l’ambiance dans le vieux quartier de Paris quand il fait beau, imaginez que vous circuliez dehors entre les immeubles rapprochés comme si vous étiez chez vous à l’intérieur. Paris devient comme un appartement, où l’on avance en n’ayant pas plus de raison de rentrer que de rester dehors à poursuivre sa conversation en se déchaussant presque.


    • Pierre R. Chantelois Pierre R. - Montréal 28 mai 2007 20:50

      Cher David

      N’en ajoutez plus. L’impatience est à son comble. Tout ajout descriptif est une torture à mon pôvre seuil d’attente.

      Merci

      Pierre R.

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