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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Hans et le petit chaperon rouge

Hans et le petit chaperon rouge

Ainsi, je viens de tourner, à regret, la dernière page du dernier livre de Thérèse Zrihen-Dvir : Hans et le petit chaperon rouge.

Et c’est Aragon qui s’impose en ces paroles immortalisées par Léo Ferré.

« C’était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d’épaule
La pièce était-elle ou non drôle
Moi si j’y tenais mal mon rôle
C’était de n’y comprendre rien

Est-ce ainsi que les hommes vivent …  »

Oui, c’est un livre de musiques, de mouvements, de couleurs, c’est une épopée cinématographique où l’on rêve de David Lean comme réalisateur. Autant le dire d’entrée, Hans et le petit chaperon rouge est un ouvrage pour tous, limpide, facile à appréhender, très distrayant et instructif mais cependant d’une extrême complexité. Nous le savons, il existe des auteurs qui écrivent pour un cénacle. Les mots y sont biscornus, les phrases distordues, les idées confuses pour les profanes.

Chez Thérèse Zrihen-Dvir, rien de tout ce fatras, le dessein comme le dessin d’Hergé est une « ligne claire ». Cependant les personnages, les situations, les actions sont porteurs de petits cailloux semés comme des pièces de puzzle qui, à la fin, donnent de la réalité une perception plus intense. Sans s’en rendre compte, par notre lecture, nous participons à l’élaboration d’un gigantesque plan général. Les choses sont troubles, la vie est une énigme mais nous pourrons au moins nous repérer dans le labyrinthe.

Notre initiation commence à Haïfa dans le monastère qui jouxte Stella Maris. Un lieu chrétien dans la patrie juive, on y fait des rencontres et l’esprit s’abandonne à la sacralité du site. Un juif parle, une juive l’écoute et, en détective du passé, traduira par la magie de l’écrit son histoire si intensément personnelle et pourtant universelle.

Nous sommes en Bucovine dans le « tara de Sus » le Haut pays.

Les Carpates, inquiétantes de tant de légendes, veillent sur les terres où les nazis font la loi, aidés par les derniers membres de la « Garde de fer » intégrés par Himmler dans les Waffen SS. Et pourtant ce sera Heinrich, un officier allemand qui facilitera la fuite de la mère et de l’enfant. Un nazi sauvant les juifs Galina et Hans, « elle ressemble tant à ma jeune sœur » pensera-t-il. Il y a du Ponce Pilate dans ce jeune chef qui, sans le vouloir vraiment – mais sait-on jamais ? – vient d’écrire une nouvelle page des Évangiles en permettant à Hans c’est à dire à Jean de perpétuer la légende de l’enfant Jésus.

Hans « Jean », Daniel « Dieu est mon juge » par sa marque hébraïque, celui que les lions n’ont pas dévoré, est d’une beauté de chérubin, cet angelot que l’on retrouve dans les religions juive et chrétienne. Il est l’incarnation de toute pureté et par l’éclat de son apparence il emportera la victoire sur les hommes et les animaux en les « apprivoisant » selon le rituel du Renard dans le Petit Prince.

Très vite, au moment où nous le voyons, parmi les loups, dans une misérable grotte, nous nous interrogeons comme lui sur la réalité des apparences. Qui sont les bêtes et qui sont les humains ? À le voir évoluer parmi « les animaux », nous nous éloignons rapidement du dogme anthropolâtrique, résultat naturel d’une conception mégalomane, du délire de « la grandeur humaine », d’où résulte la si précieuse croyance à certains dons ou attributions dont l’homme-roi posséderait l’exclusif apanage. Dans sa Quête identitaire qui commence, Hans saura d’instinct que l’homme n’est pas le seul animal à penser, mais qu’il est le seul à penser qu’il n’est pas un animal. Sans doute songeons-nous alors que, plus tard, le petit homme méditera en notre compagnie sur les paroles de Russell dans If Animals Could Talk « Il n’y a aucune raison objective de considérer que les intérêts des êtres humains sont plus importants que ceux des animaux. Nous pouvons détruire les animaux plus facilement qu’ils ne peuvent nous détruire : c’est la seule base solide de notre prétention de supériorité. Nous valorisons l’art, la science et la littérature, parce que ce sont des choses dans lesquelles nous excellons. Mais les baleines pourraient valoriser le fait de souffler et les ânes pourraient considérer qu’un bon braiment est plus exquis que la musique de Bach. Nous ne pouvons le prouver, sauf par l’exercice de notre pouvoir arbitraire. Tous les systèmes éthiques, en dernière analyse, dépendent des armes de guerre.  »

De l’univers végétal et minéral, où les vraies bêtes carnassières sont des hommes casqués, allemands ce jour, mais anglais bien plus tard, il faut bien sortir. Hans, par le miracle de la nature, sera conduit aux portes d’un couvent où Sœur Tania le sauvera : « Ses cheveux blonds, ses yeux bleus immenses, un ange tombé du ciel peut-être …  ».

Sœur Tania, personnage emblématique de la bonté en action, grande, fière, taille mince comme un roseau et l’on se plait à croire que le hasard n’existant définitivement pas, cet être merveilleux méritait bien que l’on donnât son nom à une station, en Savoie, située à 1 400 mètres d’altitude au cœur d’une forêt d’épicéas. Et puis Mère Agnès, à l’identité juive et chrétienne voyant en Hans «  un vrai petit chérubin » avec sa sempiternelle statuette de Marie à l’enfant Jésus, se couchant dans un lit où « était pendue une grosse croix en bois noir  ».

Et tant d’autres personnages encore, tant d’autres personnes, allais-je écrire, d’êtres faits de sang et de chair, tous généreux et déchirés, poétiques et séduisants, lucides et désespérés. Pavel le mystérieux, le fermier Gabriel « Dieu est ma force », à qui le sacrifice rendra son identité première, la belle Lilach et son fils le souverain et sublime Shalom à la destinée christique par son dernier baptême dans le lac de Tibériade.

Hans-Daniel nous transporte avec lui comme sa petite valise de nourriture terrestre et spirituelle où se mêlent papiers, photos, documents, souvenirs et viande séchée.

Ce garçon « beau comme une petite fille  » bien plus que mille et une théories politiques, nous apprend à accepter nos illusions qui nous tiennent lieu de mythes et à voir en l’autre ce qu’il est, seulement par la preuve de ses actes et de sa générosité.

Alors à la fin du récit, cette longue, mais trop courte, méditation romanesque ne nous apprend pas qui est véritablement Hans-Daniel. Nous voudrions, selon notre histoire, nos fanatismes, notre paresse ou nos faiblesses le réduire à Hans ou à Daniel.

Tout ceci est finalement assez « relatif ».

Il y a beaucoup de juifs qui prêtent à la discussion voire à la polémique : Marx, Freud, Chagall, Kafka, Pasternak, Pinter, Zuckerberg … Et tant d’autres. Mais Hans-Daniel et Jésus ? Nous serions peut-être tentés de dire : «  Eux ? Plus que tous les autres non ?  » .

Hans-Daniel nous répondrait : «  Nous ? Un cercle inachevé … qui demande mon intervention.  »

Ce à quoi, comme un écho, arrivent jusqu’à nous les mots d’Albert Einstein, le maître de toute « relativité » : « Je suis Juif, mais l’image rayonnante du Nazaréen a une influence puissante sur moi. Est-ce que j’accepte l’existence historique du Christ ? Sans doute. Personne ne peut lire les évangiles sans éprouver la présence réelle de Jésus. Sa personnalité ressort de chaque mot. »

Hans-Daniel, poursuis donc, avec vaillance, ton chemin vers la forme parfaite et périlleuse du cercle et de ses déclinaisons disque, sphère et planète. Il est des hommes dont la destinée est de réveiller, d’éclairer les chemins de ronces qui nous servent de pensée magique.

Parions que dans la poursuite de cette ambition nietzschéenne quelques loups aux noms germaniques seront tes compagnons fidèles.

 Jean-Marc DESANTI


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1 réactions à cet article    


  • La libellule 31 mars 2016 17:49

    Excellente revue

    la_libellule

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