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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Foire du livre de Bruxelles : Entre marginalité et représentation (...)

Foire du livre de Bruxelles : Entre marginalité et représentation négative

"Le noir, le diable ailé, en amour, en extase, derrière la blanche – colombe – rousse à la paleur virginale, symbole de pureté."
...
C'est ce que je vois dans ce qu'a été l'affiche de la foire du livre de Bruxelles... elle sont où les organisations des diasporas noires de Belgiques ? Pourquoi ce truc n'a pas soulevé - au minimum - des interrogations ?

J’ai fait la foire du livre de Bruxelles !! :-)

Extraordinaire expérience.
J’ai eu la chance de collaborer avec Dominique Gillerot et l’ONG CEC, qui fait des choses extraordinaire dans la mise en avant des cultures des Afriques. J’ai partagé une scène tonique, rigolarde et faite d’exultation du verbe avec les auteurs Ramcy Kabuya et Fiston Mwanza. J’ai passé la soirée autour d’un verre avec en compagnie de Capitaine Alexandre, poète rempli de verve et des monuments comme Danny Laferrière, Rodney Saint-Eloi et…
Et j’ai pris le métro Bruxellois. Et...

Et je suis tombé sur l’affiche de la foire de Bruxelles. Je suis tombé sur ce truc qui squattait le badge accroché à ma poitrine depuis 24h, sans que j’y fasse attention...

Et là je me suis dit :

« Noooon !! je suis tombé dans une machine à remonter le temps qui m’a ramené dans les années 50 !! »

et j’ai même, par réflexe, commencé à chercher du regard le sourire du noiraud Banania ou le nègre à plume dans le cul de l’exposition universelle. Le grand-père de Karembeu, sûrement.

Parce que, franchement, quand on voit une image, même pas subliminale de ce type, à quoi pouvez-vous penser ?

Le noir, le diable ailé, en amour, en extase, derrière la blanche – colombe – rousse à la pâleur virginale, symbole de pureté.

Je suis de mauvaise foi ? Mon regard est rempli d’idées préconçues ? M’ouai…

Je me suis dit, cette image doit avoir une symbolique, un truc lié à la foire, un truc qui expliquerait tout.
Et j’ai fait tout le tour de la Tour-machin-et-taxi dans laquelle se tenait le foire et du livre. J’ai déambulé pendant 48h, à la recherche d’une raison qui expliquerait l’image, mais aussi le slogan qui lui a été , un temps, associé, « Les liaisons dangereuses »

Liaisons dangereux d’une jeune vierge blanche soumise à la bave de la souillure du diable noir ?

Bref…
J’ai crapahuté dans toute ce lieu de culture et, là encore, le choc !!
Ils sont où les auteurs des Afriques dans ce gigantesque lieu de culture ?

Attendez…nous sommes bien à Bruxelles ? Cette ville qui est l’une des plus métissées d’Europe et qui a une énorme histoire avec l’Afrique, avec mon Congo en particulier ?
Ah, oui. Des auteurs noirs ! Là !! Danny Laferrière. Fiston Mwanza Mujila et Jean Bofane (c’était bien là le minimum)… et c’est tout.

Ah, oui. Des livres des Afriques ! Là ! Perdus, tels des morpions dans une tonsure de Néanderthalienne, sur le Stand de Actes Sud ou du Seuil. Et j’ai cherché.
Oh miracle ! Le stand des éditions SEPIA, le stand du CEC (en association avec le distributeur L’oiseau Indigo), il y a des littératures des Afriques !!

Donc, résumons.

Les belges ont mis cette image-là, rempli de sous-entendus et de stéréotypes raciaux d’un autre âge (franchement, le noir-démon et la blanche virginale... QUI A PONDU CETTE AFFICHE !!?) comme symbole de leur foire du livre, l’image de la culture qu’ils veulent voir associée à leur pays et... ceux d’Afrique, ceux d’origine des Afriques, y sont totalement absents. A quelque trois Alibis près. Si j’étais de mauvaise foi, je pourrais penser que qu’on nous fait comprendre, de façon presque pas subliminale, que l’Afrique est, et restera, à la marge du Plat Ppays qui n’est – décidément – pas le mien.

PS  : Ah oui, j’ai failli oublier, j’étais à la foire du livre dans le cadre du collectif « Palabres autour des arts », pour mener une table ronde sur le thème : « Les littératures des Afriques : De la marginalité à la lumière » .
Ben, j’ai pu me rendre compte qu’en Belgique, sur la foire du livre, il y avait délestage.


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14 réactions à cet article    


  • Ruut Ruut 3 mars 2015 14:11

    Non c’est 2 lesbiennes qui simplement se tripotent.


    • chitine chitine 3 mars 2015 16:49

      Monsieur Doszen,
      Pour produire cet effet de corruption du sujet au premier plan par le fond (une compo hyper classique) il faut user de contrastes forts. D’où l’opposition noir/blanc
      .
      La figure convoquée ici est celle d’un démon, une créature de l’ombre, et sa noirceur n’a rien d’un critère ethnique mais est uniquement symbolique.
      .
      Je ne connais pas votre travail mais là vous vous fourvoyez, il me semble.
      Je n’ai absolument pas vu une femme d’origine africaine, j’ai vu une scène de passion entre un éphèbe blanc et une harpie corruptrice.


      • chitine chitine 3 mars 2015 16:53

        @chitine
        « j’ai vu une scène de passion entre un éphèbe blanc et une harpie corruptrice »
        Réflexion faite, c’est plutôt une gargouille...


      • Joss Doszen Joss Doszen 3 mars 2015 18:42

        @chitine
        L’art c’est une chose sensible. A partir du moment où l’artiste le jette dans le regard des gens, chacun y voit les choses selon sa sensibilité. Les représentations négatives des noires ont été et sont une réalité en Europe, et moi, je vois une image qui renoue avec des vieilles « habitudes ».
        Je ne vois pas en quoi je me « fourvoie » et ce ne serait pas vous qui l’interpréteriez faussement... dans tous les cas, je ne vois pas pourquoi ma sensibilité serait disqualifiée, et je l’exprime


      • Joss Doszen Joss Doszen 3 mars 2015 18:45

        @chitine
        De plus, cet article traite de deux choses : représentation et marginalité. Et je n’ai absolument pas inventé le fait que sur la plus grande manifestation livresque de Belgique je n’ai compté qu’un nombre epsilonnien d’auteur noirs et de production d’auteurs des Afriques. Connaissant l’histoire coloniale belge, ça frise le déni


      • Joss Doszen Joss Doszen 4 mars 2015 08:32

        @gros macho
        Concernant le calme, je pense que mon article, et mes réponses sont relativement « calme et pondérés », non ? smiley

        De plus, vous le dites vous-même, « traditionnellement la couleur noire est associée à l’image du démo » , en occident, pas dans les autres cultures. Et si vous regardiez un peu l’histoire, cette association « noir=démon » a été « promu » par l’église catholique pour justifier la bestialité des noirs et donc admettre l’esclavage.... rien ne vient de rien et l’histoire est là pour le dire.
        D’où ma « sensibilité », effectivement


      • bakerstreet bakerstreet 3 mars 2015 19:52

        J’ai vraiment du mal à vous suivre ; 


        je ne sois vraiment pas en quoi cette affiche dégage des stéréotypes ( mot d’ailleurs qui est lui même un stéréotype fâché tant on le sort à toutes les sauces en manipulant les concepts)

        Bref, tout cela ne serait il pas chez vous projectif ?
        Et un peu fâcheux, car je crois comprendre que vous êtes noir.
         Que vous le soyez on non d’ailleurs m’indiffère, mais rend un peu étrange votre compréhension, et vos représentations symbolistes. 

        Dans le symbolisme, le noir n’est pas le diable.
         Le diable,on le représente en rouge, ou encore en jaune, qui au moyen age, est la couleur des traîtres, des filous, et des parjures. 
        On parle encore d’un jaune, dans les mouvements ouvriers. 

        Le noir, c’est une des deux couleurs du sacré, l’autre justement étant le blanc. C’est une couleur actuellement plutôt tendance et chic, absolument pas mortifère. Dans la photo, au ciné, sur un échiquier, le noir et le blanc, plutôt que de se combattre se complètent. 

        En l’occurrence, sur cette photo, où l’on voit un couple aimant, amoureux l’un de l’autre, sans violence aucune, ouverte aux choses de l’amour et de la vie..

        Mais peut être que l’essentiel est ailleurs, et que vous en avez vu de toutes les couleurs.

        • Joss Doszen Joss Doszen 3 mars 2015 22:07

          @bakerstreet
          Je pense qu’on ne peut discuter des représentations des noires sans faire un minimum de retour historique. si vous prenez les choses au premier degré, sans cette loupe de ce qu’ont toujours été les représentations des noires à travers l’histoire (noire, diabolique, démoniaque, voulant souiller la femme blanche, etc...), on ne peut accepter que moi, homme noir, j’ai un regard suspicieux sur ce type d’affiche.
          Je ne prétend pas détenir la vérité. Je dis simplement, que je connais l’histoire des représentations, des « contrastes » noirs/blancs, et je ne saurai regarder cette affiche avec un regard neutre


        • COVADONGA722 COVADONGA722 4 mars 2015 09:06
          bonjour mr Dozen
           yep s’agissant de couleur et de subjectivité 
          Par ailleurs je suis sur la ligne des autre intervenant je ne vois pas un « male » noir mais la représentation dans ma culture du « mal » et je trouve votre raccourcis catholique /esclave un rien limite la représentation du Belzébuth noir est antérieure à la traite négrière .Traite initiée comme chacun sait par d’autres africains blancs et noirs .
          Votre critique n’est pas sans rappeler les interventions contre tintin la bd .étonnant que des personnes cultivées et éduquées s’avèrent incapable de replacer des « créations » dans leur contexte historique et social.
          cdtl
          asinus

          • Joss Doszen Joss Doszen 4 mars 2015 09:17

            @COVADONGA722
            Etonnant que des personnes cultivés s’avèrent incapable de considérer le monde que sous leur seule représentations culturelles

            quand à l’église et la justification de l’esclavage, je vous invite à consulter les milliers d’ouvrages, écrits par des occidentaux qui en parle

            Et je ne pense pas qu’il soit ici utile de lancer un débat sur le confusion qui est faite, sciemment, entre les régimes de servage des peuples africains, l’esclavage arabo-musulmane et la traite négrière occidentale. C’est devenu depuis trop longtemps une justification occidentale sur le mode « c’est pas nous qui avons commencé, c’est de votre faute »

            Bref, cet article, encore une fois, souligne le fait que les représentations ne sont pas vécu de la même manière, selon l’histoire de chacun. Et les réactions comme la vôtre souligne, encore une fois, que pour beaucoup, si on ne pense pas comme eux cela veut dire que l’on est totalement à côté de la plaque.


          • chitine chitine 5 mars 2015 11:34

            @Joss Doszen

            "Bref, cet article, encore une fois, souligne le fait que les représentations ne sont pas vécu de la même manière, selon l’histoire de chacun. Et les réactions comme la vôtre souligne, encore une fois, que pour beaucoup, si on ne pense pas comme eux cela veut dire que l’on est totalement à côté de la plaque.« 
            .
            Je le prend aussi pour moi, qui vous avais répondu plus haut.
            Je ne pense pas que vous soyez totalement à côté de la plaque.
            J’ai exprimé qu’il me semblait que vous vous trompiez, ce qui n’est pas une censure de votre point de vue.

             »Parce que, franchement, quand on voit une image, même pas subliminale de ce type, à quoi pouvez-vous penser ?« 
            .
            J’avais voulu répondre à cette question que vous posiez dans l’article. Et moi, ce à quoi l’affiche m’a fait penser, c’est à une relation corruptrice, passionnelle. Je n’ai pas vu dans la »démone« une femme d’origine africaine,
            .
            Quant à la connotation possible, je dirais que pour moi la »démone" est en l’occurence un être désirable.
            .
            Pour qu’il y ait danger d’amalgame raciste, il faut que les gens voient dans cette affiche une femme d’origine africaine connotée négativement. Et je pense que ce n’est pas du tout le cas.
            .
            Après, sur la question de la représentation d’auteurs d’origine africaine à la foire du livre, je vous laisse seul juge, je n’y suis pas allé.


          • COVADONGA722 COVADONGA722 4 mars 2015 09:33

            yep juste quelques instants avant de retourner à mes chaines.

            Non il ne s’agit pas pour moi de justifier l’occident dans la traite négrière, mais pour beaucoup 
            d’Africain cette vision tronquée serait comme d’expliquer le moyen orient en faisant l’impasse sur Babylone voir l’Égypte des pharaons.
            Par ailleurs s’agissant d’interprétation je vous penserais dans le vrai si cette affiche était utilisée ans un contexte politique par exemple.De la même manière que le procès perpétuel en
            « démocratie » fait aux autres peuples de la planète m’apparaît injustifié et injustifiable je considère que l’adéquation forcé de mes référents culturels à une lecture repentante et culpabilisante n’a pas lieu d’être .
            Il n’y a pas dans mes formulations « même maladroite » de volonté de clore le débat et je considère
            l’expression de la vision de chacun comme légitime .
            asinus : ne varietur 

            • Alex Alex 4 mars 2015 19:43

              Pour voir un Africain noir dans ce dessin, il faut être vraiment obsédé, comme tous les CRANistes.

              Le noir, ici, c’est l’obscurité, la nuit, traditionnellement associée aux démons de toutes sortes, aux sorcières, aux incubes et succubes ; on rencontre ce thème dès les premiers textes sumériens.
              Donc au lieu d’exposer votre ignorance, vous feriez mieux de nous parler du dernier salon du livre de Kinshasa.

              • Tillia Tillia 7 mars 2015 08:11

                Les liaisons dangereuses étant le thème de cette foire du livre, il m’apparaît que les deux personnages, représentent le Bien et le Mal, les Ténèbres et la Lumière, en fait tout ce qui s’oppose et qui pourtant se lie dans un Bonheur/Malheur. C’est le Yin Yang de la Vie. 


                Je n’ai jamais vu un démon ou une gargouille être représentés sous leurs meilleurs jours, ce sont des entités sombres de la littérature et du cinéma, par contre le personnage que le démon enlace est androgyne, ce flirt avec le danger peut aussi bien concerner un homme, qu’une femme, ou quelqu’un du 3ème genre (puisque c’est à la mode).

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