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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Fazil Say, le Turc qui nous a fait jouir... avec les oreilles (...)

Fazil Say, le Turc qui nous a fait jouir... avec les oreilles !

Devrions-nous jamais écouter les « on dit » ? Et quel mélomane n'a pas entendu dire de Fazil Say, qu'il serait parmi les plus grands pianistes de ce 21ème siècle ? Les Turcs n'ayant pas les mêmes sensibilités que nous, c'est bien connu, c'est dire si je ne me serais jamais rendu à ce concert si je n'y avais été contraint sous la menace d'Athétürk, une association franco turque des plus virulentes !

 

Ces gens là, nous dit-on, ne connaissent pas le dialogue. Il est vrai qu'ils détiennent des moyens de persuasion sous formes de courbes et de regards qui dépassent l'inimaginable. Bref, la turque est fourbe... c'est bien connu !

Hier soir, j'ai donc vu le visage de l'Antéchrist, mes frères ! Diaboliquement beau, rayonnant, ensorceleur... Bref, le Mal incarné qui vous attend assis sournoisement sur son petit tabouret. A peine le malin est il entré en scène pour interpréter une sonate en Fa majeur que Domenico Scarlatti nous a envoûté. Puis de sonates en andante graziosos, et de menuettos en allegretos, Mozart a succédé à Scarlatti et déjà un frisson de velours courait dans l'air soyeux. Quand, peu à peu, telle une jeune mariée le soir de sa nuit de noces, les yeux fermés, le public a pénétré à l'intérieur de son Sérail...

Ce fut le deuxième entracte. Et de promenades en promenades avec Modeste Moussorgski, des Tuileries au marché, ces doigts de génie nous parcourant l'âme et le corps, arrachant littéralement un à un nos vêtements, nous nous retrouvâmes complètement nus dans les bleues catacombes. Imaginez un peu les centaines de pauvres ères que nous étions, à poil dans l'autant luxueux qu'illustre théâtre des Champs Elysées. Nus comme des vers au premier jour. A bout de souffle, nous crûmes néanmoins être arrivés à la porte de Kiev - qui était une porte d'or ! - en ayant, tant bien que mal, sauvé nos âmes et nos corps.

C'était sans compter sur la gerbe des cinq rappels que le Maître a impérialement fait jaillir de son glorieux instrument au visage du public... c'est là que le viol eu lieu ! A même sa terre noire (kara toprak), dans un lit de mélodies orgiaques. Une vraie partouze de couleurs résonnantes., ses doigts nous pénétrant. Insensé Fazil. Amant fougueux, puissant et ultra sensible. Je l'ai vu prendre une femme debout, pinçant à la corde, le grelot des soupirs divins, en pédicato. Faisant gémir les éthers comme avec un violon. Et ces mains ! Ces mains que tous regardaient en gros plan. Le piano sous ses centaines de regards voyeurs là prenait une dimension presque pornographique. Et quand Guershwing en a rougit, à notre tour, nous nous sommes immolés vivants sur nos sièges. Etreints que nous étions avec force et virtuosité, le Maître nous fit invoquer nos mères quand, extatiques, des frissons de lumières sortant de nos entrailles baveuses, au bout d'une marche turque jazzy effrénée et que nous ne connaissons qu'à lui seul, nous avons joui à l'unisson... avec les oreilles !
Du haut du deuxième balcon où je me situais, j'ai bien songé un instant il est vrai à balancer par la balustrade les quelques Gül (roses) qui se trouvaient à mes côtés, afin de remercier l'artiste comme il se doit, mais cela aurait été un homicide... est-ce de ma faute à moi si en turc, les prénoms commençant ou finissant par le mot rose courrent les champs et les salles de concert ?

Hélas donc, mes frères, je ne pourrais point crier au viol et le mariage forcé est en perdition. Ce fut bel et bien un mariage d'amour et le public en redemande encore. Aussi, s'il vous prenait d'aventure, de vivre un de ces moments magiques, je ne pourrais que vous recommander la plus grande prudence si vous désiriez aller écouter Fazil Say. Méfiez vous, néanmoins, ces gens là n'ont pas les mêmes sensibilités que nous, je vous aurais prévenu...

Regardez des vidéos de Fazil Say : cliquez ici !

Ecrit par Aurel d'Athétürk


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10 réactions à cet article    


  • Thucydide (---.---.101.8) 28 mars 2007 13:42

    Bravo pour ce témoignage, Athétürk a eu raison de vous inciter à aller voir ce pianiste d’exception qui, loin de jouer fort comme un Turc, est d’une délicatesse infinie quand il interprète Mozart (ce n’était sans doute pas le cas dans Moussorgsky, j’imagine). Son seul défaut est que je n’aime pas le voir jouer, ou alors, seulement ses mains.

    Et, avec lui comme avec le Libanais El Bacha, ça fait toujours du bien de voir qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre la culture musulmane et la culture occidentale. La laïcité culturelle, en somme.


    • Thucydide (---.---.101.8) 28 mars 2007 13:43

      Bravo pour ce témoignage, Athétürk a eu raison de vous inciter à aller voir ce pianiste d’exception qui, loin de jouer fort comme un Turc, est d’une délicatesse infinie quand il interprète Mozart (ce n’était sans doute pas le cas dans Moussorgsky, j’imagine). Son seul défaut est que je n’aime pas le voir jouer, ou alors, seulement ses mains.

      Et, avec lui comme avec le Libanais El Bacha, ça fait toujours du bien de voir qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre la culture musulmane et la culture occidentale. La laïcité culturelle, en somme.


      • Le furtif (---.---.146.170) 28 mars 2007 14:00

        @ l’auteur

        Alors comme ça , non seulement vous encensez un Turc mais en plus vous nous enchantez par votre langue vive et suave si éloignée des prétentieuses piteuses laborieuses ampoulées et absconses figures du theoricien de l’art officiel.

        Il fait trop beau pour ne pas aller au jardin.

        Cordialement

        Le furtif


        • Briseur d’idoles (---.---.168.138) 28 mars 2007 14:52

          Pour ma part je ne suis pas amateur d’oreilles, et encore moins de celles d’un Turc...

          Je reste fidèle à un organe plus classique et plus naturel...

          Mais chacun son truc (Turc !) smiley


          • Paradisial (---.---.14.248) 28 mars 2007 22:45

            Personnellement je préfère le piano oriental : le qanun (ou kanun).

            Que j’ai toujours apprécié un fameux français orientalisé qui joue à merveille du qanun.

            Je n’ai jamais retenu son nom (je l’ai peu entrevu). Mais sa belle allure d’occidental vêtu d’une tunique syrienne traditionnelle tronant parmi tout un parterre de grands maîtres du « muwachah » me reste gravée à la mémoire.

            Les turcs sont eux aussi connus pour être de très grands virtuoses du qanun.

            Mon avis de Fazil Say : :(/


            • Paradisial (---.---.14.248) 28 mars 2007 23:00

              Un peu d’exotisme s’impose.

              Voilà une série de morceaux instrumentaux composés et joués par le fameux interprète turc : Omar Faruk Tekbilek.

              (écoute streaming)

              - Mystical Garden

              - Topkapinin

              - Araya


            • Paradisial (---.---.14.248) 28 mars 2007 23:05

              Omar Faruk Takbilek de nouveau, mais au qanun :

              - Seni Seviyorum (càd : Je vous aime) (en turc)

              Très exotique, redondant, mais très appréciable, surtout avec une excellente sono.


            • Paradisial (---.---.14.248) 28 mars 2007 23:09

              Pas aussi mélancolique que ça pourrait le parraître :

              - Kalanlarin Ardindan , par le groupe turc : Yedi Karanfil


            • (---.---.155.19) 2 avril 2007 20:45

              Un turc qui joue de la musique d’un autrichien, quelle singularité par rapport à l’Histoire. Les ancêtres ottomans de ce pianiste ont assiégé deux fois Vienne et par deux fois, la ville fut sauvé du cauchemar de la dhimmisation. La cathédrale Saint Etienne ne connaitra pas l’humiliation de Sainte Sophie d’Istanbul (Byzance si on veut). La seconde fois est heureusement synonyme de début de la fin pour les ottomans qui vont subir défaites sur défaites. La montée en puissance de la Russie va permettre aux peuples des balkans de briser le joug turc mais m’évitera pas le génocide arménien.


              • Raphaël Zacharie de Izarra Raphaël Zacharie de Izarra 20 mai 2007 15:21

                Je ne suis pas critique musical, aussi ne puis-je me prononcer sur le plan de la critique strictement artistique et technique de ce pianiste.

                Cela dit, Fazil Say par ses singeries grotesques est hilarant. Je me régale de ses exécutions musicales hystériques. Il se ridiculise (en a-t-il au moins conscience ?) et précisément c’est un plaisir que de le voir se tordre, se plier, tirer la langue, postillonner sur son clavier, écarquiller les yeux en jouant.

                C’est un ravissement cynique que de le voir se contorsionner comme une « saucisse à trompette » au-dessus de son clavier en exécutant sa fameuse version de la « Marche Trurque » de Mozart. Ce qui n’ôte rien à la valeur de sa propre composition intitulée « Terre noire ».

                Je regarde toujours jouer avec un plaisir intact, d’un oeil plus sarcastique que mélomane, ce phénomène de cirque qu’est Fazil Say.

                Raphaël Zacharie de Izarra

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