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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Gran Torino », grand Eastwood

« Gran Torino », grand Eastwood

On ne courait pas grand risque en prenant son ticket. Mais ce dernier film contient toutes les facettes eastwoodiennes jusque-là disséminées : sens de la justice, de l’humour, de l’action ; dénonciation de la guerre, des préjugés, et un humanisme grandissant au fil de l’œuvre.

Walt Kowaski est plus misanthrope que raciste. Les jeunes, les Noirs, les "petits Blancs", sa "vieille bitch" de voisine, le jeune "curé puceau" qui s’est mis en tête de le confesser, sa famille, tous l’horripilent, parfois à juste titre... et, bien sûr, les "bridés", "rats des marais" qui ont remplacé dans sa petite commune du Michigan ses compagnons d’armes de la guerre de Corée, et dont le voisinage lui rappelle les pires moments.

Blessures de guerre et rédemption

Entre eux les survivants s’appellent polak, sale rital, pochetron d’Irlandais... dans un jeu machiste caricatural et bon enfant qui panse les pires blessures - "celles qu’on n’a pas faites sur ordre" - et protège les vieux durs d’un attendrissement qui leur serait fatal. Le drapeau yankee flotte sur leur coin de jardin aussi bien tondu qu’eux. La Gran Torino sortie des usines Ford où Walt a passé le reste de sa vie est, comme sa médaille militaire, un trophée qui lui donne l’illusion de ne pas l’avoir ratée. Mais le masque ne tarde pas à céder. Si l’on s’y attend, on ne prend pas moins de plaisir à voir apprivoiser l’ancien de Corée par les "faces de citron", jeunes Hmong attachants dont il devient modèle, père, protecteur au-delà de ce qu’eux, lui et nous pouvions attendre.

Les excès n’empêchent pas la justesse. Le personnage de Walt, savoureux dans son mépris universel affiché, tel le fauve dont l’acteur va par moments jusqu’à singer le grondement, est à l’affût, y compris de ce qui peut briser ses certitudes. Son blindage est transparent. Sa Gran Torino, qui deviendra symbole de transmission et de tolérance, en est un autre pour Clint eastwood, son propriétaire à la ville, et dont l’apogée en tant qu’acteur coïncida avec celle de l’auto : "Je suis la Gran Torino. Elle et moi sommes des dinosaures, issus d’une autre génération."
J.P.


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4 réactions à cet article    


  • del Toro del Toro 28 février 2009 23:07

    C’est, je crois, le second article sur ce film.

    Je vais peut être aller le voir, alors.


    • Gaëtan Pelletier Gaëtan Pelletier 1er mars 2009 01:34

      Excellent film !
      Je dois dire que c’est ce qui se fait de mieux en ce moment aux U.S.S.
      Et l’autre de Eastwoo, 78 ans, dont il est le producteur...
      On dirait que les « américains » ouvrent un oeil, enfin !...Sur leur propre monde... Et celui du « mélange des races » dont parlait un certain Edgar Cayce.


      • Julie Dep Dep 1er mars 2009 09:31

        @Gaëtan. L’autocritique américaine, au cinéma, ne date pas d’hier : "La Flèche brisée", "La Prisonnière du désert", de nombreux westerns éveillaient déjà sur la question raciale. Mais les Américains (les bons) sont plus narrateurs que donneurs de leçons. Ils vous entraînent dans une histoire, vous amusent, vous émeuvent, à vous d’en sortir meilleur.
        Le cinéma français actuel devrait en prendre de la graine, au lieu de se résumer à des déclarations d’intention et à des scénarios indigents.

        Ce soir, sur Arte, la guerre de Sécession. D’après Ken Burns, elle vient de finir avec l’élection d’Obama...


        • walpole walpole 1er mars 2009 11:05

          Walpole ne va pas rajouter une troisième "critique" de film de Clint Eastwood ici même. Cela ne ferait qu’alourdir la page mais il met juste en ligne le début de ses pensées rétroactives... La suite est à lire sur son site.

          "Ce sont souvent à travers les mêmes objets que les films américains s’imposent à nous. Le film Gran Torino de Clint Eastwood n’échappe pas à la règle. On y retrouve l’arme à feu, la bagnole (qui donne le titre au long métrage), la bière et – plus rare – la caisse à outils. Ce qui est nouveau, c’est que l’index et le pouce tendus prennent (parfois) la place du vrai pistolet. Ce qui est inédit, c’est que la voiture n’en poursuit pas une autre (pas de cascades spectaculaires) et la bière du film n’est pas la traditionnelle Budweiser des paysans du Middle-West.

          A ces quatre objets, on pourrait y ajouter la cigarette. Le héros Walt Kowalski est en ambivalence avec le tabac. Il oscille entre la règle (il fume ses cigarettes à l’extérieur) et l’exception-transgression (il fume dans sa baignoire et va jusqu’à le souligner à sa chienne Daisy au regard désapprobateur). Kowalski continue même de braver l’interdit en passant outre le discours médicalement et politiquement correct… Souvenons-nous quand-même du crime de lèse-majesté lorsque les autorités US ont imposé de gommer la cigarette de Lucky Luke. (...)"

          Walpole.(http://www.pensezbibi.com)

           

           

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