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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Francisco de Miranda et la France : côté face, côté pile

Francisco de Miranda et la France : côté face, côté pile

Le lancement par La Poste et Ipostel (les services postaux de France et du Venezuela) d’un timbre-poste commun à l’effigie de Francisco de Miranda, me donne l’occasion de parler de ce personnage hors du commun, précurseur des indépendances en Amérique latine et général de la révolution française. Portant la mention France-Venezuela, le timbre en question a déjà été émis par le service postal vénézuélien Ipostel, tandis que La Poste le sortira en France le 6 novembre prochain.

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Portrait équestre de Francisco de Miranda, par Emilio Mauri, 1887
Qui est donc ce Francisco de Miranda, personnage suffisamment important pour mériter une émission commune entre la France et le Venezuela ? Disons tout de go que ce Vénézuélien a des attaches particulières avec la France. Dès 1791, il prend une part active à la révolution française, durant laquelle il se lie d’amitié avec les Girondins Jacques Pierre Brissot et Jérôme Pétion de Villeneuve. Il est pendant un temps général de l’armée révolutionnaire et, en 1792, participe à ce titre aux batailles de Valmy et Neerwinden, sous les ordres du général Dumouriez.
 
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Sous l’Arc de triomphe
Aussi est-il le seul Latino-américain à avoir son nom inscrit sous l’arc de triomphe à Paris, aux côtés d’autres combattants de la révolution française. Son portrait fait aussi partie de la galerie des personnages illustres du palais de Versailles et sa statue se trouve en face de celle du maréchal Kellerman au champ de Valmy. Voilà pour le côté face, celui que l’on commémore aujourd’hui.
 
Revers de la médaille
 
Mais il y a le revers de la médaille, dont on ne parle plus guère de nos jours, diplomatie oblige. En effet, en ces temps troublés de la révolution, Francisco de Miranda connaît quelques difficultés personnelles. Soupçonné de sympathie pour les Girondins, il est arrêté en avril 1793 sur l’ordre d’Antoine Quentin Fouquier-Tinville, accusateur public du tribunal révolutionnaire. Il est formellement accusé de conspirer contre la république.
 
Face aux attaques virulentes portées contre lui dans L’Ami du peuple de Jean-Paul Marat, il assume lui-même sa défense. Son éloquence et son assurance sont telles qu’il est déclaré innocent. Mais la campagne de Marat et des Jacobins contre sa personne n’en continue pas moins, si bien qu’en juillet 1793, il est une nouvelle fois arrêté. Il est alors incarcéré dans la prison de la Force, l’une des antichambres de la mort en ces temps de Terreur. À nouveau jugé, il ne craint pas d’accuser en plein tribunal le Comité de salut public de tyrannie.
 
Clandestinité
 
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Francisco de Miranda par M. Tovar y Tovar

On ne sait trop comment Miranda s’en est finalement tiré. Il semble bien que le gouvernement révolutionnaire ne savait trop que faire de son encombrante personne. Aussi reste-t-il emprisonné à La Force jusqu’en janvier 1795, soit plus de six mois après la chute de Robespierre. Une fois libéré, maintenant convaincu que la direction prise par la révolution n’est pas la bonne, il va jusqu’à conspirer en compagnie de royalistes modérés. Arrêté une nouvelle fois, il reçoit un ordre d’expulsion du pays, mais décide plutôt d’entrer dans la clandestinité.

 
Il réapparaît quelque temps plus tard, après avoir reçu des autorités la permission de rester en France. Cela ne l’empêche pas de participer à une autre conjuration monarchiste en septembre 1797. La police reçoit l’ordre d’arrêter celui qu’on appelait par erreur le « général péruvien ». Il retourne alors dans la clandestinité, et, ayant perdu toute illusion quant à la France et sa révolution, s’embarque pour l’Angleterre en janvier 1798.
 
Péripéties
 
Ce ne sont là que quelques-unes des péripéties de la vie de Francisco de Miranda, grand voyageur et aventurier que Napoléon Bonaparte qualifiait de "Don Quichotte, avec cette différence que celui-ci n’est pas fou et qu’il a du feu sacré dans l’âme".
 
On pourrait encore parler de sa participation indirecte, dans les rangs de l’armée espagnole venue lutter contre les Anglais, à la révolution américaine ; de ses rencontres avec les révolutionnaires états-uniens George Washington, Thomas Paine et Thomas Jefferson ; de ses voyages dans toute l’Europe ; de ses amours supposées avec l’impératrice Catherine II de Russie ; de ses expéditions en Amérique latine, pour libérer les colonies espagnoles du joug espagnol. Sans parler du côté people avant la lettre du personnage, grand courtisan et séducteur de ces dames...
 
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Retour au Venezuela de Francisco de Miranda, par Johann Moritz Rugendas
 
Derniers faits d’armes 
 
C’est au Venezuela qu’auront lieu ses derniers faits d’armes. Après une première expédition ratée en 1806, il revient dans son pays natal le 10 décembre 1810, alors que plusieurs juntes révolutionnaires locales, celle de Caracas en tête, s’opposent au pouvoir colonial espagnol. Un congrès est formé, une constitution est adoptée, la république est proclamée, l’indépendance est déclarée formellement le 5 juillet 1811.
 
La guerre civile éclate. D’abord victorieux, les républicains commencent à connaître en 1812 de sérieux revers militaires. Francisco de Miranda est nommé général en chef de l’armée et reçoit tous les pouvoirs. Mais il ne peut rien contre la poussée des royalistes et les défections dans son propre camp. Pressentant la défaite inévitable, il signe un armistice avec les royalistes le 25 juillet 1812, en échange de quoi il reçoit l’autorisation de quitter le pays. C’est la fin de la première république.
 
Trahison ? Trahisons ?
 
Considérant cette capitulation comme une trahison, plusieurs de ses compagnons d’armes, dont Simón Bolívar lui-même, viennent l’arrêter la nuit avant son départ et le livrent aussitôt aux Espagnols. Cela leur permet de quitter eux-mêmes le pays sains et saufs ! De cet épisode trouble, qui est sans aucun doute le plus controversé de l’histoire du Venezuela, on ne connaît toujours pas, aujourd’hui, tous les tenants et les aboutissants.
 
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Miranda dans la prison de La Carraca, par Arturo Michelena (1896)
 
Une fois aux mains des Espagnols, Francisco de Miranda est transféré de prison en prison, jusqu’à aboutir à l’arsenal de la Carraca de Cadix, en Espagne. C’est là qu’il mourra en 1816, à l’âge de 66 ans.
 
Ironie ultime du personnage : il s’éteint un 14 juillet, comme pour souligner cette relation toute spéciale qu’il a avec la France.
 
 
Pour en savoir plus :

Carmen Bohórquez, Francisco de Miranda : Précurseur des indépendances de l’Amérique latine, Paris, L’Harmattan, 2000.

Autres ouvrages sur Francisco de Miranda

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2 réactions à cet article    


  • alberto alberto 27 octobre 2009 11:49

    En général, j’apprécie ce genre d’article, mais là, j’avoue être un peu déçu : on en apprend pas plus que sur wikipédia, et un effort dans la rédaction aurait peut-être pu sauvegarder l’intérêt du lecteur...

    Quelques pistes au cas où l’auteur souhaiterait continuer de dépoussiérer ce personnage oublié : De Miranda était-il franc-maçon ? Quelles ont été les raison de son revirement idéologique à 180 degrés ? A-t-il laissé des écrits et des lettres ? Etc...

    Bien à vous.


    • Jean-Luc Crucifix Jean-Luc Crucifix 29 octobre 2009 04:25

      En écrivant ce texte, je n’avais d’autre prétention que celle d’écrire un article de vulgarisation sur un personnage oublié. Loin de moi de me prétendre historien et de faire une recherche originale sur Francisco de Miranda (sur le sujet controversé de son appartenance ou non à la franc-maçonnerie, par exemple). Agoravox n’est d’ailleurs pas l’endroit pour publier ce genre de travail.

      Pour ceux qui voudraient aller plus loin dans la connaissance de Miranda, je propose en fin d’article une courte bibliographie.

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