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Exposition Kisling pour la première fois en France

Le Musée Fleury de Lodève (34) accueille la première exposition française consacrée à Moïse Kisling (1891-1953). Une œuvre qui s’inscrit dans l’efflorescence de l’art moderne. De 1910 à 1940, il côtoie l’avant-garde parisienne qui siège au Bateau-Lavoir. Il saura prendre son indépendance et trouver son identité picturale. Le peintre terminera ses jours en France dans sa villa La Baie à Sanary, sur la côte varoise. Il y meurt le 29 avril 1953. Kisling représente un élément majeur de l’École de Paris.

Originaire de Pologne, il suit les cours de l’Académie des Beaux-Arts de Cracovie. Cette formation est imprégnée d’influences françaises qui rejaillissent sur le jeune peintre. À l’instar d’autres artistes de la communauté juive polonaise, il s’exile de sa patrie bien avant l’attentat de Sarajevo, pressentant les troubles politiques et guerriers à venir.

Kisling s’installe donc à Paris en 1910. Il s’intègre naturellement à ce qu’on appellera, à partir de 1925, l’École de Paris. Cette appellation désigne l’ensemble des artistes immigrants de différents pays, le plus souvent avant 1914, pour s’agréger à l’école française : Brancusi, Chagall, Foujita, Poliakoff, Soutine, Modigliani et bien d’autres. Kisling entretint avec ce dernier une amitié sincère. Il fréquente les chefs de file de l’art moderne – Juan gris, Max Jacob et Picasso, notamment. Sa popularité croît très vite. En 1912, déjà, son atelier rue Joseph Bara est devenu un lieu de rencontre entre artistes : plasticiens et écrivains se confrontent dans le bal des idées subversives d’une époque. De plus, Kisling prit l’habitude d’aider, à son tour, les expatriés de l’art en villégiature forcée à Paris. Dès ces premiers temps parisiens, sa notoriété s’affirma pour ne jamais être démentie par la suite.

En 1940, il s’expatrie aux États-Unis – une escale d’un an au Portugal – à cause de ses positionnements politiques clairement anti-nazis. Le retour en France, au cours de l’année 1946, marque l’installation définitive dans le Midi.

L’exposition du Musée Fleury est construite à l’aide d’œuvres choisies au sein de deux périodes spécifiques : les débuts et les vingt dernières années.

La première période se définit à partir de l’arrivée à Paris en 1910, jusqu’aux lendemains de la Première Guerre mondiale.

Kisling a assimilé les principes de Cézanne. Il emprunte aux Nabis l’absence de perspective. Malgré l’intérêt qu’il porte aux investigations cubistes – comme le met en évidence le tableau cubiste en arrière-plan dans la Nature morte aux fruits (1913) – il décide de ne plus se consacrer à l’éclatement de la forme pour se diriger de nouveau vers le réel, et ceci dès 1914. Avant-guerre, la capitale est le lieu de convergence culturelle de l’Europe. Kisling y rencontre toutes les figures du Tout-Paris. Quelques-unes lui servirent de modèles. Il peindra Jean Cocteau dans son atelier (1916), et Arletty est dévoilée à travers un nu de 1919 devenu célèbre.

Très vite, Moïse Kisling est reconnu dans les milieux de l’art et prend sa place dans le marché. Il acquiert notoriété et confort financier. L’année 1919 est un jalon d’importance dans sa carrière : l’exposition à la galerie Druet est un franc succès. Il enchaîne à compter de ce moment les expositions à l’étranger et devient l’invité obligé des salons parisiens.

La seconde période, des années 30 à la mort de Kisling, est dite de "maturité".

Le peintre désira rejoindre une certaine conception de la tradition en peinture. Il voulut inventer une nouvelle forme de "classicisme" pictural. La cohérence de cette recherche est soulignée par son intérêt avoué pour la peinture classique italienne et flamande. Les années 1920 furent donc sous le signe de l’alliance entre les Modernes, les Primitifs et la naïveté du Douanier Rousseau.

Un retour à la figuration où s’épanche une libéralisation de l’emploi des couleurs, couplée à des lignes alliant netteté et simplicité, auxquelles s’ajoute une facture lisse et brillante.

Une très belle et ambitieuse exposition du Musée de Lodève. Les œuvres de Kisling profitent du soleil du sud de la France jusqu’au 2 novembre 2008. Si vous êtes dans le coin, ou si le détour n’est pas trop engageant, venez découvrir Kisling au Musée Fleury de Lodève.




par Gilles Arnaud Sphere (son site) mercredi 3 septembre 2008 - 4 réactions
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