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Gatsby le magnifique : l’homme qui voulait fabriquer son passé

http://www.franceculture.fr/emission-secret-professionnel-le-secret-professionnel-de-gatsby-le-magnifique-2013-05-19

 

 

Un regard très subjectif sur le film de Jack Clayton et sur l'oeuvre
 
Adolescente, j'ai lu l'histoire deGatsby le Magnifique. Je en fus bouleversée. Mal à l'aise, incapable de bien saisir la dimension du livre. L'essentiel je l'ai toutefois compris. Certaines lectures sont ainsi. Comme Les Hauts de Hurlevent ou L'Idiot
Longtemps après, je l'ai relu et relu.

 

J'ai vu le film de Jack Clayton. Redford y joue Jay Gatsby.

 

J'ai apprécié le film, le film a un rythme plus lent, la caméra s'attarde sur les objets sans frénésie. Avec plusieurs gros plans sur les objets, les silhouettes, les visages. L'intensité de l'été est très palpable non seulement par la fatigue des corps, l'énervement, mais également par le ruissellement des gouttelettes de sueur sur le visage ou sur le front notamment (le film dure environ 2h23mn).
Même s'il ne reproduit pas fidèlement l'atmosphère de l'œuvre, parce que le metteur en scène s'est racheté à mes yeux en consacrant un temps honorable à la partie qui met en scène le père de Gatsby. Ainsi réalise-t-on l'ampleur de la tragédie de l'homme qui voulait fabriquer son passé, lequel l'a rattrapé peu de temps avant sa mort, et pour finalement l'envelopper dans une mort solitaire.

 

Ni argent ni fausse gloire n'ont remplacé ce père qui perd son fils dans le fleur de l'âge, un fils qui aurait pu devenir quelqu'un, comme James J. Hill.
 
 

 

L'immense amour pour une femme est finalement peu de chose devant la fidélité d'un ami, une amitié ignorée devant la course poursuite mortelle, courant après des futilités et des illusions. Sourd aux conseils de l'ami qui s'est donné du mal pour prévenir la chute, qui s'est donné du mal pour rendre hommage au dernier voyage de son ami. Mia Farrowest très décalée par rapport au personnage de l'œuvre. On dirait une gamine qui joue la femme adulte mais n'arrive pas à se défaire de ses minauderies, de ses manières très affectées de pimbêche. Ses réflexions trop superficielles peuvent agacer, mais on peut facilement une stratégie pour dissimuler ses émotions, ne pas parler de ce qu'il la touche. Mia Farrow a poussé à l'extrême cet excès d'artifices. Je trouve que ce n'est pas très réussi. Alors que le personnage de l'œuvre habite littéralement son rôle au point que cela soit une seconde nature, et en est même un atout de son charme.
 
Il est souvent admis que l'œuvre de Fitzgerald parle d'amour contrarié. C'est faux.
 
C'est plus une historie d'amitié et de désillusion.
 
Surtout une histoire d'un gâchis tragique. Le tragique de vouloir se renier pour plaire à quelqu'un qui a la bouche pleine d'argent, à se faire apprécierdes gens qui n'auront de cesse de le voir comme personne de nulle part. Le cœur palpitant d'hypocrisie, et l'âme céramique enveloppée dans de tissu en flanelle crème.
 
Gatsby n'a jamais aimé Daisy. Elle non plus, elle ne pouvait aimer, elle est née pour être aimée et adulée. Ce sont deux funambules, chacun dans sa sphère.
 
Triste fin pour un homme qui a vendu son âme au diable pour atteindre l'olympe interdit.
 
La chute fut misérable et triste.
 
Les pauvres se tuent et s'éliminent. Les riches, comme souvent, s'entraident et se retranchent à l'abri de leur richesse, de leur vaste négligence, ou quelque fût la chose qui les tiennent ensemble, après avoir brisé choses et êtres, en laissant à d'autres le soin de faire le ménage...
 
Jay Gatsby est l'alter ego de Georges Wilson. Un holocauste, Fitzgeral a ainsi décrit la mort des deux hommes, ce fut en 1925. Avant même un autre holocauste, et avant que le terme ne soit bien galvaudé.
 
Autant Gatsby le Magnifiquerépugne la médiocrité et la transparence dans lesquelles le condamnent sa condition d'enfant d'un milieux très pauvre, autant Wilson les a très bien acceptées « il se confond tout de suite avec la couleur des murs en ciment »
 
Les deux hommes ont été détruits par des femmes superficielles, inconstantes et immatures (on peut aussi dire que ces deux hommes sont des personnalités pathologiques et ils se sont laissés mener à l'abattoir sans réfléchir ni réagir, des caractères étrangement féminins qui contrastent avec la virilité et la détermination de Tom et de Nick, voire même du caractère de Daisy, bien que Jay compense sa faiblesse dans un milieu très louche...). C'est ce qui laisse à penser la première impression, une fois la lecture terminée.
 
L'une s'est brûlée les ailes en voulant voler plus haut que le toit du garage de son mari. Elle mesure la dignité d'un homme et sa valeur par son habit et ses souliers vernis. L'autre aime comme on aime les friandises, tantôt on hésite parce que ce n'est pas bon pour la ligne, tantôt on hésite sur le choix du parfum. Enfin de compte, l'aventure terminée, elle est revenue sagement dans son monde de strass, de paillettes, de collier de perles estimé à trois cent cinquante mille dollars et d'insincérité fondamentale qui l'anime, habituée à ce que le monde soit à ses pieds.
 
La mort a brutalement remis les choses dans leur ordre naturel. Jay a perdu sa vie en courant derrière une illusion d'émeraude et un espoir céladon.
 
Ce qu'il n'a pas eu dans sa vie, la mort le lui a apporté. Son souffle vital devait être pacifié de contempler la mine triste de trois hommes auprès de sa tombe fraichement creusée : son père, son ami, et la sincérité d'un inconnu qu'il n'a jamais pris le temps de connaître.

 

Les autres adaptations cinématographiques
 
Le dernier film (2013), d'après une certaine paresse et critique, une adaptation « fidèle » de l'oeuvre de Fitzgerald. Outre-atlantique les critiques ne sont pas tendres.
 
Sans conviction, je suis allée le voir. En un seul mot je dirai qu'il est nul.
 
Le film de Jack Clayton est raffiné. Celui de Baz Luhrmann est vulgaire. Le premier est un film relativement réussi, porte en lui une touche artistique, une part de l'oeuvre. Cela le rend précieux, indémodable. Le deuxième confond le « m'as-tu vu », la profusion de tout sans discernement, typiquement des nouveaux riches qui font l'étalage de leur richesse. L'ostentatoire et l'excès l'emportent sur la qualité et la mesure.

 

Le premier film parlant
 
Déjà, le film de 1949 n'avait rien à voir avec l'œuvre. Ils ont seulement accolé le nom de Fitzgerald sur l'affiche alors qu'il n'y avait aucun lien de paternité avec l'œuvre, une usurpation indigne. Et ils ont emprunté le titre pour attirer le chaland.
 
C'est une pure mixture puritaine qui n'a de lien avec les personnages du roman que les noms. Une mixture qui débute par une scène d'un vieux couple, Nicket Jordan, mariés depuis des années, dans le cimetière, venant se recueillir sur la tombe de Gatsby.

 

 

 

 
 
La pierre tombale porte l'inscription :
 
Proverbes : 14:12.
 
 
L'œuvre cinématographique est profondément moralisatrice, prêchant la fidélité et la droiture sous peine de subir le châtiment suprême.

 

Dès les premières minutes du film, le spectateur est informé du regard inquisiteur que Dieu porte sur nous.

D'abord, ils ont enlevé tout suspens lié à la mystérieuse personnalité et au passé du Gatsby. Le spectateur sait dès l'introduction, par la voix off qui ne se confond pas avec celle du narrateur Nick, que Gatsby est un trafiquant en tous genres, voire même un assassin, il est un hors la loi

 

Sans surprise, les coupables sont Myrtle Wilson et Jay.
 
L'une est femme adultère sans remord, l'autre est un homme qui convoite la femme de son prochain et l'incite au divorce ou à l'adultère. Wilson fut l'intrument du châtiment divin.
 
Les riches, bien élevés et bien sous tous rapports, finalement sont décrits comme des gens compatissants et altruistes, avec quelques défauts, mais finalement se rendent compte de leurs erreurs et se promettent de s'amender. Tom a compris qu'il fallait s'occuper de sa femme pour lui éviter la tentation de tomber dans les bras d'un séducteur. Quant à Daisy, elle a compris que finalement elle aimait bien son mari et c'est uniquement sa profonde blessurede femme bafouée qui l'a jetée précipitamment dans les bras de Jay cherchant un peu de réconfort et de soutien.
 
Même le narrateur, ils l'ont marié à Jordan Baker, la joueuse de Golf.
 
Un film pétri dans la moraline.
 
Rien sur le père, une absence outrageante à mon avis. Le minimum sur la femme de Wilson, à peine l'image d'une femme insensible et vulgaire.Non parlons pas de l'homme d'affaire juif, Meyer Wolfsheim. Il a été effacé, comme Jay souhaitait effacé Tom de la vie de Daisy.

 

 
le contraste est saisissant entre d'un côté la sensibilité et le raffinement de Daisy et de l'autre côté la vulgarité et le trait grossier du personnage de Myrtle.

 
 

 

 
Le plus risible, c'est que Jay, quelques instants avant de mourir s'est confié à Nick en reconnaissant ses erreurs, et décidant de se racheter (en se sacrifiant comme un vrai gentlemen), de reprendre son vrai nom : Jimmy Gatz.

 

 

Tom Buchanan, quant à lui, il est prêt à mourir héroïquement pour ne pas être le complice du meurtre de Jay (il refuse de révéler le nom du propriétaire de la voiture jaune, celle de Gatsby).

 

Le film muet
 
La première adaptation cinématographique date de 1926. Il n'en reste que la bande annonce.

 

La dernière adaptation cinématographique
 
Mais alors que penser de celle de Baz Luhrmann ?
 
Nulle.
 
On dirait une publicité, qui cherche à accrocher le spectateur indifférent, le dispensant de l'effort de compréhension. Au contraire, il ne faut pas qu'il réfléchisse mais tout simplement se laisser emporter par le flot de couleurs, d'images et de sons.
 
J'ai lu quelque part que l'adaptation est fidèle. C'est prendre les gens pour des idiots. Baz Luhrmann a présenté le narrateur comme quelqu'un de dépressif, alcoolique …Même si l'on peut estimer avec un peu d'imaginaiton que c'est fort probable, après la fin tragique de Gatsby, il n'en demeure pas moins que rien dans l'œuvre ne laisse envisager une telle perspective.
 
Le film commence par l'entretien entre Le psychiatre et le narrateur. La narration et l'écriture sont une thérapie.
 
Le film est certainement raté s'il ne tient pas en compte que la relation entre Jay et Daisy est très ambiguë. Ce n'est pas de l'amour. Ou du moins ce n'est pas que de l'amour.
 
Daisy n'est pas seulement cette jeune fille virginale, habillée tout en blanc, possédant une voiture blanche, habitant la plus vaste des bannières et foulant la plus vaste de pelouse.

 

 
 
C'est aussi une femme qui sait se rendre encore plus désirable et plus inaccessible par sa voix et son chuchotement. C'est la fille du roi, la fille d'or. Elle est la femme dont la voix est pleine de monnaie. C'est probablement une femme qui saute sur l'occasion pour se venger de son mari. Rien n'est plus dangereux et manipulateur qu'une femme bafouée, qui tient malgré tout à son ménage.
 
Jay a senti et a compris qu'il lui fallait grimper à son niveau. Elle ne descendra jamais de son olympe. C'est ce qui l'a poussé à fuir vers la conquête du Graal. A l'image de Heathcliff qui fuit les Wuthering Heights quaud il a entendu Catherine exprimer son dégoût de se voire rabaisser à son rang s'elle l'épousait. Catherine est consciente de son amour, en même temps est lucide sur la condition dégradante dans laquelle il vit, son alter ego ou son âme sœur.

 

L'un est revenu pour prendre sa revanche de celle qu'il aime le plus au monde, tandis que l'autre est resté prisonnier de sa quête, sans même comprendre quelque chose de la réalité ou l'évanescence de ses sentiments.
 
L'oeuvre de Fitzgerald est très difficile d'accès, plus que celle d'Emilie Brontë.

 

Après la politique bling bling, c'est le cinéma bling bling. Le film aurait pu aussi s'appeler Bling Ring, tellement la mise en scène a focalisé sur les objets de manière ostentatoire et agressive.

 

Les acteurs n'ont rien pu sauver. Tout est fade, y compris la musique. En fin de compte, même la technologie n'a pu lui venir en aide.
 
Nous devons encore attendre avant d'avoir un bon film adaptant l'œuvre de Fitzgerald...

 


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3 réactions à cet article    


  • FRIDA FRIDA 25 mai 2013 16:51

    @Selenaondirgnee

    Je trouve (d’une manière générale) les Anglais bien meilleurs scénaristes et metteurs en scène que les Américains, qu’il s’agisse des films ou téléfilms. Ils abordent avec talent les oeuvres littéraires.

    Voici un extrait où l’on voit Bruce Dern, excellent acteur
    https://www.youtube.com/watch?v=3cJEIy34kao



    • JP94 26 mai 2013 09:05

      Cela fait des décennies que j’ai lu le livre de Scott Fitzgerald ...

      Mais je ne dirais pas que Gatsby a été détruit par une femme superficielle . ( Du reste , dans le couple des Scott Fitzgerald , la femme aussi a été détruite .)

      Ce serait plutôt la conscience implacable de son incapacité "structurelle à intégrer le monde supposé idéal des vrais riches , qui le rejetteront toujours . Il ne sera jamais l’un d’eux .
      L’illusion l’a fait vivre et la désillusion le tue . 
      Le rêve américain est faux .

      Scott Fitzgerald dénonce ainsi le mythe fondateur de la société états-unienne : non ! dans ce pays-ci , bâti suivant ces règles-là , tout le monde ne vivra pas sur un même pied d’égalité et d’aisance .
      Car ceux d’en haut , les WASP , le refusent ,même s’ils vous chantent le contraire .

      On peut alors pousser un peu plus loin et dire que le sort de Gatsby ne lui est pas propre . C’est le sort de toute la classe non possédante rêvant de s’assimiler aux véritables maîtres des EU . 
      Elle se tuera comme Icare à vouloir l’impossible .
      La solution est donc ailleurs .

      En cela Scott Fitzgerald continue de déranger car il dénonce la doxa libérale US ...

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