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Geronimo

Frédéric Bayer-Azem a réalisé trois films (un peu plus en fait, Walls par exemple) :

Les ficelles de Nathalie Nguyen, Nordine Bélatrache, Karim Sbaï

Pan avec Marie Lork, Fanny Sydney et Sarah Ramaully, Jeanne Held, Frédéric Bayer-Azem, Samuel Bézier, Quentin Coulon

Geronimo avec Rodrigo Castanon, Shemss Audat, Serge Bozon, Olivier Chantreau, Caroline Fauvet, et Wissam Charaf

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Frédéric Bayer-Azem est un jeune cinéaste atypique. Sa singularité tient dans une recherche formelle qui ne s’affirme pas nécessairement immédiatement comme telle, avec tout de même une couleur de cinéma expérimental.

Frédéric Bayer-Azem a réalisé trois courts métrages qui ne se ressemblent pas. On y voit un regard, une manière, une « patte ». Ce n’est pas dans des cadres surprenants, ni dans un tremblé de l’image, ni dans un à peu près du visible… la singularité du cinéma de Frédéric Bayer-Azem, à mon sens, n’est pas dans l’image, non pas que les images ne soient pas très travaillées, la singularité de sa « patte » est dans le montage : ses films ont l’air d’être une tentative d’épuisement d’une situation, comme Georges Pérec avait proposé Tentative d’épuisement d’un lieu parisien . Mais autant Pérec écrivait un texte comme une liste, difficile à lire, autant les films de Frédéric Bayer-Azem ont un caractère touchant de volatilité fugitive. Ils passent comme un souffle d’air chaud, légers, rapides, parfumés, insaisissables… on aurait du mal à dire de quoi ils sont faits tandis que leur charme reste dans le souvenir et les fait durer dans la mémoire.

Il est délicat de dire l’histoire de ses films, parce qu’il s’agit de captations pleines d’une situation singulière.

Les ficelles se passe dans un quartier populaire, avec une image positive des habitants des « grands ensembles », image non militante cependant ; je pense à une scène de discussion sur le palier entre voisins, issus de l’immigration, des quatre coins de la planète et qui échangent ce qu’ils ont en commun, leur quotidien, en voisins qu’ils sont vraiment aussi. Aussi remarquable que cela soit, ce n’est pas le propos de l’auteur. Les ficelles montre des facettes, des moments, d’une relation amoureuse difficultueuse. Il y a un mystère dans le comportement de l’homme. Certains le voient, d’autres non ; sa différence est filmée d’une façon discrète et allusive. On ne peut pas s’accrocher à un récit pour suivre le personnage ; ni le contraire, suivre le personnage pour comprendre le récit… Cela donne cette circularité labile qui crée tout le plaisir de voir et qui amène parfois la question fatale « mais de quoi c’est fait ? » De la forme pure, en quelque sorte.

Pan va encore plus loin dans ce dessin chantourné d’une situation évaporable comme un parfum. La situation est encore plus ténue que dans Les ficelles. Il y a presqu’unité de lieu. La place Vendôme à Paris, collecte de l’objet magique par qui tout arrive. Et un intérieur. Une cuisine. Variations sur l’usage de l’objet, le mime de l’usage… pas de mots et une fin « magique » où l’on délaisse la porte pour entrer par la fenêtre. Libre comme l’air.

Geronimo a ce même type de moteur : dans un village des Pyrénées, on assiste à l’affrontement d’un beau jeune homme et d’une belle jeune femme, de deux bandes différentes, les locaux et les « citadins », dans les autos tamponneuses de la fête foraine. Regards noirs de provocation, chocs violents et caoutchoutés des voitures, tension des courses, je te vise, les corps reçoivent le choc et se tordent, ça cogne, c’est fait pour ça, presque sans risque… Particulièrement dans Geronimo, on voit par la caméra de Frédéric Bayer-Azem la « définition » circulaire d’une situation. On pourrait dire que ce sont les circonstances de l’action, comme son nom l’indique, ce qui se tient autour, qu’il filme : avec les autos tamponneuses, on tourne clairement en rond dans un cadre rectangulaire. Il n’y a pas d’issue à cet espace de simulations de l’affrontement. Une entrée, mais pas de sortie. L’entrée : les jetons, leur distribution, la timide et profonde négociation d’un gamin (« pourquoi c’est quand on n’est pas riche qu’on paie le plus ? »)… La guerre des clans est une parade, chacun fait étalage de sa force, sa beauté, ses muscles, son charme… on s’évalue du regard et parfois, la guerre s’en tient là. Après le défilé, la monstration, le vaincu est désigné et se retire, évitant les pertes d’un combat. Ici, il n’y a pas de combat, tout est simulacre, jeu, par principe.

La lumière va droit, le regard va droit. Dans Geronimo il est quelquefois tourné vers la caméra… l’art du cinéma qui semble être un art de la lumière (et de l’électricité) trouve en Frédéric Bayer-Azem un cinéaste de la situation. Cela laisse le sens dans (ce qui paraît être) un flou, ce qui dérange parfois. La linéarité du défilement du temps, l’inévitable récit, accueille chez lui une circonvolution des possibles sur chaque instant. Cependant, le centre apparaît en négatif pour sait y voir, comme dans ces images qui en montrent une autre quand on les regarde fixement et longtemps.


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1 réactions à cet article    


  • Orélien Péréol Orélien Péréol 12 septembre 2014 17:07

    Errata : Le court métrage Les ficelles est réalisé par Frédéric Bayer-Azem avec (et pas « de ») Nathalie Nguyen, Nordine Bélatrache, Karim Sbaï, et Hatika Karaoui.

    Avec mes excuses.

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