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Femmes en scène

Siège danse Sara Martinet Compagnie les baigneurs accompagnement artistique Claire Heggen, Yan Bernard et Sophie Carlin théâtre Golovine à 10h45.

Sunny Side d'après Billie Holiday Naïsiwom El Aniou compagnie Le Makila Théâtre de l'Ange rue des teinturiers à 15h30

Les lettres de l'intérieur adapté du roman de John Marsden adaptation et mise en scène Marie Dupleix, assistée de Pénélope Lucbert avec Ariane Brousse et Thalia Otmanetelba (ou Marie Delmarès) Compagnie les MistOns Théâtre La Luna à 11h15

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Siège

Siège est une variation pour une danseuse et un siège. Le siège est immobile. C'est une sorte de chaise de bar, plus haute que les chaises ordinaires de nos cafés ou de nos cuisines. Elle est fixée au sol au centre d'un rectangle vert comme un coin de pelouse. Ainsi, elle est capable de porter à angle droit la danseuse qui va l'explorer comme un pays magnifique et immense. Une seule chose est interdite presque : s' asseoir et encore, si c'est de façon fugitive, en arrivant par le haut, en sautant ou autre, c'est possible. L'étonnement du spectateur, pour qui sait (bien) voir, est permanent. Sara Martinet se met dans un état de danse avec cet objet, dont elle visite les entrailles vides comme si c'était des terrains d'aventures, des terrains vagues, si petits et étroits pourtant.Variations autour d'une chaise, c'est aussi et surtout variations autour du corps, autour d'un corps. On ne sait plus qui porte l'autre, qui se définit dans ce frottement, qui est le miroir de l'autre.

L'espace de la danse On n'est pas dans le passage, le dérapage du quotidien au spectacle, comme dans les danses d'Érika Zueneli, même si on est aussi dans le détournement d'objets, même si on est dans la signification, l'extension, l'incandescence du sens des objets.

Les espaces de création de la danse se fondent dans d'autres arts (mime, théâtre...) et multiplient le champ des possibles. Sara Martinet nous offre un moment fort de création chorégraphique dans un espace restreint, contraint, et dont la contrainte même est la ligne de l'aventure.

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Billie-Naïsiwom

Dans Sunny Side, Naïsiwom El Aniou nous raconte moins l'histoire de sa vie que le portrait de la personne Billie Holiday. Naïsiwom El Aniou ne chante pas, elle danse sur les musiques de Billie Holiday. Naïsiwom El Aniou a une relation singulière, très personnelle avec la voix de Billie. A 20 ans, elle a été emportée, englobée par la voix de Billie. Elle a eu des période où elle l'écoutait 24h sur 24. Naïsiwon a l'âge de Billie quand cette dernière est morte ; elle a joué avec émotion le 17 juillet, exactement 55 ans après sa mort (1959). Elle a théorisé cette obédience à l'université.

Billie Holiday est la première chanteuse noire à écrire des chansons. Elle quitte le blues et va vers le jazz. Elle a une manière à elle d'écrire sur les standards qui les réinventait, c'était une grande musicienne, d'une grande précision...

Naïsiwom El Aniou s'est servi au plus près des textes de Billie de son autobiographie ( Lady sings the blues, coécrit avec un journaliste) dans laquelle la chanteuse ménage son public et calcule un peu son image. Cependant, elle n'a pas tout mis encore de la vie pleine de malheurs qu'a eu Billie : prison, drogue, maris qui la battait, maquereau propriétaire de boîtes qui ne payait pas, viols... C'était trop. Naïsiwom El Aniou a voulu la mesure de ce que c'était, la lumière qui jaillit de toute ces difficultés, la gloire interdite aux noirs et qui cristallisaient les haines racistes...

Billie Holiday était solaire, c'est ce soleil que nous voyons dans Sunny Side, alors que ce côté ensoleillé de la rue était le seul permis aux noirs, l'ombre rafraîchissante étant réservée aux Blancs.

La voix est une matrice qui fonde toutes les expressivités, traverse les sens et le sens, particulièrement, pour Naïsiwom El Aniou, celle de Billie Holiday et elle nous donne à partager ce sentiment essentiel et la sublimation de ce Sunny Side.

 

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Les lettres d'intérieur est écrit par un homme ; joué par deux jeunes femmes qui ont presque l'âge des rôles. Deux adolescentes étatsuniennes correspondent par courrier papier suite à une annonce publiée par l'une d'elle. Je ne sais pas si cela existe en France. En tout cas, on y croit. Chacune d'elle parle (écrit) à son tour. Leur espace scénique est délimité par un carré de moquette, avec une sorte de mitan, on est dans leur chambre, un lit, quelques affaires. On aura rien d'autre de leur vie et ce qu'il se passe, elles nous le disent. Variation pour adolescente et son lit. Comme un journal intime, confidences, retours sur soi, sa journée, ses passions, ses ennuis, écrits pour une inconnue.

Des petites anicroches apparaissent. L'une d'elle reçoit son courrier avec une boîte postale...ce n'est rien, c'est la boîte postale de l'entreprise de son père... Elles écrivent comme des ados. « J'arrête parce que je n'ai plus rien à te dire. » Elles vont se découvrir peu à peu. En partant de ces échanges plutôt ordinaires, banals. L'une est dans une situation ordinaire, de classe moyenne, l'autre, dans une situation nettement plus exceptionnelle. Elles vont passer outre. Et continuer à s'écrire, à s'aimer par lettre. Sous l'ordinaire, rien n'est si simple. Une violence « gratuite », sans cause, couve. On croit toujours qu'il faut une raison (qui sert d'excuse, ou de « mobile » à une violence). On veut toujours croire que sous le mal, se cache un bien, qui se trompe de cible, se trompe de méthode, se trompe de chemin. Or, sans trahir le nécessaire dévoilement de la situation de chacune de ces deux jeunes filles que le spectacle apporte, on voit bien comment la violence n'a pas besoin de naître de quelque chose pour être. Elle peut bien sûr être une réaction négative à une violence, elle n'a pas besoin d'antécédents et peut s'exercer soudain sans s'annoncer ou en s'annonçant à bas bruit. Les deux comédiennes sont excellentes et portent ces deux ados parfaitement, projettent joie de vivre, confiance, inquiétude devant l'avenir, dans une mise en scène exacte, juste, pile ad hoc...


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