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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Expressions politiquement incorrectes

Expressions politiquement incorrectes

Le maccartisme des néo-hygiénistes qui poursuivent les fumeurs a de moins en moins de limites. Ainsi peut-on se demander à juste titre, si d’ici quelques années certaines expressions et locutions ne seront pas bannies du langage. Pourtant, le tabac comme le vin fait partie de ces petits plus qui, consommés avec intelligence et modération, rendent la vie plus savoureuse...

Le tabac fournit à la langue française, quelques locutions bien connues, évoquant sans se différencier pour cause d’homonymie, la nicotiania tabaccum et la bastonnade !

Ainsi le « coup de tabac » est-il attesté dès 1864 chez les gens de mer. Coup et tabac (déverbal de tabasser) expriment coup sur coup la soudaineté et la violence de cet accès imprévu de mauvais temps. On parlerait de nos jours d’un accident climatique hyper localisé...

Restant dans la même veine, « passer à tabac » (1886) et son dérivé « passage à tabac » (1888) expriment de par leur racine tabb- l’action de frapper violemment. On disait antérieurement « croquer du tabac » (1837) ou « foutre du tabac » (1867), mais ces locutions sont tombées en désuétude avec l’apparentement de « passer à tabac » à « passer au fil de l’épée » et « passer à la moulinette ».

Revenant à l’herbe angoumoise, « du même tabac » et « c’est toujours le même tabac » (1888) expriment l’uniformité et l’invariabilité. Par contre, « faire tout un tabac » est une métaphore plus nuancée, car elle souligne à la fois le côté ordinaire de l’histoire et son investissement émotionnel extraordinaire. Quant à  « pot à tabac » (1888), ce n’est vraiment pas un compliment, surtout lorsqu’il sert à décrire une femme dont on imagine ainsi les mensurations peu avantageuses.

Fumer offre des déclinaisons pas toujours très glorieuses. A « fumer comme une locomotive » et son équivalent du plus humain « fumer comme un sapeur », se substitue progressivement « fumer comme un Turc », puisque la tabagie est chez les heureux héritiers de l’Empire ottoman depuis bien longtemps un sport national. Et il faut avoir fumé le narguilé en leur compagnie pour vraiment saisir la saisissante brièveté et l’étonnante longueur de la vie. Mais tout cela n’est que poésie à côté de « fume, c’est du Belge ! », injonction injurieuse commandant à l’interlocuteur d’exécuter une fellation, c’est-à-dire « tailler une pipe ». Les origines de cette expression restent à préciser. Peut-être y aurait-il allusion au Manneken-pis, mais on sait également que la Belgique est réputée pour son tabac... pour pipes ! Encore plus osée, mais la rigueur de ce travail scientifique nous oblige à la mentionner, l’expression « avaler la fumée. » laisse imaginer sans trop de peine la suite de la proposition précédente...

Mais revenons à des expressions plus poétiques avec le « pipe dream » des anglophones, laissant délicieusement entrevoir son explication lorsqu’on imagine le fumeur de pipe confortablement installé dans son fauteuil, affairé à tirer des plans sur la comète pour bâtir des châteaux en Espagne...

Passons maintenant au cigare, dont nous occulterons volontairement la symbolique phallique issue directement de la psychanalyse de comptoir. A la connotation hautement scatologique d’« avoir le cigare au bord des lèvres », évoquant une envie pressante de se rendre dans des lieux où l’on ne peut décemment qu’aller seul, nous préférerons le compliment « Avoir du cigare », signifiant être doté d’une remarquable intelligence. Par ailleurs, dans les langues et dialectes alémaniques, « recevoir un cigare » veut au contraire dire se faire copieusement incendier en raison de son incompétence. Pour les Cubains « Contar la Historia del tabaco » (Raconter l’histoire du cigare) signifie « Remonter au déluge » et « Ne me contar la Historia del tabaco » (Ne me raconte pas l’histoire du cigare) se traduit par quelque chose du genre « Ne me raconte pas des fadaises ».

Peut-être trouvez-vous ce dernier exposé « ennuyeux comme la fumée. » ? Mais son auteur, amateur de cigares patenté, ne s’en ira pas pour autant fumer « La cigarette du condamné ». Retenons à ce propos que cet usage est hautement symbolique, sachant qu’en argot la guillotine est appelée « coupe-cigare »...


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4 réactions à cet article    


  • bolimage (---.---.213.43) 11 novembre 2005 20:04

    Excellent article, bravo ! ;o))


    • Azür (---.---.196.181) 11 novembre 2005 22:05

      Merci beaucoup !


      • Guillaume (---.---.248.202) 12 novembre 2005 02:59

        Votre article a été signalé sur le groupe http://fr.groups.yahoo.com/group/fumeursdepipe/

        C’est un plaisir à lire smiley

        Encore que quelques expressions sur la pipe manquent smiley

        Bonne Fumée

        FdP

        http://www.fumeursdepipe.net/


        • Azür 12 novembre 2005 07:10

          Merci Guillaume, pour l’intérêt porté à mon texte. Il est vrai que j’ai quelques lacunes dans le domaine où visiblement vous êtes très investi. Ainsi je ne verrais aucune objection à ce que vous apportiez un complément d’information à mon article. J’en serrais même très honoré. Il m’est déjà arrivé de naviguer sur votre site, et c’est toujours un plaisir d’y revenir.

          Buena fumada compañero !

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