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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Friedrich Nietzsche. L’éternel retour de l’incompris... (...)

Friedrich Nietzsche. L’éternel retour de l’incompris... 1/2

Il s'agit là, d'une tentative d'expliquer l'homme et le philosophe, de façon à évacuer les nombreuses dérives intellectuelles qui ont notamment amené un grand nombre de penseurs et de philosophes du 20 ème siècle à écarter ce grand européen, de l'univers culturel et pédagogique. J'ai essayé, tant que faire se peut, d'utiliser des mots simples sans être simplistes. Et surtout, de ne rien omettre sur le personnage et le penseur, qui ne soit important pour la compréhension du tout.

Nietzsche {PNG} Friedrich Nietzsche nait au presbythère protestant de Röcken en saxe, le 15 octobre 1844, jour anniversaire du roi de Prusse Frédérik Guillaume IV. Son père était pasteur et aussi précepteur de maisons princières. Un homme très ambitieux. Avec une grande exigence spirituelle. C'est dans ce milieu protestant très stimulant, que le petit Friedrich Nietzsche a grandit. C'est une vie très provinciale. Une très petite ville isolée, difficile à trouver sur une carte et dont le seul fait marquant est d'être situé à proximité d'une des dernière victoire de Napoléon en Saxe. Ce qui va d'ailleurs fixer l'imaginaire Nietzschéen sur la figure Napoléonienne, qui restera une sorte de référence cruciale. Synthèse de l'inhumain et du sur-humain. Figure positive et européenne. Au même titre que Stendhal ou Beethoven au panthéon Nietzschéen des grands européens. Le père, fervent royaliste, est très affecté par la révolution de 1848. Neurasthénique, il meurt l'année suivante. Suivi quelques mois plus tard par le petit frère agé d'à peine deux ans. Ce double deuil bouleverse le jeune garçon de six ans. La mère, Francisca et ses deux enfants, Friedrich et Elisabeth sa soeur cadette, s'installent avec la grand-mère et des tantes à Naumburg, petite ville sur la Saale. Nietzsche grandit donc au sein d'une maison, entouré exclusivement de femmes, qui toutes l'admirent et fondent en lui de grands espoirs. De fait le petit Nietzsche se donne tellement d'importance qu'il commence très tôt à écrire à propos de sa propre personne. Le petit gamin écrit des auto-biographies. Comme un vieil homme il se retourne sur sa vie, alors qu'il n'a même pas douze ans...La mère a tout conservé, parce qu'elle voyait en son fils un futur grand homme. Un grand théologien... Un grand prédicateur... Un grand pasteur... Un grand érudit de dieu...Le garçon n'a pas seulement la passion de l'écriture. Il vit aussi dans la musique. Il apprend donc le piano et commence même à composer. Mais il restera malgrès ses qualités, un musicien frustré.

 

- LES ANNEES COLLEGE :

En octobre 1858 il a 14 ans. Il entre au célèbre collège de pforta près Naumburg. Il y restera six ans pensionnaire et boursier. Cet ancien monastère cistercien a été transformé après la réforme en collège pour élèves méritants. Dans cette sorte de cité idéale des lettres et des sciences, est dispensé un enseignement de haut niveau, basé sur l'étude des auteurs classiques et antiques. L'éducation se fait à la prussienne...Levé à l'aube - ablution à grands seaux d'eau froide - vie sportive. Il y apprend évidemment le Grec et devient un helléniste accompli. Rédaction en Latin. Citation en Grec. Son travail de fin d'étude est remarquable et remarqué. Il en sortira avec un tout autre état d'esprit. Son écriture témoigne d'une personnalité de plus en plus affirmée. Il est devenu un esprit libre. Il perd peu à peu la foi et ce faisant s'oppose de plus en plus à sa mère. Il dira plus tard : " L'athéisme me fût toujours naturel...".

 

- DE BONN A BÂLE :

Rentrée 1865. Nietzsche s'inscrit avec son ami Paul Deussen, futur spécialiste de la philosophie Indou, à l'université de Bonn. Il commence des études de philologie classique.* Dans ces années là, il découvre "Le monde comme volonté et représentation" le livre majeur d'arthur Schopenhauer. Il sera très influencé par sa philosophie. Même si plus tard, il s'opposera totalement à son pessimisme foncier. Bientôt il suivra son maitre et mentor, Friedrich Ritschel, professeur de philologie, jusqu'à l'université de Leipzig.

Début 1869, sur recommandation de Ritschel, il est nommé professeur extraordinaire de philologie à l'université de Bâle. Il n'a pas encore 25 ans et n'a pas encore passé son doctorat. Nietzsche doit se plier aux lois Suisses et abandonner sa nationalité Prussienne. Il devient apatride. Sa première conférence : "Homer et la philologie classique", lui attire l'estime d'un cercle de connaisseurs. Mais déjà, le futur philosophe pointe sous le philologue. Durant cette conférence, il inverse la phrase de Sénèque qui disait que : "la philologie était faite de ce qu'était la philosophie." Nietzsche dit lui que "la philosophie était faite de ce que fût la philologie." Ca ne veut pas dire que la philologie doit servir d'ancillaire, de servante à la philosophie. Ca veut dire que la philologie, si on la fait bien, c'est à dire pas comme 99% des gens, on la fait en philosophe de l'avenir.

 

- LA GUERRE ET "LA NAISSANCE DE LA TRAGEDIE" :

Juillet 1870. La guerre est déclarée entre la France et l'Allemagne. Nietzsche qui n'est plus Prussien, s'engage néanmoins comme infirmier du coté Allemand. Les scènes horribles des champs de batailles où il ramasse les blessés des deux camps, changent brutalement sa vision du monde. Comme en témoigne ses carnets de guerre. Cela le détache de Bismarck, qu'il admirait jusqu'alors. Il tombe malade et rentre à Naumbourg. Dans la maison familliale, il commence la rédaction de son premier livre..."La naissance de la tragédie". Apollon, dieu de la forme et de la belle apparence et Dionysos, le dieu des ténèbres, du désir, de la passion et de la musique. Donc derrière cette belle apparence fécondée au fond par l'ombre, la part nocturne, passionnée, même souffrante, orgiastique...Et là, il est profondément original. Car dans l'Allemagne de son temps, depuis le début du 19 ème siècle, la vision qui s'imposait de la Grèce était une vision sereine, purement Apollinienne... Les statues antiques de Goethe. Winckelmann. L'esthétique néo-classique...C'était cette Grèce-là, dont on exaltait la sérénité. Nietzsche renverse la perspective et présente les grecs comme des gens qui ont avant tout "maitrisé leurs explosifs internes", comme il le dira à la fin de sa vie. Ce qui est très neuf philosophiquement, c'est de dire que la Grèce s"arrête à l'apparence pour de bonnes raisons. Il dit : "Les grecs sont superficiels par profondeur"... Autrement dit, ça n'est pas qu'il y ait une surface cachant un fond et une dialectique entre les deux... Non. Pour d'esthétique raisons, il n'y a "QUE" de la surface.

 

- LES RISQUES DU METIER :

"La naissance de la tragédie" est un scandale. Nietzsche est donc en poste de philologue en chef à Bâle. Très attendu. Et il sort un livre qui n'est ni chair, ni poisson. Ni philologie, ni philosophie. Haï par les philologues en tant que philosophe. Haï par les philosophes en tant que philologue. Il est finalement Hors sciences. Hors pensée définie. Ce qui au fond le poursuivra toute sa vie et jusqu'à nos jours ou beaucoup de philosophes ne le considèrent encore que comme écrivain. Donc au lieu des douze auditeurs qu'un professeur digne de ce nom doit avoir... Ce qui est le bon chiffre. Car il faut avoir le nombre de disciples qu'a Jésus lors de la cène. Ca c'est l'Allemagne !...Un séminaire allemand c'est ça. Ce qui nous échappe totalement, car au même moment, Victor Cousin fait salle comble à la Sorbonne. En Allemagne Hegel a ses douze apôtres. En avoir plus... Soixante, cent, c'est mal vu. Presque inélégant. Mais tomber à deux auditeurs, dans le cas de Nietzsche...En plus deux non-hellénistes !... Juste curieux de voir le personnage...Là c'est très dur pour le tout jeune professeur.

 

- WAGNER :

Wagner {PNG} A peine nommé à Bâle, Nietzsche se précipite à Tribschen près de Lucerne, chez Richard Wagner. Les deux hommes se sont rencontrés six mois plus tôt et se sont découvert un amour commun pour schopenhauer. Wagner partage alors sa vie avec Cosima, fille de Litsz. Nietzsche 25 ans est fasciné par Cosima 32 ans et sans doute secrètement amoureux d'elle. Quant à Wagner 56 ans, il a l'âge exacte qu'aurait eut le père de Nietzsche s'il avait vécu. Comme beaucoup d'hommes de sa génération, Nietzsche a subi le choc de la musique de Tristan et Iseult. Il est bouleversé de pouvoir approcher le grand compositeur. Wagner a vite perçu le parti qu'il pouvait tirer de l'entousiasme du jeune professeur de philologie. Et en effet, Nietzsche va devenir le principal propagandiste du projet Wagnerien de théatre total à Bayreuth. Ce fût une impulsion incroyable dans un premier temps et il est aussi vrai que ce philologue classique. Encore inconnu. Qui était plutôt un philosophe en dilettante. A créé la mise en scène théorique la plus exigente qu'on puisse imaginer pour le projet wagnerien. Ce Nietzsche jusqu'alors inconnu du plus grand nombre, est devenu l'interprète majeur de l'oeuvre du grand compositeur. Pour ces raisons, l'alliance entre Wagner et Nietzsche, était très étroite. Très exigente. Pleine d'ambitions. C'est pour cela que l'éclatement de cette alliance fût si dramatique. Si blessante humainement. Si catastrophique dans sa dimension existentielle.

En juillet 1876, alors que vient de paraitre sa quatrième " considérations inactuelles" consacrée justement à Wagner. Nietzsche assiste aux ultimes répétitions de la tétralogie à Bayreuth. La tétralogie et ces 16 heures de spectacle en 4 parties, retraçant la fameuse saga nordique. Siegfried - L'or du rhin - Le crépuscule des dieux - La Walkyrie. Nietzsche voyait dans l'entreprise un rassemblement sacré autour des grands mythes. Une sorte de renouveau de la tragédie grecque. Au lieu de cela, il se retrouve confronté à la réalité des décors et des costumes. Des collants couleur chair...Des voiles évanescents...Des armures de cartons apportent un contrepoint trivial à la musique inouïe, révolutionnaire de Richard Wagner. Surtout, Nietzsche découvre un festival chic et solennel, réunissant le Kaiser, les princes européens et les wagnériens mondains. En fait l'un des premiers noyau de l'antisémitisme Allemand. Il s'enfuit, malade, avant la première et se réfugie à la campagne. A partir de ce moment, les rapports avec les Wagner vont peu à peu s'espacer, jusqu'à cesser complètement cette année-là.

 

- MIEUX QUE FREUD :

Freud {PNG} Nietzsche parcourt les montagnes Suisse en long et en large. Faisant assez volontiers le touriste. La haute montagne...Lieu désertique et silencieux. Thème qui deviendra central dans ses écrits. A Bâle, il commence a être affecté de violents maux de tête et de vomissements. Puis des douleurs occulaires dues à une très forte myopie. Le premier aspect frappant de la philosophie de Nietzsche, est la présence du corps. Et même de la physiologie liée à une apologie de la grande santé. Nietzsche se sert de la maladie, de la douleur, de façon expérimentale. Comme un nouveau mode de connaissance. Il ne croit pas à l'unité du sujet. Il pense que le "moi", se démultiplie en autant de masques qu'il y a de forces à l'oeuvre dans la vie. Ainsi, en philosophant aussi près du corps. En laissant venir en pleine lumière toutes les pensées, y compris les plus informulables, Nietzsche a été l'un des premiers découvreurs de l'inconscient. Freud n'a par exemple jamais consenti à lire Nietzsche, de peur d'y trouver des choses, qu'il voulait découvrir par lui-même. Nietzsche, vis à vis de la théorie de l'inconscient, était encore plus génial que Freud. Parce que Freud avait le problème de vouloir absolument être un scientifique des sciences naturelles. Dans ce sens, il a développé une théorie de l'inconscient qui est plutôt monocausale. Assez mécanique. Tandis que Nietzsche pouvait décrire tout ce monde compliqué et sombre de notre vie onirique. Tout ce monde de pulsions, en partie évidentes, en partie floues. Tout ce monde là, d'une manière incroyablement différenciée... Fine...Exacte...

 

*- Philologie signifie, comme l'étymologie grec le montre...L'amour "philein" du "logos"...C'est à dire du discours. Du langage. De la raison. La philologie, c'est donc, l'art ou la science, ou la technique de prendre en compte et d'aimer d'abord les mots et les discours. Depuis la matérialité, c'est à dire "quels sont les mots écrits"..."comment est-ce que ça fonctionne"...Jusqu'à l'évaluation de ces mots. Le jugement porté dessus. Leur interprètation. Ce qu'ils représentent. Ce que l'on veut y voir...

A suivre...

 


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5 réactions à cet article    


  • diogène diogène 1er novembre 2014 13:19

    Pourquoi opposer Nietzche à Freud ?

    L’un est fulgurant, l’autre méthodique.


    • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 1er novembre 2014 16:59

      Nietzche reste « incompris » à ceux qui ne comprennent pas réellement, mais aussi à ceux qui font tout pour qu’il reste incompris par d’autres.. Ainsi est la nature humaine et dans tous les domaines de la réflexion. Ne voyez-vous pas le foisonnement de la désinformation ? Ceux qui voient clair, refusent à d’autres cet avantage : Pauvre humanité... Ecce homo hypocrite !

      Nietzche était et reste le plus grand philosophe européen, à ceux qui veulent comprendre d’adopter pour eux-même la « faculté de la vache » et ruminent autant qu’il faut les écrits du Maitre jusqu’à ce qu’ils deviennent clairs !


      • Passante Passante 2 novembre 2014 08:43

        le fil est correct, mais il ne faudrait pas trop exagérer, voire romancer le plan des sentiments pour donner de l’épaisseur à la chronologie.

         
        -Nietzsche est bien conscient de l’« échec » de son premier ouvrage, mais il apprend très vite et très bien à passer outre.
        -sa « passion » pour wagner s’explique sans doute bien par cosima, mais surtout un amour de la musique qui précède, et passe aussi par d’autres de ses amis.
        -son rapport à la guerre fut un choc, mais pas à ce point-là ; dès les premières batailles il entre dans le dégoût, et la maladie va le tirer de ce bourbier.
        -il est certes un peu gêné de son peu d’auditeurs, mais sans illusions, et il sait que ses thèmes de travail son particuliers, puis il y a du monde à ses conférences parallèles couvrant tout le domaine grec.
        -enfin résumer tout ce qu’il aura dit sur les grecs sur cette « simple » question de surface est presque injuste, d’autant plus que cette affaire de « tout surface » fera plus tard une définition de... la féminité.

        question freud, il faut vite se détromper : 
        si le viennois est nourri au biberon de schopenhauer, il ne peut ignorer, de par son entourage, sans parler des dates, que nietzsche n’en a pas laissé un bout reconnaissable ; il est tout simplement impossible, illogique, que freud n’ait pas lu au moins la généalogie et surtout aurore, qui est de la pure psychanalyse avant l’heure, sinon presque à l’heure...
        au p’tit déj, la « tendre » lou andréa évoque devant sigmund la taille des « couilles de nietzsche », dit-elle ; 
        le docteur alors rougit.
        mais de quoi rougit-il ?..
        c’est pas le sexe qui va monter le sang à la tête de l’auteur des trois essais... c’est plutôt son rapport intime, tenu secret, à cet auteur incontorunable, et le vaste pompage auquel il aura procédé de ces couilles-là précisément, avant de les retraduire dans la langue qui fera le Comte, c’est tout.

        • luluberlu luluberlu 2 novembre 2014 14:06

          La relation entre Freud et FN via la douce Andréa et les testicule gonflées de désir,...je connaissais pas et effectivement, il est impossible que l’un n’est pas pompé l’autre. et les deux l’une.


        • Layly Victor Layly Victor 3 novembre 2014 11:44

          Juste trois citations, pour la journée (quand j’étais jeune, il y a fort longtemps, on apprenait par coeur les plus beaux textes, et ça faisait une musique dans la tête qui vous accompagnait sur les chemins).

          « La beauté sauvera le monde »
          Je ne sais pas dans quel recueil ça figure, mais c’est tatoué sur l’avant bras du tennisman serbe Tsiparevitch.

          « sans la musique, la vie serait une erreur, une besogne éreintante, un exil » (ultra connu)

          Enfin, ce qui pour moi est une belle illustration du surhomme et du thème du déclin (si j’ai compris ce que j’ai lu étant jeune, le surhomme est celui qui donne tout, sans réserve, c’est en cela qu’il dépasse l’homme, car il accepte son déclin) :

          « Je veux être pareil au soleil, lorsqu’il se couche, c’est alors qu’il répand dans la mer l’or de sa richesse inépuisable, de sorte que même les plus pauvres pécheurs rament alors avec des rames dorées »
          . (extrait de ainsi parlait Zarathoustra).

          Au passage, je salue respectueusement Mohammed Madjour

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Delphus

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