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Grisélidis

Grisélidis, d'après la parole et les écrits de Grisélidis Réal, conception et interprétation Coraly Zahonero de la Comédie Française, avec Hélène Arntzen, saxophones, Floriane Bonanni violon Théâtre du Petit Louvre à 18h15

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Grisélidis Réal, passionnée de vie. Être en vie, être humain, être en vie avec tous les humains, en vie comme eux avec eux. Complétude des corps et de leurs rudes rapports et toi, même quand tu me fais peur, même quand je dois t'éloigner par les coups, le pugilat, que tu risques de me tuer, que je risque de mourir, nous sommes encore les mêmes humains en prise avec cette vie mystérieuse et bornée, infinie et limpide.

Coraly Zahonero donne à ressentir cet amour forcené de Grisélidis Réal pour la vie. Tout est bon à prendre dans le temps qui passe ; du mauvais, du détestable à qui on demande de finir au plus vite, de l'insupportable aussi, Grisélidis Réal arrive, avec beaucoup de difficultés, à se délecter. C'est un combat de vie, essentiel, jamais gagné tout-à-fait, à toujours recommencer.

Cassée par une mère protestante culpabilisatrice, elle n’a jamais cédé. Le bonheur qui allait venir sur ses genoux comme une colombe, avec mari, enfants, bonne vision du bin d’un côté et du mal de l’autre… elle n’y a jamais cru, même si « on ne perd jamais une miette d’une enfance massacrée ».

Au fond, la parole de Grisélidis Réal, telle que choisie par Coraly Zahonero, nous donne à voir la grande misère de la condition masculine, la virilité si souvent frustrée que c'en est une grande souffrance. Diminuer cette souffrance, telle est la tâche humaniste que s'est donnée Grisélidis Réal. Ah, le récit des rencontres avec les clients difformes, ceux qui n'ont pas d'amis de ce fait, mais qu'ont-ils fait ? le bossu, avec une bosse plus grande que lui, mais comment est-ce possible ? le dégoût de Grisélidis Réal, sa répulsion même et son métier qui lui impose de dépasser cette première impression ; après des manœuvres initiales un peu retardée par cette double timidité, Grisélidis Réal le suce longuement, elle a beaucoup travaillé cette fois-là, et cette colonne vrillée dans l'épaule droite, mais cela pourrait être elle. C'est là tout son amour de la vie qu'a capté la comédienne Coraly Zahonero et qu'elle nous restitue dans un bijou théâtral, une miniature taillée comme un diamant. Cet homme s'appelle Béat, béatitude ! Elle en rit avec tristesse, elle qui s'appelle Réal, réalité et qui ne « veut mettre sur la table la vérité, la regarder en face, l'accepter, la soutenir, la démystifier... au lieu de la haine, du mépris, de l'incompréhension... »

Deux musiciennes, costumées chamarré, contrastant avec le noir de Grisélidis, jouent une partie parlante nécessaire. J'ai trouvé la musique un poil trop sage, trop léchée, si je peux me permettre ces métaphores. Pas de dommage, juste un rien plus violon du diable, plus musique de bordel, moins salon de musique.

Un portrait tout en douceur et en force, d'une femme dure et tendre, qui rassemble en elle les forces telluriques, la cruauté, la caresse et l'enveloppement de toutes choses. Amante de la vie comme elle est.

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