• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Girls : quatre jeunes femmes à New York

Girls : quatre jeunes femmes à New York

Production estampillée HBO, Girls raconte le quotidien d’un groupe d’amies dans la jungle urbaine américaine. Jamais à court d’idées, Lena Dunham, créatrice et principale interprète, y décline son vécu, ses doutes et ses espoirs déchus. La main au collet, le pied au plancher, la jeune réalisatrice s’attelle à la mise en scène des corps et au désamorçage de clichés. Jubilatoire.

 

Entre l’aguerri Larry David et le virtuose Terence Winter, la gouaille de Lena Dunham contraste quelque peu. Pourtant, la révolutionnaire HBO n’a pas hésité à lui confier les rênes d’une production désormais phare : la bien nommée Girls, téléfiction à la fois iconoclaste et résolument ancrée dans son époque. Signe irréfutable d’une industrie qui lui tend les bras, la série peut se prévaloir du soutien de l’inoxydable Judd Apatow, pape de la comédie américaine, crédité ici en tant que producteur. Qu’on se le dise : Lena Dunham polarise désormais toutes les attentions et ne compte certainement pas s’arrêter à quelques Golden Globes méritoirement glanés.

 

Le langage des corps

Le septième art nous a habitués à la mise en scène des corps. Dénudés ou meurtris, ils ont de tout temps contribué aux mécanismes émotionnels en œuvre dans le cinéma. Récemment encore, l’esthète Steve McQueen les employait comme moyen d’expression (dans Hunger) et comme prison charnelle (dans Shame). Avec Girls, Lena Dunham s’inscrit sans complexe dans cette logique. D’aucuns l’accusent d’ailleurs de saisir n’importe quel prétexte pour se déshabiller. C’est dire…

Pourtant, l’actrice américaine n’a rien de la nymphette aux boucles d’or. Son allure atypique et ses rondeurs disgracieuses prêteraient plutôt à la moquerie. Mais elle n’en a cure. Elle cherche avant tout à transgresser les genres, à véhiculer du sens, à déjouer les clichés sur la féminité, à témoigner d’une liberté revendiquée, à faire écho à son époque. Alors, comme Steve McQueen, elle fait du corps un vecteur central de communication, un sujet de pensée. Mieux encore : elle écrit et filme la nudité comme un facteur comique plutôt qu’un élément érotique. Un coup de force aussi rare qu’audacieux. Une réinvention des codes en vigueur.

 

New York, tombeau des illusions ?

Les apparences se révèlent parfois trompeuses. Malgré les embûches et le désenchantement qui lui sont inhérents, Lena Dunham ne cesse de crier sa fascination pour New York – à l’instar d’un Woody Allen. Jugez plutôt : Hannah, le personnage qu’elle incarne à l’écran, arpente les rues avec un air désenchanté, doit composer avec la précarité, flirte avec le néant professionnel et entretient une relation amoureuse mi-figue mi-raisin. Mais jamais elle ne quittera la mégapole ; elle s’y accroche fermement. Peut-être parce que c’est la terre de toutes les opportunités ?

Et que dire alors de cette trame hautement symbolique ? Quatre jeunes femmes, qui s’acheminent avec peine vers l’âge adulte, choisissent New York pour théâtre de cette douloureuse transition. La ville apparaît dès lors comme un point de départ judicieux, une sorte de passage obligé, séduisant et surtout formateur. Ainsi, en dépit des espoirs déchus et des mines décrépites, la « Grosse Pomme » relève plus du bâtisseur de rêves que du tombeau des illusions.

 

L’anti-Sex and the City

D’emblée présentée comme la Sex and the City des années post-crise financière, Girls s’inscrit pourtant en faux contre cette image d’Épinal. Si, effectivement, les deux séries officient sur HBO et dressent le portrait de quatre amies new-yorkaises, la filiation s’arrête toutefois là. Quand la première exulte, la seconde déprime. Darren Star jetait de la poudre aux yeux et vendait du rêve ; Lena Dunham a les pieds collés au sol et donne dans le terre à terre.

Tournant par là le dos à son aînée, Girls joue la carte de la sublimation du pire et porte la voix d’une génération incrédule. C’est ainsi que la désillusion s’y décline à l’infini, étouffant (presque) toute fantaisie. Même le sexe y semble ennuyeux et las. Un peu comme s’il fallait forcer le trait pour gagner en authenticité. Mais qu’importe : la formule fait mouche, et c’est bien l’essentiel.

 

Girls, la bande des quatre

Dans Girls, il y a l’écrivaine quelque peu déboussolée, l’introvertie par trop réfléchie, l’imprévisible bohème et la vierge candide. Quatre personnages féminins résolument dissemblables, qui se complètent et tentent ensemble de déjouer les écueils de la jungle new-yorkaise. Au menu : tracas professionnels, familiaux et sentimentaux, le tout contrebalancé par une amitié à tout crin.

Avec un certain sens du loufoque, Lena Dunham s’attaque aux images réductrices tenant lieu de dogmes irréfragables. Son écriture évite tout effet de manche pour mieux se concentrer sur l’essentiel : le portrait d’une bande d’amies en proie aux épreuves et aux doutes. Format oblige, Girls imprime un rythme soutenu et déploie ses dialogues chocs avec une minutie d’orfèvre. Loin des pompeuses téléfictions usées jusqu’à la corde, elle fait montre d’une authentique originalité et cultive un propos salvateur, tour à tour décalé, déprimé, jubilatoire et sarcastique. Se posant en subtile radiographie de la jeunesse urbaine états-unienne, elle peut en plus se targuer d’une justesse jamais récusée. Un fait suffisamment rare pour être souligné.

 

Lire aussi :

"Bates Motel" : la généalogie de "Psychose"

Cinéma et téléfictions à la croisée des chemins

Une histoire des séries télévisées


Moyenne des avis sur cet article :  4.2/5   (5 votes)




Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès