• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Family portraits : l’insoutenable trilogie américaine

Family portraits : l’insoutenable trilogie américaine

Rares étaient les estomacs suffisamment solides pour assister à la projection tardive, au Festival de Deauville, de « Family portraits, a trilogy of America », le premier film de Douglas Buck... Plus rares encore ceux qui n’en sont pas sortis prématurément... Mais ceux-là ont décelé un vrai réalisateur sous la provocation... (le film est sorti en salles mercredi dernier).

Constitué de trois court métrages, Cutting moments, Home et Prologue, la trilogie de Douglas Duck a nécessité pas moins de huit années de travail. Les deux premiers opus furent réalisés consécutivement, au milieu des années 1990, et le dernier segment dans un second temps. Qu’ont en commun ces trois contes de la folie ordinaire, prenant place dans une banlieue de la middle class américaine ? La violence en famille : acte de violence apparemment isolé pour le premier, circonstances de la violence pour le second, conséquences de la violence pour le troisième.

Une femme délaissée par son mari en arrive à s’automutiler pour exister, c’est Cutting moments, un moment carrément insoutenable qui a poussé vers la sortie bon nombre de spectateurs du Festival de Deauville, où le film fut présenté tardivement, vers 23 heures, avec un avertissement préalable du réalisateur, présent à la projection, que les trente premières minutes du films pouvaient heurter. Pour ma part, je suis partie et... revenue pour le second segment : dans Home, un homme, taraudé par le souvenir d’une mère dépressive et d’un père effondré, massacre sa famille quand les récriminations de son épouse le ramènent au vécu de son traumatisme d’enfance... Dans Prologue, une jeune fille, handicapée à la suite d’une odieuse agression pédophile, revient voir son agresseur et met la femme du pédophile face à son refus d’accepter la vérité sur son mari et sur leur fille...

Dès les premières images de Cutting moments, on ressent un malaise : l’image est salie, le ciel bas, les bruits exaspérants, comme le passage d’un avion dans le ciel quand la famille est au jardin ; l’homme tient un sécateur dans les mains, la femme une paire de ciseaux, le repas de famille est un règlement de compte muet. Sur le point de se séparer, le couple est filmé avec son petit garçon en deux plans obsédants qui alternent comme un jeu de ping pong : on montre à l’écran soit le visage du père et la moitié de celui de l’enfant, soit le visage de la mère et l’autre moitié du visage de l’enfant.

Dans Home, le souvenir des infirmiers qui venaient chercher la mère de l’homme dans son enfance, le visage de son père accablé, dans le salon après son départ, ce même visage/masque qu’il va reprendre à son compte après les déclarations d’insatisfaction sexuelle de son épouse, donnent une inéluctable logique dramatique à l’histoire qu’on avait perçue plus faiblement dans le premier film où le réalisateur jouait davantage sur le pouvoir anxiogène des objets que sur les situations peu connues du spectateur.

Dans le dernier film, l’ambiance a évolué dans le sens d’une histoire qui n’est plus seulement focalisée sur les passages à l’acte de violence, puisqu’il s’agit de l’après-violence... On est autorisé à la compassion, d’autant que le film est plus narratif, et construit différemment, plus mûr. Néanmoins, le réalisateur n’a pas lésiné sur les handicaps de cette jeune fille sans bras sur un fauteuil roulant reconnaissant son agresseur en allant rendre visite à la poste à son ex-boy friend fiancé à une autre. Un monstre dégénéré qui se fait davantage de soucis sur la défaillance de sa mémoire en ne retrouvant pas les cadavres de ses victimes là où ils les a enterrées que sur sa conscience. Il faut le point sur le i - sa propre fille a fait partie du lot - pour que la femme de l’assassin pédophile accepte de voir ce qu’elle nie. Les parents de la jeune fille handicapée ne sont pas en reste, catastrophés de la voir revenir dans sa chambre demandant « Vous avez vendu ma voiture ? », ne sachant absolument pas comment se comporter avec leur fille, coupables collectivement de l’agression qu’elle a subie.

On note dans les trois films l’omniprésence des images du bonheur, comme les photos de mariage souriantes posées sur les meubles. Les objets de consommation sont des personnages à part entière, dont le réalisateur a très bien saisi le pouvoir dépressif, les filmant pour ce qu’ils sont après la mort des illusions : des objets inanimés et inutiles, donnant une sensation de dérisoire et de gâchis, dont on peut prendre la mesure après le décès d’un proche en rangeant ses affaires personnelles. Omniprésence également des armes blanches comme substituts à la sexualité défaillante dans une configuration mettant en scène la femme bovaryste, dépressive, et l’homme impuissant à la satisfaire

Le réalisateur a dit dans une interview qu’il s’était inspiré de Bergman ; extrait : « Les films de Bergman sont à mes yeux de véritables films d’horreur et d’épouvante. Bien qu’ils ne montrent pas de victimes fuyant un tueur et n’y arrivant pas vraiment, ni de poursuites en voiture ou de morts spectaculaires, ils traitent de ce dont nous avons vraiment, au fond de nous-mêmes, le plus peur : à savoir l’idée que la vie n’ait pas de sens, que nous vivions dans un monde sans Dieu, accompagnés seulement par le silence et l’indifférence... »

La mise en images de la violence comme Douglas Buck l’a ressentie chez Bergman va si loin dans sa représentation que la démonstration de l’auteur et le contenu du message s’en trouvent amoindris, le spectateur, anesthésié par le choc des images, étant lui-même traumatisé... Un film ultra-névrosé et dépressif, à déconseiller très vivement aux âmes normalement sensibles... Quand bon nombre de spectateurs, incapables d’en supporter davantage, sont sortis de la salle, après une vingtaine de minutes, une petite équipe de la production du film les attendait avec des caméras pour filmer leurs réactions : « Pourquoi êtes-vous sortis ? » Et pourquoi y sommes-nous allés ? C’est un peu le thème de Tesis d’Amenabar... Bon courage, un petit verre ou un Xanax ne sera pas de trop dans votre sac si vous allez voir ce film...


Moyenne des avis sur cet article :  4.56/5   (27 votes)




Réagissez à l'article

5 réactions à cet article    


  • chantecler (---.---.4.246) 18 octobre 2006 11:03

    @ Demian:coucou et amitiés !


  • caramico (---.---.211.238) 18 octobre 2006 15:50

    Les Etats-Unis d’Amérique du Nord, avec 300 millions d’habitants, ne seraient-ils peuplés que de tarés, de serial killers...

    Moi, quand je vais au cinéma, c’est pour me distraire, et cette inflation dans le genre gore et sado-maso malsain me donne la gerbe...

    Merci de m’avoir prévenu !


    • vomito (---.---.52.177) 19 octobre 2006 10:33

      le temps est hélas à la gerbe généralisée, on vit dans un monde qui fait gerber de tous les côtés...le cinéma s’adapte...


    • mathieu (---.---.188.187) 18 octobre 2006 18:47

      Est ce que l’art du XXI EME siecle n’a que pour seul source la morbidité, j’en est plus qu’assez de voir des viols, des meurtres, de la torture. J’en est plus que marre de voir des oeuvres sur tableau ou bien de marbre qui sont difforme faisant penser a un cauchemard. l’art des civilisations antique ainsi que celle du moyen age etait nettement plus beau et donnai un espoir contrairement celui d’aujourd’hui.


      • zozo (---.---.79.1) 19 octobre 2006 10:44

        à Mathieu

        Toi qui dis aimer le beau, commence par soigner ton écriture qui souffre manifestement d’une grave maladie qui l’enlaidit.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON








Les thématiques de l'article


Palmarès