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Histoire de l’élection présidentielle, acte 1

Ô Histoire, tu n’es qu’un éternel recommencement, un cycle sans fin, tu n’es qu’intemporalité ! Et toi, politique, tu n’es qu’intrigues, complots, trahisons, domination des élites sur le peuple, bref, tu n’es qu’une somme d’embrouilles ! Ô Histoire politique, tu n’es donc qu’un éternel recommencement d’embrouilles, une trahison cyclique, une intemporelle domination des élites intrigantes sur le peuple contre lequel elles complotent ! Chers lecteurs, vous aurez compris l’idée : la politique, si prévisible qu’elle soit, a toujours été aussi divertissante qu’un combat de gladiateurs dans le Colisée suivi du nourrissage des fauves au steak de chrétien élevé en liberté.

Cette semaine, nous abordons le thème on ne peut plus d’actualité de l’élection présidentielle dans l’histoire de la Vème République. Nous couperons en deux ce vaste sujet pour nous concentrer sur la période 1958-1974. La présidence de la République n’a pas toujours été considérée comme la fonction suprême, en particulier sous la IVème République où le pouvoir appartenait essentiellement au gouvernement et où le Président n’était pas élu au suffrage universel direct. Le Général de Gaulle, que la Guerre d’Algérie a remis au premier plan, va concocter à la France une constitution taillée sur mesure pour lui-même. Elle donne plus de pouvoirs au Président que le Roi de France n’en a jamais eu auparavant et inaugurera en 1962 la fameuse rencontre d’un homme avec les Français, pourtant elle contient en germe le risque de blocage des institutions en cas de cohabitation, ce qui ne manquera pas de se produire par la suite.

 


L’élection de 1958 est la dernière lors de laquelle le Président de la République n’est pas élu par le peuple mais par de grands électeurs, eux-mêmes élus locaux. Charles De Gaulle est plébiscité avec un score de dictateur africain (plus de 80%), tout auréolé de son aura retrouvée. En 1962, il provoque un référendum pour inscrire dans la Constitution l’élection présidentielle au suffrage universel direct, expliquant que si lui-même a la légitimité de l’Histoire, ses successeurs auront besoin de la légitimité du peuple.
L’opposition au Général cherche à se construire, et dans cette pagaille c’est un Marseillais qui va émerger à partir de 1963 : Gaston Defferre. Après une campagne de “teasing” menée par l’Express qui brosse le portrait d’un “ Monsieur X ”, futur Président et étrangement semblable à notre bonhomme, le maire de Marseille se déclare officiellement candidat à la présidentielle de 1965, et durant deux ans, il va mettre en œuvre son hold-up électoral, car c’est bien cela qu’il s’agit. Cherchant à embrasser les communistes pour mieux les étouffer tout en neutralisant les centristes à sa droite, Defferre joue la carte du rassemblement de l’opposition derrière l’homme providentiel qu’il est. Tout à fait dans l’esprit de la constitution de 1958, il part à la rencontre du peuple sans passer par la case “partis”. Pourtant les responsables de la SFIO (futur PS) et du PC ne sont pas prêts à se laisser doubler par cet opportuniste qui veut court-circuiter son propre camp, ce Ségolène Royal de jadis. Guy Mollet par exemple, est contre la personnalisation de la vie politique symbolisée par son rival et souligne l’importance des partis, il va user de toute son influence à gauche pour isoler Defferre. Ce dernier bénéficie toujours, en plus des journaux, du soutien notable des nombreux clubs de réflexion comme le Club de Jacobins (incubateur de terreur depuis 1793), Horizon 80, ou le Club de la Démocratie (qui a le bon goût de tenir sa grande réunion annuelle à Vichy…).

La mayonnaise, ou plutôt l’aïoli ne prend pas suffisamment et les négociations entre forces politiques pour avaliser la candidature de Gaston Defferre échouent, démontrant par là même que les partis ont encore le droit de vie ou de mort sur une candidature. Paradoxalement, l’abandon du maire de Marseille le rend plus populaire et suscite un élan de sympathie hélas un peu tardif. Dès lors, les partis de gauche vont apporter leur soutien unitaire à un jeune candidat, qu’il s considèrent sans grande envergure et qui – pensent-ils – leur fera moins d’ombre : un certain François Mitterrand… Au lieu de jouer les vierges effarouchées avec les communistes, celui-ci prône une alliance sans complexe et contre toute attente, il réussit à mettre le Général De Gaulle en ballottage bien que largement battu au second tour.

 


En 1969, le Général de Gaulle démissionne de la présidence de la République suite à son référendum perdu au lendemain de mai 68. La gauche, qui aurait pu espérer l’emporter en s’unifiant de nouveau derrière un seul candidat, va au contraire être victime de ses divisions. Mai 68 a rebattu les cartes et suscité des vocations : ce ne sont pas moins de cinq candidats de gauche qui vont aller au casse-pipe, parmi lesquels notre Gaston municipal qui ne lâche pas l’affaire. A défaut d’imposer une candidature unitaire, il obtient cette fois ci l’investiture de la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) mais doit supporter la concurrence de Jacques Duclos (PCF), Michel Rocard (Parti Socialiste Unifié, en réalité pas unifié du tout !), Alain Krivine (Ligue Communiste, qui rêve d’un mai 69 après mai 68) et Louis Ducatel (sans étiquette, probable ancêtre spirituel de Jacques Cheminade). Face à Georges Pompidou, successeur désigné du Général, il y a enfin le candidat centriste, Alain Poher, qui ayant assumé l’intérim après la démission de De Gaulle s’est dit qu’après tout c’était cool d’être Président de la République, et puis pourquoi pas lui, hein ? Résultat des courses, Pompidou est confortablement élu, et loin derrière les 21% du PCF, Gaston le Marseillais a été incapable Defferre mieux que 5% des suffrages (si vous souhaitez jeter des tomates virtuelles sur l’auteur pour ce calembour laid, merci d’utiliser la case “ commentaires ”). C’est un échec cuisant pour toute la gauche puisque c’est Poher, candidat de centre droit, qui gagne son ticket pour le second tour remporté par Pompidou. Le nouveau Président de la République, peu cher, ne verra pas la fin de son mandat et décède en 1974.

En prélude à l’élection présidentielle qui s’annonce, la gauche est reprise en main par un François Mitterrand qui arrache pour la seconde fois le soutien du Parti Communiste Français, grâce à la mise au point du désormais célèbre programme commun de la gauche. Mais les Français sont encore frileux face à une gauche dont ils apprécient les mesures sociales mais dont il redoutent le soutien au bloc de l’Est et aux dictatures communistes les plus sanglantes (ce soutien est surtout le fait du PCF largement inféodé à Moscou en pleine Guerre Froide). Par opposition, Valéry Giscard d’Estaing apparaît comme un jeune candidat dynamique aux idées modernes et pragmatiques. L’Histoire retiendra une petite phrase de VGE qui fit mouche lors du débat télévisé d’entre deux tours : “ Vous n’avez pas le monopole du cœur, Monsieur Mitterrand ! ”. Elle retiendra aussi l’apparition d’un parti d’extrême-droite, le Front National, qui réalise un score minable de 0,75% mais qui connaîtra une rapide montée en puissance, en particulier dans le Sud-Est de la France qui fait face à une immigration massive. Giscard est finalement élu de justesse avec 50,81% des voix, Mitterrand fait grise mine… caramba, encore raté ! Tant pis, celui que la droite surnomme “le miteux” entrera dans l’Histoire en 1981, épisode que je ne manquerai pas de vous narrer la semaine prochaine.

 

Pierre SCHWEITZER

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