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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Goad et Wicked Minds, deux manières de jouer progressif

Goad et Wicked Minds, deux manières de jouer progressif

Le prog est certainement le genre musical du rock le plus varié, le plus riche. Et comme son cousin le métal, il existe des sous-styles du prog, un peu à l’instar des espèces classées en genres. Dans le genre métal, il y a les espèces heavy, doom, trash, punk, prog, expérimental, death, épique et j’en passe. Le rock progressif a lui aussi ses styles variés, fusion, jazz, planant, zeuhl, métal, éclectique, électronique et bien évidemment symphonique et j’en passe encore. Faut-il classer le krautrock dans le prog ? Chacun son avis. En tous cas, Goad et Wicked Minds* font partie de la famille progressive, illustrant une fois de plus la vitalité de la scène prog italienne qui ne cesse de nous étonner et qui mérite d’avoir une audience médiatique car sans la musique, une société serait une erreur, aurait dit Nietzsche, ajoutant que les médias qui ne parlent pas de musique sont des menteurs. La musique est l’art majeur, celui qui touche de plus près l’esprit et dont les possibilités sont les plus vastes. On pourra le constater en écoutant ces deux formations qui sonnent très différemment.

 * photo ci-dessus, Wicked Mind, ci-dessous, Goad

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Goad est un groupe dont l’axe musical est composé des frères Rossi, vieux routards de la scène prog et impliqués dans des projets de rock concept. Le dernier album de ce groupe florentin nous offre près de 80 minutes de compositions éclectiques jouées dans un style original, évoquant parfois le premier album de Van der Graaf Generator, Aerosol grey machine. Mais pas de méprise, Goad joue du rock progressif très contemporain, avec un usage subtil des instruments et notamment des claviers habilement distillés en nappes. L’ensemble résonne légèrement jazzy, avec des parties vocales pas très éloignées du soul. Pour les connaisseurs, j’indique une autre référence permettant de situer cette musique : le méconnu Ergo Sum, groupe prog soul français. On entendra notamment la parenté de timbre des chanteurs respectifs. Masquerade offre une suite de pièces musicales aux styles différents si bien qu’on ne s’ennuie pas et que malgré les évidences, il faut écouter plusieurs fois ce CD pour en découvrir toutes les subtilités. Nappes de claviers, d’instruments à vent, de guitare, hantent ces compositions subtiles où l’oreille mélomane se perd et donc, ne s’ennuie jamais car le propre de la musique est de perdre l’âme, avec des mélodies bien faites mais qu’on peine à mémoriser ce qui fait qu’à chaque écoute, on redécouvre les morceaux. La mélodie facile est un poison pour la musique car elle s’adresse aux papilles émotives et auditives plutôt qu’à l’infini spirituel de l’entendement mélomane.

Ecoutez le second morceau, Eldorado, un beat pesant et affirmé, une voix lancinante, des claviers faisant office de rythmique, une structure éclatée et voilà une pièce qui peut rivaliser avec les meilleures compositions de Peter Gabriel. Le quatrième morceau est exécuté avec une atmosphère intimiste non sans quelques fantaisies vocales. Un style épuré rappelant le néo prog contemporain qu’on trouve chez Flower King mais en fait, Goad ne ressemble qu’à Goad et c’est encore plus évident avec le morceau suivant, The judge, belle mélodie qui se perd dans d’étranges effluves d’orgue. On imagine des fantômes dansant sur cette rythmique envoûtante. Ensuite The valley of unrest nous offre une ambiance symphonique et jazzy, agrémentée de sax, avec un texte inspiré par Edgar Poe. Une voix inquiétante contraste avec les claviers plus rassurants. Mais c’est avec To Helen que se révèle tout le talent de ce groupe qui dans ce morceau, livre une succession d’ambiances contrastée, alternance entre ombre et lumière, flûte et guitare stridentes laissant la place à des séquences à la Genesis. Un délice, on ne s’en lasse pas, ça dure 80 minutes et c’est une excellente introduction au prog classé comme éclectique avec cette musique jouée par deux générations d’instrumentistes.

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 Wicked Minds propose un rock progressif d’un style tout autre mais qui est facilement identifiable. C’est ce que les spécialistes appellent le heavy prog, une musique épaisse, énergique, enveloppante mais subtilement adoucie par des effluves de clavier, le plus souvent de l’orgue et s’agissant des formations issues des seventies, il s’agit de l’emblématique orgue Hammond, instrument devenu d’époque et qui séduit maintenant les musiciens souhaitant replonger dans cette époque si créative. C’est donc un voyage dans le temps que nous offre Wicked Minds, groupe formé dont les résonances évoquent ce fameux heavy prog dont le chef de file fut Uriah Heep, qui fut précédé par cet ancêtre du heavy que représentent les New-Yorkais de Vanilla Fudge et qui fut suivi par d’innombrables formations plus ou moins douées, parmi lesquels figurent les excellents germaniques Birth Control. Vous l’avez compris, ce genre de rock a de la pêche ce qui ne m’empêche pas d’être plus riche que le rock basique des Stones, plus mélodique et travaillé dans les arrangements et certainement moins ennuyeux que le punk dont l’énergie déborde mais sans être canalisées excepté trois accords de guitare.

On retrouve donc cet énergie du heavy seventies dans toutes les pièces jouées sur l’album récemment paru de Wicked Minds, Visioni, deliri et illusionni, un disque qui aura peut-être déçu les puristes mais qui ne manque pas d’intérêt de par son concept original. Wicked Minds a en effet choisi de rejouer une quinzaine de morceaux joués et composés il y a une quarantaine d’année par les figures marquantes du rock italien dans la mouvance progressive. Chaque fois que possible, le chanteur du groupe revisité fut invité pour exécuter les parties vocales. On y entend Aldo Tagliapietra de Le Orme ou bien Stephano « lupo » de Museo Rosenbach. Sinon, c’est la chanteuse du groupe, Monica Sardella, qui exécute les parties vocales avec un brio et une énergie rappelant Janis Joplin. Ce quatrième album de Wicked Minds mérite donc le détour parce qu’il tente une expérience intéressante, celle visant à mélanger le style heavy du groupe avec le style propre aux morceaux réinterprétés qui la plupart, sont éloignés du heavy et plus proche du prog classique joué par les Italiens des années 70. Au passage, j’ai pu découvrir une bonne dizaine de ces groupes dont certains sont devenus mythiques. Les Italiens ont tiré plus vite que les Français dans le registre rock. En 1972, les formations italiennes solides et abouties se comptaient par dizaines alors qu’en France, c’était plutôt la disette. A part MGP, Magma, Ange et Martin Circus, rien à se mettre sous les tympans, juste quelques curiosités dans le registre pop rock, pas très excitant, de Triangle à Dynasty Crisis en passant par Alice, Iris et autres litanies jouées comme une guimauve à déguster d’une oreille distraite, comme une barbe à papa avalée avec dilettantisme en arpentant la foire aux plaisirs.

Documents joints à cet article

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4 réactions à cet article    


  • Kalki Kalki 1er octobre 2011 10:58

    Le progressif c’est la musique électronique mais un peu avant ...

    de la bonne musique qu’on ne préfére ne pas passer sur les radios,

    la culture, on l’a ou on l’a pas ... comme son opposée la connerie des milieux qui se croient cultivés, bc bg

    « NE VOUS EN FAITES PAS, NOUS N’AVONS PAS DE SOLUTION POUR LA CRISE : VOTEZ POUR NOUS » disent ils


    • Kalki Kalki 1er octobre 2011 18:48
      • mangez des pommes, ca c’est la solution ! ENFIN UNE IDEE REVOLUTIONNAIRE PROGRESSISTE NON ? HALLAL, JUIVE, CHRISTIQUE et CAPITALISTE !
      • Ca va sauver le monde ... des humains


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