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Giverny - La maison de Monet

Non loin de Paris, dans un cadre de collines, la maison et le parc de Claude Monet sont un lieu rare où il fait bon méditer, enrichi par le sentiment d'entrer dans la plus belle toile du peintre.

Il y avait longtemps que je rêvais de visiter la maison et le jardin de Monet. Et bien que je demeure en Normandie, il se trouvait toujours une bonne raison, lorsque nous nous rendions à Paris et passions non loin de Giverny, de ne pas nous y arrêter parce que nous étions pressés, qu'il y avait les urgences et les impératifs, toute la panoplie qui nous fait trop souvent passer à côté de nos désirs. Et il est vrai qu'il est préférable de ne pas être pressé pour entrer dans l'univers de Monet, ce coin de charme et de verdure qu'il aménagea selon son goût et son inspiration entre champs quadrillés de haies et souples collines. Clos délicieux où il s'installera en 1883 avec ses deux fils et sa compagne Alice Hoschédé, mère de six enfants. Rien ne peut exprimer le sentiment de bien-être, l'envoûtement que l'on éprouve lorsqu'on aperçoit la maison rose aux volets verts disparaissant sous sa vêture de vigne-vierge et de roses dans un paysage parcouru par les eaux où croissent en abondance les iris sauvages, l'une des passions de Monet avec les pavots d'Orient. Et devant la demeure, la grande allée que le peintre se plaisait à emprunter, envahie de capucines, qui ouvre sur le jardin dans sa solennelle beauté champêtre et invite à la plus parfaite leçon de botanique qui soit. Car, ici, les fleurs semblent s'être données rendez-vous. Comme nous sommes mi-juin, il y a alentour, en une alliance incomparable de couleurs, les roses blanches, roses ou rouges qui s'enroulent ou s'épandent, formant une voûte ou s'arrondissant en corbeilles selon l'esthétique, la cadence et le rythme que le compositeur entendait leur donner. A Giverny, rien n'aura été planté au hasard, l'ordonnance des lieux répondant aux exigences du maître, car le chef-jardinier, bien qu'épaulé par deux hommes de l'art, ce fut toujours lui et son constant souci d'améliorer son oeuvre. " En-dehors de la peinture et du jardinage, je ne suis bon à rien " - disait-il. 

Là-bas, les portiques de clématites succombent sous le poids de leur efflorescence, les lys, les ancolies, les pois de senteur s'égayent entre les allées, fleurs ordinaires et fleurs rares réunies en une savante alchimie de tons qui mêle les marguerites, les gueules de loup et les giroflées aux asters, aux nigelles de Damas et aux arbres à l'élégance fragile de Chine et du Japon. Et ces fleurs furent travaillées en une harmonie parfaite afin de composer, selon les saisons, un jardin tour à tour safrané, cramoisi, mordoré ou le jardin mauve qui avait tant impressionné Sacha Guitry. Mais le rôle de Monet n'était-il pas d'impressionner selon les déclinaisons les plus audacieuses et les plus sensibles ? 

D'autant mieux que nous abordons le jardin des eaux dont le peintre fit l'acquisition en 1893 et où il entreprit le creusement du célèbre bassin aux nymphéas grâce à une prise directe dans l'Epte qu'il obtint du préfet de l'époque. Tout est dense autour de ce miroir tranquille bordé de graminées où l'oeil peut à loisir s'émerveiller. Les pivoines arbustives rendent l'endroit serein, tandis que, posées délicatement sur l'eau, les nymphéas ouvrent leurs corolles de nacre et d'opaline. Bambous, saules pleureurs, érable du Japon, agapanthes masquent les courbes des rives qu'enjambent les ponts dont les arches ravissaient le regard du peintre. Insatiable ce regard qui s'est exercé à tous les angles possibles et se consacre désormais à peindre la surface de l'onde et ce qui peut s'y refléter, étude obsessionnelle qui tente à saisir chaque nuance de lumière et son jeu permanent avec le végétal et le fluide. Monet aime tellement Giverny qu'il s'y fera enterrer dans un simple caveau auprès d'Alice disparue avant lui, ses fils, sa belle-fille Blanche et une partie de la famille Hoschédé.

Quant à la maison, spacieuse, claire et joliment meublée, il semble que les propriétaires l'aient quittée la veille. La table est mise, les lits faits, chaque objet est à sa place, on croit encore respirer l'odeur de térébenthine que dégagent les pinceaux ; les collections sont là elles aussi, dont les estampes japonaises, représentation de l'éphémère et de l'instant qui passe joyeux ou douloureux, sans oublier les pastels de Berthe Morisot, d'Edouard Manet, de Vuillard, les fidèles amis ; l'horloge égrenne les heures et on ne se lasse pas d'admirer le salon aussi mauve que les iris, lieu de bavardage aux meubles peints, la salle à manger jaune, tellement conviviale et gaie avec sa grande table accueillante aux familles nombreuses, la cuisine couverte de faïences bleues parce que cette couleur a, dit-on, le pouvoir d'éloigner les insectes et particulièrement les mouches, enfin, à l'étage, les chambres donnant sur le jardin où le soleil entre à flot en cette journée particulièrement clémente d'un mois de juin qui ne le fut guère. Et on s'attarde avec plaisir à contempler chaque recoin, à méditer dans l'atelier de l'artiste, un endroit confortable qu'après la construction de son second atelier, Monet transformera en salon et y accrochera les toiles dont il ne voulait pas se séparer. Celui aux nymphéas sera construit sur les ruines d'une masure à l'extrémité de la propriété, permettant au peintre de travailler en paix. Un système de vélum filtrait la lumière de façon à ne pas nuire à son oeil exigeant. Là, il disposait ses panneaux des nymphéas comme il entendait qu'ils le soient à l'Orangerie. Il y travaillera sans relâche jusqu'à son dernier souffle.

Oui, alentour, ce n'est vraiment qu'une symphonie printanière, un kaléidoscope qui mêle les harmonies les plus subtiles, les inclinaisons les plus douces, les reflets les plus tendres ou les plus vifs, les charmilles et les recoins les plus secrets. Aimable maison et admirable jardin qui sont le songe accompli d'un magicien génial. Claude Monet a composé ce lieu, où il vécut une quarantaine d'années, comme un rêveur éveillé qui marie la lumière et l'ombre, l'eau et le végétal en un univers hors du temps. On est entré dans le plus beau tableau jamais réalisé au point qu'il semble encore en suspens dans l'imaginaire. 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE




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Les réactions les plus appréciées

  • Par Al West (---.---.---.179) 7 juillet 2012 16:36

    Bonjour,

    Merci pour cet article. Giverny est un endroit magnifique que je n’ai visité qu’une seule fois lors de mon adolescence, mais que j’aimerais redécouvrir depuis quelques années. Et comme pour vous, une mauvaise raison trouve toujours le loisir d’empêcher cette visite. Notamment, j’ai toujours souhaité y retourné au début du printemps, période à laquelle je l’avais découvert...

    Ah, que de nostalgie !

  • Par Richard Schneider (---.---.---.167) 7 juillet 2012 17:14
    Richard Schneider

    Magnifique document. Félicitations à Madame Armelle Barguillet Hauteloire.

    On ne peut que se réjouir de trouver sur ce site des textes et des images de cette qualité, consacrés aux Arts en général et (ici) à la peinture.
  • Par Jean J. MOUROT (---.---.---.131) 7 juillet 2012 18:24
    Jean J. MOUROT

    Peintre académique ? A son époque l’Académie préférait une peinture plus classique et plus léchée plutôt que l’explosion de la lumière .

    Par ailleurs, il a peint autre chose que des nénuphars, des cathédrales et des plages...
    Qu’il ait réussi à vendre ses toiles alors que Van Gogh n’en vendit pratiquement aucune n’enlève rien à son talent. Vous avez le droit de ne pas aimer et de préférer Bernard Buffet, par exemple, qui lui aussi a beaucoup et bien vendu...
    Quant à son caractère, je l’ignore et, fût-il le plus affreux des machos, ce qui compte aujourd’hui, c’est sa peinture. Vous ne l’aimez pas. C’est votre droit. Laissez les autres l’aimer et aimer Giverny.
  • Par NOSMO (---.---.---.216) 7 juillet 2012 16:57
    NOSMO

    Voici un bel amour donné pour la peinture, pour le peintre et pour le lieu.

    Je vous en remercie très chaleureusement Armelle Barguillet Hauteloire.

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