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Fervent Lassus. Cinquième et dernier volume de la Biographie musicale par Vox Luminis

Des quatre volumes précédents parus chez Musique En Wallonie et qui composent cette Biographie musicale consacrée à Roland de Lassus (1532-1594), certains nous ont laissé sur notre faim, particulièrement le volume IV paru il y a un an. Mais idée ô combien noble, ce projet a aussi permis de comparer cinq ensembles se frottant à la musique sans concession du natif de Mons. Etait-ce un choix délibéré de terminer avec Vox Luminis dont les quelques enregistrements épars pour les coffrets édités chez Ricercar auguraient le meilleur dans ce répertoire de la fin de la Renaissance ? Il semble en tout cas que le projet de Musique En Wallonie, en collaboration avec la musicologue Annie Cœurdevey, tient ici avec le cinquième et dernier volume sa plus belle réussite depuis l’excellent premier disque des œuvres de Ludus Modalis (2011).

Puisqu’il existe quatre portraits originaux du compositeur, la pochette du cinquième volume se distingue d’emblée par la Vanité de Simon Renard de Saint-André (1613-1677) où figure la partie de ténor de la célèbre chanson Bonjour mon cœur, ici dans une version à trois voix de Jean de Castro (c.1540-1611). La peinture est aussi un écho à la deuxième pièce du programme Quid prodest stulto où le ténor chante dans une espèce d’ostinato les mots « Vanitas Vanitatum ». Parlant de programme, celui-ci est composé d'inédits à la seule exception, à ma connaissance, de la moresque O Lucia miau miau enregistrée il y a vingt-ans par l’Ensemble Clément Janequin. Nous avons essentiellement des chansons françaises, des madrigaux et des motets allant de trois à douze voix et disposés en ordre chronologique, des débuts de Roland de Lassus aux publications posthumes de ses fils. Nouvelle différence là encore où les précédents volumes s’arrêtaient sur un point précis de la biographie du compositeur.

Il fallait donc oser pour ce dernier disque et le défi est relevé. La réussite tient en plusieurs facteurs et le premier est certainement le choix des combinaisons minutieusement pensé par Lionel Meunier afin d’obtenir la couleur et l’équilibre qu’exige chaque pièce. Ceci explique le nombre important de chanteurs (dix-huit), offrant au disque non pas un son disparate comme on aurait pu le craindre mais une continuelle homogénéité. Le deuxième facteur réside dans le choix des pièces. Ici aussi rien n’était moins simple au vu de la diversité des styles et des effectifs mais l’on peut dire que l’enchainement des pistes est globalement réussi et que la qualité intrinsèque de chaque pièce aide énormément. Enfin, la dernière raison pour laquelle ce disque est un grand disque demeure dans la prise de son transparente effectuée par Manuel Mohino. Fidèle au poste depuis le début de l’aventure Lassus, il est parvenu à enregistrer Vox Luminis tel qu’il résonne en concert.

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Bien sûr, certains choix sont contestables. Il en va surtout de la deuxième pièce Quid prodest stulto déjà mentionnée plus haut où, afin de faire ressortir les mots « Vanitas Vanitatum », le ténor est mis en avant par rapport aux autres voix. Si on peut comprendre l’intention voire la louer, il n’en reste pas moins que le contrepoint est déséquilibré et que le résultat final tient plus du brouillon que de la compréhension pédagogique. Cependant, ce sont les points forts qui illuminent constamment le disque. Et il est fort heureux que la pièce suivante, la chanson à cinq voix Sur tous regretz (cliquez ici pour écouter), est l’un des sommets du disque. Chanson mélancolique à souhait, l’ensemble a réalisé un travail d’orfèvre en rendant parfaitement le caractère dolent traduit par les inévitables retards et dissonances. On est admiratif tant à l’écoute du motet Deus misereatur nostri, où la paire de sopranos Zsuzsi Tóth-Caroline Weynants montre toute leur complémentarité pour asseoir les notes haut perchées, qu’à celle du madrigal Oh d’amarissime onde pour sa clarté et son enthousiasmante conduite des voix. Enfin, un disque Lassus ne serait pas complet sans les chansons aux textes très suggestifs. Outre la moresque citée ci-dessus, le contrat est bien rempli avec le lied Tritt auff den rigel qui présente un Vox Luminis plus débridé qu’à l’accoutumée mais non moins convaincant.

Vous l’aurez compris, ce dernier volume referme de manière magistrale la Biographie musicale de Roland de Lassus et recèle de petits bijoux qui ne tiennent qu’à la rigueur et l’amour portés à ce projet par Lionel Meunier et son ensemble. Formulons un vœu : que Vox Luminis chante et enregistre dès à présent plus de musique de la Renaissance car ce disque est la preuve éloquente des affinités de l’ensemble avec ce répertoire. 

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Roland de Lassus (1532-1594)

Biographie musicale Vol. V 
Lassus l’Européen

Vox Luminis
Lionel Meunier, basse et direction artistique

Helen Cassano, Clara Coutouly, Amélie Renglet, Zsuzsi Tóth, Kerlijne Van Nevel, Caroline Weynants - Sopranos

Barnabàs Hegyi, Jan Kullmann, Bart Uvyn - Contreténors

Olivier Berten, Pieter De Moor, Philippe Froeliger, Raffaele Giordani, Peter de Laurentiis - Ténors

Erik Van Nevel - Baryton

Pieter Stas, Bart Vandewege - Basses

Haru Kitamika - Orgue


2015 Musique En Wallonie MEW 1579


Ce disque peut être acheté via ce lien

 

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