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Gerhard Richter - Panorama

CRITIQUE « PANORAMA » - Gerhard Richter

« Je n’obéis à aucune intention, à aucun système, à aucune tendance ; je n’ai ni programme, ni style, ni prétention. J ‘aime l’incertitude, l’infini et l’insécurité permanente » (Gerhard Richter).

Pour le quarantième anniversaire de l’artiste, le Centre Culturel Georges Pompidou à Paris propose de découvrir « Panorama », une exposition rétrospective sur le travail artistique de Richter entre art figuratif et abstrait.

L’exposition s’organise de manière chronologique et thématique, les œuvres exposées sont d’abord floues, un flou provoqué par le travail de la brosse sur la peinture encore fraîche. Le mouvement est similaire, il est rectiligne et dynamique voir intimiste « Femme avec Enfant » Huile sur toile 1965. On retrouve alors le même mouvement mimétique dans plusieurs « photo – peinture ».

Du flou, se dégage des détails d’une importance cruciale, des jeux d’ombres, une mouvance dynamique apparaît alors aux yeux du visiteur « Nègres » (Nouba) 1964.


« Ema » (nu sur un escalier) huile sur toile 1966, nous transporte au 18ème siècle apogée de l’art Romantique, la marche est floue, elle, la femme, est nue, une nudité aveuglante, séduisante et sombre. « Ema » est une réadaptation de l’œuvre de Marcel Duchamp « Nu descendant un escalier » de 1912. Richter par son travail a réussi à préserver l’essence originelle de l’œuvre en y apportant son regard novateur.

Puis, une autre facette de la personnalité du compositeur prend forme, l’apport d’un regard sur un monde tempétueux, un monde pressurisé. « Nuage » 1970, des nuages voluptueux sous pression prêt à exploser, un triptyque évolutif et imposant dans l’espace d’exposition. « Marine » 1969 offre des couleurs ternes et violentes, une opposition entre Ciel nuageux lourd et Mer effrayante provoquée par le tumulte des vagues. A l’horizon, se profile « un meilleur », un rayon de luminosité fragile mais certain.

« Paysage urbain Paris » 1968 par ses juxtapositions de couleurs « pauvres » : blanc, nuancé de gris et de noir, par ses mouvements transversaux, obliques et « incontrôlés » met en lumière une perspective du paysage urbain parisien : un lieu tendu, gras, oppressant où l’architecture est lourde d’histoire.

Les « 4 panneaux de verre » 1967, disposés de façon mouvante, nous invite à basculer d’un monde à un autre, d’une époque à une autre, d’un style artistique à un autre, d’une pièce à l’autre, césure avec un temps révolu. Une vision panoramique du triomphalisme d’une jungle prend alors possession des lieux : « Glenn » 1983, explosion de couleurs, aspect de cassure, de croute, aspect globulaire laissant place aux animaux de la savane : guépard, girafe…

Au delà de l’évocation du passé, Richter aborde de manière brute, l’arrestation et la mort. « Betty » 1977 est une œuvre glaçante d’une petite fille blonde aux yeux clairs produit certifié « race aryenne », elle semble allongée, la bouche entrouverte, le corps inerte, la tête tournée vers le visiteur, un regard captivant, l’œuvre est morbide, touchante, légère. Tout comme « Enterrement » 1988 : mettant à brûle-pourpoint une tristesse apaisante, les couleurs donnent vie à l’œuvre et la rythment.

Dans une mesure où il faudrait apporter une conclusion à l’exposition rétrospective de Gerhard Richter l’on peut noter une minutie précise dans la technicité de l’abstrait, le travail est maîtrisé, orchestré du début à la fin malgré toute sa complexité. L’atmosphère est sombre, neutralité expressive écrasante, une exposition lourde, cassante, impression de répétition. Richter reste cependant l’une des figures majeures de l’art contemporain en apportant sa vision à la composition de l’art abstrait et figuratif, bluffant par l’effet « photo-peinture ».

Christopher MONTLOUIS - GABRIEL




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