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« Fin de partie » de Beckett par Charles Berling au Théâtre de l’Atelier

Avec les didascalies nombreuses et précises de Samuel Beckett, Charles Berling, conseillé par Christiane Cohendy, savait à l’avance qu’il n’aurait pas grande latitude pour se démarquer du décor contextuel de Fin de partie, défini une fois pour toutes.

En effet, dans ce huis clos cellulaire où deux vasistas placés à hauteur d’escabeau se font vis-à-vis entre terre et mer, la nuit et le jour se succèdent sans que ses quatre occupants puissent différencier le temps de l’espace, l’un aveugle derrière ses lunettes noires, deux autres confinés à l’isolement obscur, le dernier en servage prostré.

Cette situation relationnelle, à mettre au compte de l’absurde par certains, est paradoxalement envisagée par Charles Berling pour le comble du réalisme psychosocial d’où le texte de Beckett prendrait sa saveur clownesque tellement proche de la condition humaine.

Lui-même endosse donc ce personnage de Clov qui, en claudiquant, tourne en rond dans son esprit pour s’arrêter figé en des postures d’attention à son bourreau semblant le retenir par une laisse invisible.

Quant à lui, enchaîné à son fauteuil d’handicapé à vie, Hamm mène, à sa baguette de chef, le bal des dupes apparemment consentantes où les ordres contradictoires fusent comme autant de couperets à ce qui leur restent, en commun, de forces vitales.

Il faut dire que ses parents, sans jambes, terminent leur odyssée terrestre en des poubelles placées côte à côte, mettant définitivement leurs râles hors de portée de vue et d’ouïe.

En écho à cette danse du scalp inversée, où le personnage central ligoté à son totem fait régner une terreur de tous les instants, les trois autres répondent à ses velléités dans la docilité conciliante de ceux qui n’ont plus accès au libre arbitre. Cependant qu’une porte reste toujours disponible à ouvrir pour celui qui pourrait rire le dernier.

Autant sa mise en scène de Caligula deux années auparavant dans ce même théâtre de l’Atelier avait été fantasque et brouillonne, autant ici Charles Berling a la volonté de faire preuve de sobriété et de retenue. Gilles Segal et Dominique Marcas s’impliquent dans cette peinture où la détresse touche aux confins de l’indicible. Par contrastes jubilatoires, Dominique Pinon excelle dans le sarcasme, l’arrogance et l’ironie condescendante. C’est lui qui aura le dernier mot de la partie.
 
Affiche DR. Photo Julien de Rosa
 
FIN DE PARTIE - ** Theothea.com - de Samuel Beckett - mise en scène : Charles Berling - avec Charles Berling, Dominique Pinon, Gilles Segal, Dominique Marcas - Théâtre de l’Atelier -
 


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1 réactions à cet article    


  • SANDRO FERRETTI SANDRO 16 octobre 2008 10:11

    Un role taillé à la mesure de Dominique Pinon, un grand talent méconnu.
    Est-ce que sera pour lui "Oh, les beaux jours", autre merveille de Beckett ?

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